La Ligne 13

07 janvier 2023

2023

Où trouver les justes mots pour fêter une année nouvelle ? On réfléchit
tête dans les mains, ou nez en l'air comme si l'inspiration pouvait venir
du plafond, on cherche quelques mots percutants qui n'auraient,
par le plus pur des hasards, jamais été utilisés, on traque la citation
parfaite, idéale, qui ne soit pas celle de Jacques Brel* - toujours
actuelle, certes, mais trop c'est trop...- on gribouille
deux ou trois clichés, et, de guerre lasse, on écrit "Bonne année",
et c'est bien, finalement.

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{on a pris un plaisir fou à choisir, empaqueter et décorer les cadeaux; si ceux-ci ont finalement terminé
leur vie sur Le Bon coin, on préfère ne pas le savoir}

C'est ce que ce billet vous souhaite, avec la plus grande sincérité et
en toute simplicité. Les photos qui accompagnent sont des arrêts sur image
de quelques moments légers. Ceux dont on devrait se souvenir plus souvent,
alors que, et en cela notre mémoire sélective est bien cruelle, ce sont
les épreuves, les colères et les déchirements qui reviennent en force.

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{à petite maison, petit sapin ! et pages d'écriture, moment privilégié}

Dans son essai (ma lecture du moment) "Pour rendre la vie plus légère", Mona Ozouf**
 évoque les allègements que Flaubert suggère d'apporter à 
l'existence afin qu'elle
soit supportable. J'imagine que le grand homme 
ne se serait pas contenté, je ne sais
pas moi... Par exemple d'une promenade dans un jardin mouillé, ou 
d'un bol de thé
parfumé dégusté au réveil. Moi, si.

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{la couronne n'est pas très ronde, c'est ce qui fait son charme, non ? fan de ce joli papier cadeau
aux couleurs du fameux "Jasper" de Wedgwood}


Précisément, lors d'une descente dans le grand jardin, on a prélevé quelques
verdures que l'on a assemblées, piquées des têtes d'hortensias bretons, pour en
faire une couronne éphémère à suspendre au-dessus de la cheminée.

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{à Nantes, un soupçon de Japon sur les quais de l'Erdre}

Quant au bol de thé, on l'aura dégusté au retour d'une vivifiante balade sur
L'Île de Versailles, ancien marécage, transformé en île par la récupération
des déblais du Canal de Nantes à Brest. Cette charmante petite enclave
ponctuée de coins de verdure très inspirés de l'architecture japonaise,
est devenu un des lieux de promenade favori des Nantais.

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{photo du Net : les salles plongées dans l'obscurité pour préserver la fragilité des tissus
ne m'ayant pas permis d'en faire de correctes}

Transition toute trouvée pour évoquer la visite de l'exposition Kimonos***
au Musée du Quai Branly, y faire le plein de couleurs dans la grisaille
de janvier. Terminer par la boutique et un expresso chez Jacques. Bientôt
la Nagajuban, l'Obi ou les Zori n'auront plus de secrets pour vous.

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{Chihiro a fêté son premier Noël dans la maison familiale ; pelage tricolore rose, beige et gris flanelle,
queue déjà bien fourmie, elle sera très belle...}


Sans préméditation, et par le plus pur des hasards, je réalise que le Japon

semble être le fil conducteur de ce billet. Car voici Chihiro, dite Chi, ou
Chichi (je ne suis en rien responsable du choix de ce prénom) la petite dernière
du clan familial, vouée aux bon soins de Suzanne, 10 ans, dont les ambitions
professionnelles s'arrêtent actuellement à "travailler dans un refuge".
Sa grand-mère est ravie.

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{Jules Renard vous présente ses voeux; table dressée et zoom sur un superbe livre tombé
de la cheminée dans mes petits souliers}

Pour finir, ci-dessous le petit montage du site My Little Paris, auquel je
suis abonnée, pour vous souhaiter, Parisien(ne)s ou non, un 2023 gai et lumineux.

 

Infinite Story (mylittleparis.com) 

et comme je ne résiste pas au plaisir de partager des citations, lorsqu'elles
sont un peu impertinentes, voici celle de Colette, pour janvier
et les mois qui suivent :

"Faites des bêtises, mais faites-les avec enthousiasme" !

* Pour mémoire, les vœux de Brel ICI pour l'année 1968, mais je suppose
que vous les connaissez déjà !

** Mona Ozouf : Pour rendre la vie plus légère

*** Musée du Quai Branly

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19 décembre 2022

Traditions

Un second billet en moins de quinze jours ! Je ne vous épargne pas.
Aurais-je un message à faire passer ? Pas tout à fait, juste une émotion
à partager, après une escapade en Hauts de France. J'ignore ce qu'en pensent
les intéressés, mais moi j'aime bien ce mot : Hauts de France. C'est une
façon de redonner à la région une noblesse, une dimension un peu perdues
de vue dans la nébuleuse des idées reçues.

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{le confort douillet d'un petit hôtel où nous avons nos habitudes; le charme unique des villes du nord au moment des fêtes}

Donc, direction Lille. Nuit au Brueghel, cet hôtel de charme dont je connais
désormais les moindres recoins. Le style épuré de la chambre, le grincement
du vieil ascenseur XIXe, le moelleux des marches d'escalier recouvertes
de moquette bigarrée, à l'anglaise, le petit déjeuner simple mais copieux,
avec quel plaisir j'ai retrouvé tout cela !

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{les vitrines lilloises sont toutes habillées de ces délicats dessins; et puis Meert, on n'y échappe pas}

Seconde tradition... Evidemment : Meert. Nous y rendant habituellement pour
le tea-time, cette fois c'est une réservation pour le déjeuner que nous
avions prise. Œuf parfait... parfait, cannelloni aux 
artichauts fondants et
figues confites, impeccables. Belle assiette mais rien de trop, afin de
déguster une tartelette pomme caramel pécan sans suffoquer !

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{dans le vieux Lille, les boutiques, actuelles pourtant dans leur chalandise, ont toutes l'air d'échoppes hors du temps !}

Tradition n°3 : on quitte les ruelles de la vieille ville pour sa banlieue,
direction Roubaix. La Piscine, évidemment. Revoir son vitrail faire la roue
au-dessus du bassin est toujours un choc émotionnel très fort. 
Je l'avais évoqué dans un ancien billet ICI.

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{un joli tableau, au passage, car nous avions peu de temps à consacrer à la collection permanente du musée;
le cerf de Pompon, aux rondeurs sensuelles}

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Fébrile à l'idée de découvrir l'origine des œuvres de celui que je considérais
jusqu'ici comme le maître du mouvement Arts and Crafts, ma surprise fut d'autant
plus considérable d'apprendre que William Morris était en fait un génialissime
touche à tout. 

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 {tellement actuels, ces motifs !}

Poète, architecte, écrivain, dessinateur, designer, écologiste à une époque
où ce mot jouissait encore de tout son sens et promis sans doute un avenir
brillant, il a marqué de ton talent une Angleterre victorienne qui s'ouvrait
alors sur la nouvelle société industrielle. 

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 {quelle sagesse dans cette toute petite phrase...}

L'exposition, très belle, m'a cependant laissée sur ma faim. Papiers peints,
tentures, dessins, un peu de mobilier, voilà ce qui en constitue la trame. 
J'aurais aimé en voir davantage, mais peut-être suis-je (mal) conditionnée

à l'abondance en toute chose. 

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 De chaque voyage, aussi court soit-il, je rapporte, en plus des souvenirs
de mémoire, 
de quoi prolonger les bienfaits de l'escapade. Même ma cuisine
s'est mise à la mode 
Arts and Crafts...Jusqu'à la prochaine exposition qui
saura renouveler mon engouement.

Belle semaine de Noël, qu'on nous prédit au balcon, faut-il s'en réjouir...

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13 décembre 2022

Fatras

Petit message pour celles ou ceux qui m'auraient envoyé un gentil commentaire :
apparemment beaucoup d'entre eux se sont retrouvés dans les limbes informatiques
(Triangle des Bermudes Canalblog) et je n'ai donc pas pu leur répondre ni les
remercier... Avez-vous la possibilité de vous identifier ? Merci beaucoup, je sais
que vous n'avez pas que cela à faire, mais cela me permettrait de résoudre ce
petit problème avec mon hébergeur !
Bonne journée ! 

Trouver un sujet pour en faire un billet de blog, c'est à la fois simple
et compliqué. On amasse des dizaines de photos, témoignages de ce que
l'on a aimé vivre et que l'on souhaite partager, puis on les oublie, et lors
d'un petit nettoyage nécessaire sur son disque dur, on redécouvre, tiens,
cette exposition si enthousiasmante, tiens, cette balade un peu
mélancolique, tiens, ce dîner de retrouvailles entre amis...

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{Clisson hors saison : promenade frileuse sur le pont de la vallée un jour de décembre}

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{Dans mes armoires, beaucoup plus de vaisselle que d'occasions d'inviter, surtout depuis 2 ans, et pourtant,
que j'aime dresser de jolies tables !}

On se demande si tout ceci présente un quelconque intérêt, digne d'être immortalisé

sur les ailes fragiles d'Internet, à défaut d'être gravé dans le marbre. Et puis
après tout, oui, ne serait-ce que pour le plaisir égoïste de revivre deux ou trois
moments charmants, de ressusciter le bouquet de myrtes rapporté de province, de
détailler quelques pages du superbe album consacré à l'abbaye du Mont Saint Michel,
parce qu'on va l'offrir et qu'on ne le verra sans doute pas avant longtemps.

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{un buisson de myrtes m'a gentiment offert quelques branches pour agrémenter ce "faux-vase" Médicis;
la brassée de mimosa blanc explose sur le stand MCI du salon; calendrier 2023 signé d'une illustratrice néerlandaise}

J'ai donc titré celui-ci fatras, parce c'est un peu l'ambiance à la maison.
Par mimétisme ou contagion, l'esprit lui aussi n'est pas en reste.

Plusieurs coins bazar se sont formés, insidieusement. La grosse boîte à
boules 
et guirlandes vient de sortir de sa léthargie. Celle qui contient
la réserve 
de cartes mobilise la table basse. Les premiers cadeaux
sont empilés. Des livres, presque essentiellement. La bannette qui recueille
les corvées de paperasserie, (à faire, à signer, à régler, à photocopier...)
enfle à vue d'œil.
 
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{sur le stand Marie-Claire Idées du Salon Créations et Savoir-faire, c'est un très très joli fatras !
L'inspiration est là, mais le courage ne vient pas !}

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{ici, tout l'art de la découpe du papier}

On se dit qu'on va faire des sablés, des découpages, des rondelles
d'orange 
séchées, une couronne de lierre et d'épicéas, des maisonnettes
en carton, parce 
qu'on revoit les photos prises sur le salon
Créations et Savoir-faire, 
et que boostée par l'énergie,
l'imagination et la créativité des exposants, 
on pense pourquoi pas moi. 

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{à la table des sœurs du Mont Saint Michel : ce livre vous transporte, de joie, de ferveur, d'allégresse.
Les photos sont splendides, le lieu faut-il le rappeler, est inspirant. Il n'est pas nécessaire de faire les recettes, l
les lire suffit à la gourmandise. C'est un livre que je vais offrir, et sans doute m'offrir s'il en reste...}

Finalement on procrastine, comme souvent, les tracasseries du quotidien vous
bouffent un peu, on s'affale avec magazine et tasse de thé dans la douceur
du chat qui, lui, a définitivement renoncé au DIY. Et on rédige un billet
sans fil conducteur, fatras vous dis-je, parce que ça fait du bien, et
qu'on se dit que peut-être il va vous distraire, vous éloigner
des choses plus graves, tenir à distance le flot de catastrophes annoncées.

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{l'abécédaire fera j'espère une petite-fille et une grand-mère heureuses... vide-poche en métal peint chiné :
le genre de truc qui ne sert strictement à rien ! Oui, Berlingot a SA bouillotte... }

Et parce que fatras, ça rime bien avec patatras.
C'est aussi le titre d'un recueil poétique signé Jacques Prévert,
mêlant collages et textes. 
Un peu l'esprit de ce billet.
En toute modestie naturellement.

 

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13 novembre 2022

Langueur monotone

Voici un automne qui se sera fait tirer l'oreille avant d'annoncer la couleur,
enfin, ses couleurs. 25° en octobre, était-ce bien raisonnable ? 
 Tout à coup, me sont venues des envies très fortes d'odeur de terre
mouillée, de ciels gris flanelle 
bosselés de nuages crème, du
crissement des bruyères de la lande sous les pas, 
du goût incomparable
de galettes d'un sarrazin presque noir, laquées de beurre salé,
de l'union flamboyante, magique, du granit et des hortensias...
Et les jours de Toussaint étaient parfaits pour cela.
 
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{combien de fois me serai-je assise à califourchon sur ce pont ? les portes si souvent poussées se sont refermées
sur de nouveaux secrets; la récolte des châtaignes, une tradition : mais où est la cheminée ?}

Mais voilà. Le retour
 au pays des ancêtres ne se fait jamais sans émotion.
On vient rôder autour de l'ancienne maison de famille vendue depuis longtemps.
Le nouveau propriétaire a badigeonné en marron ce que l'on aurait préféré
voir peint en bleu. La grille d'entrée fait un peu trop "Grand siècle" pour
s'ouvrir sur un bâtiment aussi champêtre, dans cet environnement presque sauvage.

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{sur la tombe de celui qui n'aura pas eu le temps d'être très vieux, de petits nuages de lichen, des bruyères
et une lumière pour le réchauffer; 
plus personne ne veut de ces vieilles croix de métal peint en argenté,
on préfère
maintenant des tombes lisses comme des plans de travail de cuisine; à Rochefort, une fente de
boîte aux lettres vide, c'est tout ce qui reste de la Poste transformée en boutique de créateurs}

Mais les hortensias sont plus beaux que jamais. Ils ont même réussi
à sauter la haie pour festonner la route. Les souvenirs ici, intenses,
des Toussaint embrumées aux étés étincelants, n'étaient pas à vendre,
ils survivent, accrochés à nos mémoires complaisantes.

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{on a finalement grillé les châtaignes au four; la couleur des dahlias pompons
fait écho à celle des confitures de figues}

De retour dans la grande ville, on pose ça et là les modestes symboles des
jours bretons. Châtaignes, hortensias, figues et cette part de far qui n'a
même par eu le temps d'être immortalisée, dévorée  dès le soir du retour.
J'ai depuis longtemps renoncé aux promenades en 
forêts franciliennes,
sanctionnées par des files interminables de voitures 
de Parisiens qui
ont eu la même idée que moi au même moment. Et qu'on ne me 
parle pas
d'éviter les heures ou les jours d'affluence. Ici, l'affluence est permanente.

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{pour cette exposition hors du commun, les Beaux-Arts avaient prêté la majesté de leur décor;
on a peu l'occasion de voir d'aussi près ces bijoux étonnants !}

, Ce qui est plaisant en revanche, c'est de pouvoir profiter de cette profusion
de salons, d'expositions et de vernissages que nous offre la capitale.
Celle intitulée fort à propos "Végétal, l'école de la beauté", à l'initiative
de la très célèbre joaillerie Chaumet, invitait à parcourir, mêlant époques
et techniques, une nature sublimée : dessins, herbiers, peintures et citations
faisant écho aux parures les plus éblouissantes. Les beaux bijoux hors de prix
ne m'ont jamais fait rêver, du moins avec l'hypothèse de les porter un jour.
A ce niveau d'excellence, c'est de l'art, du grand art, tout simplement.

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{Reine, Dreyfus ou Moline, les beaux tisssus du Marché Saint-Pierre, au pied du Sacré-Coeur;
Mélodies graphiques, la papeterie du Marais; et l'univers un peu étrange de Marin Montagut}

Lorsqu'on recherche un bout de tissu, il n'existe qu'un seul lieu à Paris
pour 
satisfaire ce besoin : le Marché Saint Pierre. On peut même y aller
sans nécessité, 
juste pour le plaisir simple de naviguer entre les rouleaux
de soie, de shintz, 
de faille, de velours ou de brocart, tous ces jolis
mots que l'on a appris, autrefois, à la lecture des contes de fées.
Et puis il y a aussi ces boutiques qui font fantasmer, par leur atmosphère
si particulière. Rue du Pont Louis-Philippe, cette papeterie florentine,
séduisante comme un coffre à jouets pour adultes qui aiment encore écrire.
Rue Madame, le boudoir de Marin Montagut, entre cabinet de curiosités et
grenier imaginaire, si l'on aime les chats, les coeurs, les chaises de
square et les lignes de la main.

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{crumble aux figues et crème légère au mascarpone; ces petits choux sont mes madeleines des dernières vacances !}

Mais il est peut-être temps de rentrer chez soi, d'allumer les fameuses
petites lumières qui rendent les fins de jours si magiques, et de déguster
un crumble de figues. Ou encore des Dunes Blanches, ces petits choux de folie
qui vous rappellent les vacances et le vent tiède du Bassin d'Arcachon.



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11 octobre 2022

Tourner la page

J'ai tourné beaucoup de pages cet été. Quelques feuillets personnels, oui,
mais plus volontiers ceux des autres.   
 Pages veloutées ou glacées, ou déjà un peu froissées, illustrées, pages
résonnantes de jolis mots inspirants, d'histoires bondissantes, pages
de vies, qui parfois parlent d'amour, de toutes les amours,
pages poétiques, oniriques, aventurières, complices.
Et pour accompagner ces délices spirituels, j'ai succombé aux rites
du goûter, qui ouvraient autrefois leur délectable parenthèse
au creux des après-midis toujours trop longs.

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{un gros pull, un thé et les Propos sur le bonheur d'Alain, de quoi oublier ce début d'automne
qui ressemble déjà un peu à l'hiver}

Premier coup de cœur.
J'avais découvert Leïla Slimani avec "Dans le jardin de l'ogre", ce qui m'avait
incité à lire le terrible "Chanson douce", puis le magnifique "Le parfum
des fleurs la nuit", pour inévitablement me procurer "Le pays des autres".
Nous sommes en 1953. Mathilde, Alsacienne, va s’éprendre d’Amine,
Marocain ancien combattant dans l’armée française. 
 La guerre est finie
et le couple s'installe à Meknès, dans une ferme isolée entourée de terres
âpres et quasi infertiles. Ce "pays des autres", c'est celui des exilés
bien sûr, mais aussi des autochtones sous la coupe des colons, celui
des soldats revenus amers de tant d'années de violence, celui des
femmes évidemment, en lutte obstinée et permanente pour leur
émancipation. Ce roman, flamboyant, cruel, aride, mais de lecture
étonnamment fluide, à la résonnance autobiographique, est le premier
d'une trilogie dont j'ai hâte de découvrir la suite.

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 {le buis n'aura pas passé l'été, mais il reste joli comme ça; piocher quelques douceurs pendant la lecture :
un petit côté loukoum pour ces guimauves
nantaises; Une chambre à soi, c'est tellement mieux
pour la concentration : en rechercher sa vieille édition quelque part dans ma bibliothèque...}

Je suis passionnée par les récits de ce que je ne pourrai jamais accomplir
moi-même, bien que marcheuse : les voyages en solitaire, sans argent
ou peu, avec le minimum 
rudimentaire pour la survie. J'avais dévoré
les "Pensées en chemin" d'Axel Kahn, 
les fameux "Chemins noirs"
évidemment de Sylvain Tesson. Ce "Chemin des estives" 
ne pouvait 
donc que me plaire, ce qui fut le cas. 
Charles, jeune aspirant jésuite,
et Benoît, prêtre, vont rallier d'un pas alerte la Charente à
l'Ardèche, 
sans un sou en poche, avec pour seul viatique leur foi,
et pour l'auteur, 
sa ferveur et son admiration sans bornes pour
Arthur Rimbaud
 et... Charles de Foucault. S'en suit un périple
enthousiasmant,  
où le banal devient extraordinaire, les rencontres
atypiques, surprenantes, 
émaillé de ces pensées, ces émotions
ou fulgurances qu'on recopie sur des carnets tant leur résonnance 
et leur musique sont douces pour l'esprit.

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Extraits : "lorsqu'on se vide de toute convoitise, qu'on laisse les choses être, les yeux flâner [...] on s'aperçoit
qu'autour 
de nous, c'est un festin de lumières, de beauté, une profusion de formes, de saveurs, de couleurs.
Tout est là, donné, 
en abondance, il suffit de cultiver une attention aimante, une fraîcheur de regard, et se servir."
et
"L'écriture est une arme contre la décomposition, une façon de capturer l'instant fugitif avant que l'oubli l'ensevelisse."

C'est l'histoire d'une cuillère voyageuse, qui nous mène du Pembrokeshire gallois
aux paysages bucoliques de Saône et Loire. Seren vient le même jour de fêter
ses 18 ans et de perdre son père. L'objet, posé de façon incongrue sur le chevet
du défunt, interroge, et sera à l'origine d'un road trip touchant et facétieux.
On y croise un apiculteur, une vieille dame indigne, quelques ados, trois Pierre,
une Volvo, un chien nommé Jupiter, un châtelain qui parle aux mûres en 
confectionnant une tarte, un grand-père au whisky joyeux, un nuancier
très personnel...  Difficile de résumer ou de "classer" ce roman si original,
hétéroclite, drôle,(les passages décrivant la découverte par une Anglaise 
de la France profonde des années 80 sont savoureux !). On oublie parfois
l'objet cuillère à l'origine de toutes les rencontres, elle s'imposera
d'elle-même, à la fin de l'histoire, dans la mélancolie qui suit
inévitablement toute fin d'exaltation.

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{encore une fois, la lecture inspirant la gourmandise, trois petites crèmes à l'amande attendent elles aussi leur cuillère}

Lorsque c'est arrivé, j'étais au travail, concentrée sur mon ordinateur, un nième
gobelet de café à la main. C'est alors qu'un collègue s'est écrié, dans l'openspace 
peu propice aux confidences autres que chuchotées, "ils ont tué Cabu et Wolinski" !
C'était le 7 janvier 2015, l'auteur, hasard ou destinée, a juste eu le temps de
se jeter sous une table, sans pour autant être totalement épargné par la fusillade. 
Philippe Lançon, écrivain, journaliste à Libé et chroniqueur à Charlie Hebdo,
raconte comment son existence, et celle 
de milliers d'autres, a basculé ce
jour-là en moins de deux minutes. Tout est 
disséqué, ciselé, passé au laser
dans ce récit : l'absurdité, la bêtise, 
l'ignorance, le fanatisme aveugle
(pléonasme parfait), la douleur, la détresse et l'injustice.
Le lambeau, c'est ce morceau de chair perdu dans le bas de son visage,
défiguré à jamais, qu'une chirurgienne persévérante et intraitable va
reconstituer pendant des mois, c'est ce qui reste d'une vie lorsque
des fous s'arrogent le droit d'y mettre un terme.

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Extrait : "Tout est en place, comme toujours. Mais le lieu familier, avec ses centaines de microscopiques histoires,
ses kilomètres mille fois arpentés, ne vous reconnaît plus. Vous êtes entièrement chez vous et vous êtes un étranger.
Et les souvenirs qui restent les vôtres renvoient au fil de l'eau, vers l'avenir incertain :
"Je" fut quelqu'un, sera un autre, et, pour l'instant, n'est plus".

 Attendre la fin des beaux jours pour se plonger dans les garrigues parfumées
et les collines sublimées qui forment le décor quotidien de Marie Gillet.
Amoureuse du vent et des jolis mots, qu'elle met en listes comme provisions
de survie pour les mauvais jours, elle nous invite à la suivre, de Garlaban
à 
la Sainte-Baume, de la corniche de Tamaris à la forêt de Saint-Mandrier.
Rescapée d'une enfance muette et terriblement sage, puis de quelque chose 
qui ressemblerait aux rivages de la mort, 
elle balise ses chemins de ce qui
s'offre à son 
regard et s'impose à sa pensée, note pour mémoire les mots-clés
sur un carnet 
(ou ce qu'elle trouve : le coin d'une pochette de pain ! )
pour ensuite 
les faire vivre et revivre en écriture. Comme l'héroïne de
Dany Héricourt, elle dresse son nuancier de bleus, couleur notoirement
consensuelle qu'on peut brosser à l'infini. J'ai précisément commencé
cette lecture sous le bleu du ciel méditerranéen, ses mots comme autant
de sous-titres de ce que je voyais, et l'ai achevé à Paris, bien loin
des parfums de garrigue. J'ai perdu Pissarro pour retrouver Caillebotte,
sans amertume. Et j'ouvre "aussitôt que la vie" pour laisser
s'échapper d'entre ses pages la lumière du midi.

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{extraits : Bien souvent déjà, la nature m'a rappelé cette belle leçon de choses qu'il est préférable de ne rien avoir
uniquement pour soi-même mais de laisser être la beauté, même cachée, pour qu'elle participe à l'
équilibre du monde"
et 
"Je n'aime pas rater l'aube. Quand cela m'arrive, j'ai l'impression qu'il me manque quelque chose,
comme si ma journée serait sans racines."

Une petite colère pour finir ?
Dans quelque librairie que j'aille, après avoir passé en revue tous les rayons
littérature, histoire, essais, arrive le moment où, immanquablement, je suis
attirée par les albums 
consacrés à la décoration. Celui-ci, à la couverture
si alléchante, est juste 
un bel objet à feuilleter sur un coin de table basse. 
Les photos sont splendides, certes, mais le texte, hélas, d'une indigence
phénoménale, 
et "les bons conseils" de l'autrice ne sont qu'un florilège
de consternantes banalités. Vous avez dit émotions ?
Oui, celle de m'être laissée gruger.

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 {joli livre mais sans intérêt; de mon dernier séjour nantais : quelques mini-roses,
des petits-beurres dans une rescapée d'un service ancien}

Berlingot qui accompagne mes lectures de sa douce présence, teste l'un après
l'autre tous les plaids et coussins de la maison. Il n'a jamais su lire, dommage
pour lui, nous aurions pu discuter et débattre autour du sujet.

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{chat sur courtepointe; j'avais congelé un peu d'été en prévision des jours de pluie :
et voici une compotée de pêches à la vanille bienvenue}

Enfin, sans alimenter les débats incompréhensiblement houleux qui vrombissent
autour de la distinction d'Annie Ernaux au Nobel de littérature, je ne saurais
 que recommander cette autrice découverte à l'adolescence dans la bibliothèque
maternelle. D'elle on entend tout et son contraire. Ce que je vois, moi, c'est
quelqu'un qui comme ses "sœurs", Halimi, Groult, Badinter ou Beauvoir, aura
apporté sa pierre à l'édifice du féminisme.
Il faut lire "Les armoires vides", "La place", "Mémoire de fille",
entre autres, ce sont de grandes leçons d'intelligence.

Le pays des autres Leïla Slimani

Le chemin des estives Charles Wright

La cuillère Dany Héricourt

Le lambeau Philippe Lançon

Aussitôt que la vie Marie Gillet

La décoration des émotions Estelle Quilici,

Et aussi

La femme rompue Simone de Beauvoir

Ressac Diglee

Kiosque Jean Rouaud

Le passage de l'été Claire Léost

Trois Valérie Perrin

 


14 septembre 2022

Cet été-là

On loue la fin de l'hiver qui va laisser place au printemps.
On salue la fin du printemps qui ouvre ses fenêtres sur l'été.
On parvient même à se réjouir de la fin de l'automne puisqu'elle
annonce fébrilement le top départ des fêtes de fin d'année.

Mais qui peut avoir envie de célébrer la fin de l'été ?
Une vieille rengaine très fleur bleue me revient en mémoire.

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  {les figues du jardin maternel ont bien résisté au manque d'eau : petites, mais si savoureuses ! J'affectionne par-dessus
tout ces couleurs liées aux premières fraîcheurs : les grenat, les vermeil, les roses passés, les pourpre...
les hortensias bretons ont joué le jeu eux aussi; objets brocante familiale}

, Il y est question de plage, de soleil et de baisers. Un été adolescent en somme.
Qui se recroqueville avec les premières feuilles roussies et les émois ternis.
Pour nous, grands adultes revenus de tout cela, la fin de l'été c'est le vent
turbulent qui s'invite et met un pied dans la porte, ce sont les soirées
à douceur de petite laine, les corvées procrastinées agitant avec
entêtement leur urgence, pour certains le stress de la rentrée scolaire. 

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{"ma" plage, à 6h du matin}

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{la criste-marine pousse en abondance sur la promenade un peu escarpée du bord de mer,
et je résiste à la tentation d'en "prélever" pour faire un joli bouquet}

Le passage du relais ne se fait pas toujours en douceur. L'humeur automnale
a quelque chose d'intime, de très personnel. On convoque les images de livres
de leçons de choses pour appréhender les journées de plus en plus courtes :
les pommes dans un cageot, les bruyères en pot devant la vitrine du fleuriste
les premiers marrons dans le square, l'orange intense des épaisses soupes
de courges, c'est peut-être cela qui aide à oublier qu'automne en anglais
se dit - aussi- "fall", et que malgré sa ronde sonorité, ce mot présage
quelque chose qui ressemble un peu à une plongée mélancolique.

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Mais faut-il vraiment regretter cet été-là ? Ce sera celui dont on se
souviendra comme d'un avertissement, une semonce face à nos comportements
légers, nos gestes imbéciles. Un été de guerres, de feu, de suffocation. 
Et comme l'humain, c'est sa nature, ne tire jamais profit des bonnes leçons 
qu'on lui donne, gageons que l'été prochain sera sans doute le même. En pire.

IMG_8364 IMG_3606IMG_2066 IMG_1978 (2)131733914 IMG_0662

Oh mais je sens de votre part comme une furieuse envie de refermer ce billet 
pour passer à autre chose. Alors vite, fouillons dans nos souvenirs encore
tous frais, parlons de petits matins sur le port, 
de fougasses 
tièdes, de soirées sous les étoiles, de lectures
** dans le sable,
 du souffle d'une robe bleue océan, de l'enivrant parfum des pinèdes,

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{à chaque heure sa boisson : café à 8h, Spritz à 20h }

de cailloux brossés par la mer, des volets verts qui s'ouvrent sur un oranger,
du ventre blanc des mouettes au-dessus du jardin, des rêves de mon chat,
des repas qui s'éternisent sous la lune, des crapahutages
dans les ruelles endormies d'Eze ou Mougins à l'heure de la sieste,

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{vue de ma chambre sur les oranges encore vertes; explosion de plumbagos et de thunbergia au jardin;
clin d'
œil pour toi Marie-Noëlle; chat serein; un peu d'écriture pour le souvenir} 

des rêveries yeux clos mais sens en éveil, des parfums de crèmes glacées
parfois follement drôles, de mille choses quotidiennes qui semblent
prendre toute leur valeur lorsqu'on s'y arrête un peu. 

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{Eze, perché, feint le sommeil entre ses épais murs de pierre; j'ai fait un modeste don pour que
l'église ND de l'Assomption, rongée par l'humidité, retrouve son bel éclat}

IMG_7260 IMG_7307IMG_7308 IMG_7367 (2)IMG_7368 (2) IMG_7299IMG_7266 (2) IMG_7375

{Mougins, pépite nichée dans l'arrière-pays cannois, un peu trop village-musée parfois, mais tellement beau,
non dénué d'humour, et si paisible lorsque le soleil décline derrière ses toits de tuile rousse;
c'est aussi l'heure des chats, que je pourrais photographier à l'infini}

IMG_7285 IMG_7282IMG_7303 IMG_7302PORTE III PORTE IV

{quelques jolies portes mouginoises; on suppose qu'Alfie, vue sa bouille, n'est pas si féroce...}

Oui, parlons de tout cela et des plaisirs même s'ils ne font pas oublier
la peur, de la fantaisie qui lutte à armes inégales avec le chagrin,
de l'espérance, des illusions qui ne sont pas toutes faites pour
être perdues, et de la joie d'être vivants.

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{île Saint-Honorat : deux cormorans se demandant si ce goéland ne va pas leur barbotter leur pêche du jour}

 

* mon été fut aussi celui des lectures abondantes et pour certaines, captivantes.
J'essaierai d'en parler dans un autre billet.

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15 août 2022

La route des abbayes

Au cœur de cet été dramatiquement torride, permettez-moi de vous offrir un peu
de fraîcheur, et en cela 
la campagne normande dispose encore de quelques
ressources. 
Les méandres de la Seine, jalonnées de petites merveilles
-châteaux, édifices religieux, musées, maisons d'écrivain, sont souvent
délaissées 
pour les plaisirs balnéaires de la côte, ou simplement 
cantonnées 
aux journées maussades, comme si elles ne méritaient pas mieux !

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{Jumièges, éclatante sous le ciel normand}

Les abbayes, leurs cloîtres et leurs jardins m'ont toujours fascinée.
Et je pense ne pas être la seule agnostique dans ce cas.
Qu'est-ce qu'on y aime tant et qui nous envoûte à ce point ? Du calme,
de l'allégresse, un peu de mystère, un enivrement des sens, un souffle,
l'oubli, l'accalmie, et ce "son du silence" * indéfinissable, écouté
jusqu'à saturation dans mes années adolescentes.

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{des chaises de jardin sont disposées ça et là dans le parc, et celles-ci, face au panneau explicatif dressé
comme un lutrin, semblent attendre deux violonistes inspirés...}

Nous arrivons à Jumièges  vers 13h, sous un soleil de plomb. Quelques terrasses
de restaurants, où se liquéfient des familles, ont déployé le grand foc.
C'est sans doute l'heure idéale pour une visite presque en solitaires,
mais c'est aussi celle du zénith, implacable. Je rêve d'une sieste
sous un pommier, mais tant pis, allons-y.

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 {la petite ferme, où les agapanthes pleurent du désespoir de n'être pas suffisamment arrosées,
mais où quelques tomates subsistent gaillardement}

Jumièges *, c'est d'abord une silhouette longiligne, des fenêtres écarquillées
sur le ciel et l'onde blonde des hautes herbes du parc qui l'entoure.
Abbaye bénédictine dont la construction, au fil des guerres et des pillages,
dura plus de dix siècles, elle nous livre aujourd'hui l'architecture
arachnéenne de ses nobles ruines.

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{ne jamais quitter un site sans passer par l'inévitable boutique. J'avoue ma faiblesse côté torchons.
Ces deux-là, agrémentés de quelques gourmandises flaubertiennes, deviendront parisiens,
s'il reste un peu de place sur la pile. Quant à la partie bibliothèque, les œuvres de
Flaubert y régnaient en maîtres, bien sûr. Vérifier au retour que je les possède tous...Et les relire !}

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 Un café plus tard, nous voici à Saint Martin de Boscherville, bourgade
assoupie comme un gros chat au soleil. la perspective de visiter
les jardins qui ceignent l'abbaye, avec ses promesses d'ombres et de
frondaisons protectrices, nous enchante. Et quel enchantement !

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 {le cloître végétal en ifs taillés, encercle un parterre dessiné à la Française}

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{pour une meilleure compréhension, le village c'est St Martin de Boscherville, et l'abbaye, St Georges de Boscherville...}

 Tout d'abord ce cloître végétal, planté sur ce qui fut celui du XIIe siècle,
face à la salle capitulaire, puis en contournant l'église, on découvre
la géométrie parfaite du potager, ponctué de fleurs "soigneuses" et protectrices
comme l'œillet d'Inde ou la capucine, 
la symphonie en vert des carrés de simples...

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{depuis le "Pavillon des vents", on a une vue superbe sur la vallée}

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 {la beauté simple des vitraux de la chapelle des Chambellans; fruits et fleurs de grand-mères;
et la boule parfaite du cadran solaire}

Normandie oblige, poiriers et pommiers forment une ronde gourmande tout autour
des parcelles, des cadrans solaires dont celui, sphérique, qui semble
à peine effleurer son piédestal, ornent les terrasses brûlantes à cette
heure du jour. Plus haut, un labyrinthe d'où fusent quelques rires d'enfants
jouant à être perdus, et en contrebas, la chapelle des Chambellans qui nous
offre sa fraîcheur et les mosaïques turquoise de ses vitraux.

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Tandis que je parachève ce billet, la pluie commence à tomber sur Paris.
Je vois de ma fenêtre quelques passants étourdis (la météo l'avait pourtant
prédit !)courir vers un refuge, une marquise, un auvent. Dans le gris et blanc
de ce décor citadin, je pense aux délicieux petits personnages de Sempé,
perdus dans l'immensité, qu'elle soit urbaine ou pastorale, et me désole
de sa disparition. Je possède dans ma bibliothèque huit albums de ce génie
du petit ordinaire. J'en feuillette un au hasard, en étrennant le thé parfumé
à la pomme et au calva (!) acheté dans un salon de thé de Jumièges.

* The sound of silence

* Jumièges

* Saint Georges de Boscherville

 

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09 août 2022

L'aiguille creuse

Il existe des lieux, des architectures, des pays, à notre regard très
familiers, mais qui n'existent souvent que dans les images que l'on
nous offre. Les fjords norvégiens, les pyramides de Gizeh, les canaux vénitiens,
le Grand Canyon... Allons, je ne vais pas vous dresser une liste aussi
subjective que peu exhaustive des merveilles du monde. Autrefois réservés
à quelques happy few, ces endroits ont sans doute perdu un peu de leur aura
avec la croissance du tourisme de masse.
Je pensais innocemment qu'Etretat, son arche et son aiguillon,
bien que source d'inspiration pour un célèbre écrivain normand,
ne figurait pas dans la liste. Ce en quoi je me trompais lourdement.
Combien étions-nous sur la falaise ? Comme j'aurais aimé m'installer
au creux des ailes d'un goéland, porté par le vent,  pour admirer ce site unique. 

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{"phénomène naturel ? excavation produite par des cataclysmes intérieurs ou par l'effort insensible de la mer
qui bouillonne, de la pluie qui s'infiltre? Ou bien œuvre surhumaine ? Qu'importait ?
L'essentiel résidait en ceci : l'Aiguille était creuse" 
Relire Maurice Leblanc s'imposait !
Non, elle n'est pas creuse, et aucun trésor des rois n'y a trouvé refuge...} 

Il était encore tôt pourtant. Mais tout le monde voulait sa vue, son panorama,
son souvenir d'un moment heureux. Quelques audacieux inconscients se risquaient
tout au bord, tandis que d'autres, assis sur un banc près de la chapelle,
partaient dans leurs rêves. La brume tenace a fini par replier son étole
cotonneuse sous l'insistance du soleil, et nous laisser libres d'admirer
ce que nous étions tous venus chercher.

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 Peu tentée par la visite des Jardins, rebutée sans doute par ces faces de lune
un peu effrayantes qui émergent des buis taillés*, je me suis éloignée

dans la ville. Au hasard des rues, portant pour la plupart les noms d'illustres
résidents, j'y ai vu de bien jolies maisons aux façades polychromes, mêlant
grès, brique et bois dans une élégante harmonie.

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Rue Isabey, la Villa Les Tilleuls*, somptueuse maison d'hôtes, m'a été ouverte par
gentillesse, me laissant le temps d'admirer avec quel goût très sûr cette imposante
bâtisse a été restaurée et décorée pour le plaisir de ses bienheureux résidents.

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{Les Tilleuls, somptueuse maison d'hôtes située au cœur de la ville; parquet craquant,
cheminée imposante, meubles anciens, panoramique, cuisine à l'ancienne, jardin foisonnant...
Un petit peu d'avant-goût de paradis ne nuit pas} 

Pour le dîner, le choix s'est porté sur un autre bel endroit, le Dormy House*,
surplombant mer et falaises, quoique nous n'ayons pas envisagé un seul instant
partager ce repas avec une brume encore plus obstinée que celle du matin.

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{au Dormy House, le restaurant panoramique domine la vallée, mais ce soir-là, une brume digne
de l'atmosphère d'un roman de Maurice Leblanc nous a quelque peu bouché la vue; pour compenser,
une délicieuse fregola sarda, suivie d'une pomme confite au caramel, ont eu raison de notre déception}

 Le lendemain, que la route était belle ! Petite pause café à Yport, avant
de rallier Le Havre. Le ruban routier désert en ce matin d'août serpente entre
les champs moissonnés. Des images de cartes scolaires me viennent à l'esprit,
images apaisantes d'étés bruissant, de vie calme, lente, propice à la rêverie.

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 {Yport et son alignement de cabines, l'identité des plages normandes !}

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Et puisque les images d'enfance s'invitent, autant s'en immerger : là était
le but de notre escapade havraise. Chacun sait qu'au Havre, on ne trouvera
ni églises romanes, ni quartiers médiévaux, ni ruelles au pavage d'origine.
Ville sinistrée à 90% par les bombardements alliés en 1944, sa reconstruction
fut confiée à Auguste Perret, architecte fou de béton armé. 

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{le goéland, symbole de la ville, s'invite partout ! Je craque pour cette statue de Stephan Balkenhol,
intitulée tout simplement Monsieur Goéland, érigée sur la place du Museum}

  Comme des champignons après l'ondée, des immeubles de taille raisonnable
s'élevèrent dans le ciel normand, tous conçus sur un modèle unique :

exemple remarquable de l’architecture et de l’urbanisme d'après-guerre,
basé sur la préfabrication, l’utilisation systématique d’une trame modulaire,
et celle, audacieuse à l'époque, de toutes les possibilités qu'offre le béton.

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{j'ai retrouvé la cuisinière Lilor Luxe de mes parents ! Très innovante à l'époque, avec son tableau de commandes
au bon niveau, son sèche-torchon intégré, ses gadgets multiples. Vendue à Emmaüs pour une bouchée de pain
quelques années plus tard...}

Nous voici à présent en visite dans l'appartement-témoin*, reconstitué avec
de véritables éléments de l'époque. Un vrai voyage dans le temps, et son lot

d'émotions et de nostalgie. La moitié des visiteurs du petit groupe découvraient
une autre vie que la leur, l'autre moitié, dont je faisais partie, revivait avec
attendrissement les premières années de leur petite enfance.

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{une décoration digne de Selency, non ?}

La table en formica, le téléphone U43, la coupe de fruits en Vallauris,
les poupées Peynet, la yaourtière en alu, la bouteille de Petrole Hahn,
le paquet de Floraline, la Bibliothèque Rouge et Or "Dauphine",
le réveil Jaz, le sac de calots, la machine à écrire Olivetti, 
le télécran, le "pardessus" accroché à la patère, le philodendron... 
Tous ces témoins mutiques d'un passé que le temps a compressé jusqu'à l'oubli,
et qui ressurgit, et dont on ne veut conserver que la tendresse, celle
de ses si jeunes parents auprès desquels la vie semblait immense et inépuisable.

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{insolite dans ce décor d'après-guerre, une cathédrale renaissance; les jardins des Enfants sages;
encore plus insolite : cette maison, œuvre d'Erwin Wurm, est destinée à une famille extrêmement mince !}

Pour notre repas du soir, une adresse joyeuse, avec une cuisine qui là encore
joue la carte nostalgique, mais avec humour : Les enfants sages*. Installé dans
l'ancienne maison d'un directeur d'école, flanqué d'un joli jardin, d'une guinguette
à lampions, ce restaurant collectionne les bons points !

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{acheté à la librairie La Galerne, et dévoré sur place...}

L'idée de reprendre une route directe pour Paris nous semblant peu attrayante,
et pour rester dans le thème, nous avons emprunté le chemin des écoliers,
ou plutôt celui des abbayes. Et si vous voulez bien continuer à me suivre,
je vous en parle très prochainement !

Les Tilleuls

Dormy House

* Les jardins d'Etretat 

* Appartement-témoin Auguste Perret

* La Galerne : plus qu'une librairie, un endroit extraordinaire ! 

* Les enfants sages

 

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10 juillet 2022

Le temps des vacances II

Les plaisirs des vacances passent aussi par la découverte des trésors
gustatifs de la région élue.  Très difficile à contenter, je le reconnais
 (aucun produit carné, très peu de poisson) je me jette souvent sur les
douceurs, perfide euphémisme pour qualifier ces horrrrribles sucreries
si néfastes à la santé... Et là, je peux affirmer que qui n'a jamais
goûté un chou des Dunes Blanches, ne sait pas ce qu'est la vie...

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{les Dunes Blanches de Pascal, de délicieux petits choux à la crème : croûte craquante,
intérieur fondant : l'impression de mordre dans un nuage}

Lorsqu'on réside dans le Bassin, on ne peut faire l'impasse sur le Cap Ferret
(pardon : Ferret...) et on a bien raison. Il n'y a pas de réputation usurpée.
C'est joli. C'est carrément beau. C'est grandiose et incroyable, cette sensation
d'être perdue dans une si petite langue de terre.

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{L'Herbe : petites scènes de village; ici, la carte du menu est taillée dans des coquilles d'huîtres;
la plupart des passiflores ont plus ou moins une touche de mauve : j'ai trouvé celui-ci, 
d'un blanc pur, 
superbe , }

Le long de la côte est, s'échelonnent ces drôles de villages ostréicoles,
composés de cabanes de toutes les couleurs, poétiques, rafistolées, naïves,
un peu déglinguées pour certaines. L'Herbe semble être le plus connu :
un petit côté favelas, tout de même...

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{agrippées au bois des cabanes, les chevelures emmêlées d'une nature encore brouillonne
et maîtresse des lieux}

Lorsqu'on arrive à la Pointe aux Chevaux, toujours sur le Cap, on a juste
envie de se poser. Et d'attendre : le voilier là-bas qui ressemble aux petits
bateaux de papier plié; l'ombre dont la fraîcheur lentement drape le banc
où l'on vient de s'asseoir; le coup de fil de quelqu'un dont on n'avait
plus de nouvelles et qui nous assure que tout va bien; l'heure idéale pour
un spritz; le soir qui rougit l'horizon.

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 {La Pointe aux Chevaux : un décor dit "de carte postale" : non, je n'ai pas demandé
aux touristes de s'écarter pour la photo, car il n'y avait absolument personne.
Qui a dit que le Cap Ferret était surpeuplé en été ?}

Tout comme on ne vient pas pour la première fois à Paris sans monter
à la Tour Eiffel, on ne vient pas ici sans grimper dans le phare.
Jolie vue, certes, mais photo approximative, plaquée contre la paroi
laquée rouge pour cause de vertige. Seconde étape ferretcapienne :
la chapelle de la Villa algérienne, cette dernière aujourd'hui disparue,
curieux monument de style néo-mauresque, dont le clocher arbore croix et
croissant de lune qui se côtoient en toute harmonie.

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{le phare du Cap-Ferret et la chapelle de la Villa algérienne}

 La glace quotidienne avalée (ce jour-là : un mascarpone-figue mémorable ),
retour à la maison, régulièrement visitée par deux petits monstres farceurs
aux yeux d'agate. Panique à bord : encore des abandons ! C'est la saison !
Celle des imbéciles qui partent et se débarrassent de ce qui leur donnait
tant de joie et qui à présent les gêne.

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{Sully, petite anthère noire effrontée}

Renseignements pris auprès de l'association Andernochats, qui a vérifié leur
puçage, 
les deux fripons, respectivement Bob et Sully, habitent en fait
trois maisons plus loin, mais ne répugnent pas 
à aller fouiner dans
les jardins des autres, histoire de voir si la marque de 
croquettes ici
ne serait pas meilleure. Berlingot s'en est tout d'abord indigné, 
puis a capitulé devant autant de fougue juvénile.

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{les petites cabanes multicolores de Biganos s'alignent le long des rives de la Leyre}

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Nous n'en avions pas tout à fait fini avec l'esprit cabane.
Celles de Biganos, 
par exemple, ne sont pas ostréicoles, car érigées autour
du petit port de plaisance de la Leyre, elles abritent sans doute le matériel
nécessaire à la pratique des sports nautiques, à moins que ce ne soit celui
des artistes peintres inspirés par cette quiétude bucolique.

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{disséminés dans la maison d'Andernos, de jolis tableaux, peut-être de famille, ou alors
chinés,
 
dessinent une atmosphère un peu désuète}

L'appartement parisien retrouvé, on peut déceler ça et là les empreintes
de ce que furent les vacances. Les bouquets de fleurs séchées bourguignonnes
ont laissé place aux sables et coquillages, auxquels s'ajoute un seul petit
galet pour compléter la collection (piller les plages n'est pas correct,
c'est même une menace pour l'écosystème, et j'avoue piteusement que
le plaisir enfantin du ramassage, modeste, l'emporte parfois sur la raison).  

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{les petites récoltes balnéaires posent à côté d'une des œuvres naïves
posées deci delà dans la maison}

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 {dernière photo avant le départ}

Chère maison "Malgré tout", sache que j'ai passé de bien jolis moments chez toi.
Je ne suis pas sûre de revenir, car j'ai encore beaucoup d'endroits à découvrir,
beaucoup de rêves à accomplir, 
et le temps se fait de plus en plus pingre.

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Mes adresses dans le bassin :

- Les Tamaris : restaurant en bord de mer, bonne carte et service prévenant

- Grand Café Victoria : une institution, antipasti et tutti quanti

- Les Dunes blanches : petits choux, mon chouchou

La Cabane : vêtements sportswear, coton bio, pour toute la famille

- Les pépites de nana : petits bijoux de 7 à 77 ans

- L'écume d'Arcachon : production locale de parfums délicieux liés à l'histoire de la ville

 

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03 juillet 2022

Le temps des vacances

S'offrir le luxe de partir avant les autres, c'est aussi accepter la déconvenue
de revenir lorsque eux partent. Mais quelle importance quand, même déjà sur
la route du retour, on a encore la tête dans les dunes, ou en forêt, le cœur
aussi doré que la peau, les bagages pleins de ces petits riens qu'on est
impatient d'offrir à ceux qui sont restés, ou qu'on s'est offert et qui
resteront à jamais l'image même de cet été là.

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 {j'ai appris que ces délicieuses frises de bois qui tombent des toits des villas s'appellent
des lambrequins; petit coin de notre maison pour deux semaines de break absolu; ciel andernosien}

Tout le monde connait l'adage taquin qui affirme qu'en Bretagne, il fait beau
plusieurs fois par jour. 
C'est peu dire qu'il s'adapte parfaitement à ce littoral
situé un peu plus bas sur la côte ouest, autour du Bassin d'Arcachon.

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La petite maison louée avait le charme absolu des villas de bord de mer
des années 50, 
avec son porche arrondi, sa toiture asymétrique, sa plaque
d'identité en lettrines colorées(ici : "Malgré tout")son parfum à la fois
âcre et sucré dès la porte d'entrée (qui grince, cela va de soi) poussée.

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 {détails de la maison, très "dans son jus"; teatime au jardin et dégustation de macarons
de Montmorillon suite à la halte à Poitiers; ma chambre, fleurettes anglaises,
tableau et lampe de guingois}

Certes, Andernos-les-Bains sonne moins chic qu'Arcachon, mais c'est sans doute
précisément ce côté parfois un peu désuet, le calme quasiment palpable des rues
aux jolis noms ourlées de maisons basses aux volets prune, indigo, citron,
les petites boutiques chiffe-tire sur les allées qui mènent à la plage,
-et quelle plage ! qui m'ont séduite.

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Ici, on vit le moment, parce qu'il est précaire, donc précieux. Le mouvement
des marées rythme les journées dont on se garde bien de prévoir l'ordonnance.
Les plages qui n'en finissent jamais n'ont avec le ciel aucune démarcation
visible, et leurs couleurs mêlées de bleus, de beiges irisés et de blancs
nacrés sont des créations exclusives du jour, qu'on n'avait pas la veille,
et qu'on n'aura plus le lendemain.

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Si le matin on en vient à regretter en frissonnant la chaleur de la Méditerranée,
à laquelle on s'était un peu mollement habituée depuis quelques années, voici
que l'océan vous rappelle à l'ordre à coups de langues d'écume. Où est passée
la témérité de mes six ans, lorsque je me jetais dans les vagues de
Saint-Brévin-les-Pins, pourtant bien plus au nord sur la carte ?

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{la promenade du soir, un pur bonheur}

Chantal Thomas, arcachonnaise revendiquée, en parle tellement mieux que moi :
"l'océan a une dimension tragique, cela fait partie de sa beauté, 
de l'effroi de sa beauté"

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  {une cabane ostréicole, parmi tant d'autres; l'intérieur de l'église St Eloi;
récolter ses propres petits pignons ! Et l'épicerie bio où l'on trouve aussi des fleurs}

La mer est si lointaine sur le rivage du Betey qu'on se demande parfois si elle
existe encore. Baignade impossible. Alors balades ! Et elles ne manquent pas.
On pousse vers les drôles de petites cabanes sagement alignées qui proposent
aux amateurs, dont je ne fais pas partie, des huitres fraîchement pêchées.

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{l'église Saint Eloi}

Un peu en retrait et face à la mer, blottie dans la pinède, l'église romane
Saint Eloi, d'une absolue simplicité, accueille 
aussi des festivals de musique, 
des spectacles, des expositions d’art. Profiter de l'aubaine pour ramasser ces
énormes pommes de pin gorgées de cosses de pignons, et, une fois à la maison,
s'amuser à les casser au galet pour en extirper les précieuses graines.
Elles seront parfaites, torréfiées, sur la salade de tomates au basilic.

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{dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'engouement pour les bains de mer explose, auprès
d'une clientèle aisée et cosmopolite : de ceci date  la vraie naissance d'Arcachon;
création des banquiers Pereire, la Ville d'hiver regorge de jolies villas colorées}

Est-il nécessaire d'avoir lu Chantal Thomas pour tomber sous le charme d'Arcachon ?
Sans doute pas, mais j'avais pris soin de prévoir ce livre dans ma mallette de
lecture afin de mieux m'imprégner de l'esprit arcachonnais.

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 {une lecture qui a du sens ; la jetée Thiers; la boutique de parfums "l'Ecume d'Arcachon";
les Dunes Blanches, une tuerie locale; boutique Yaya, un baume pour
les yeux en regard des
couleurs criardes qui sévissent dans la mode de cet été; une gentille philosophie
sur la devanture de "La cabane"}

La ville aux quatre saisons n'a certes pas besoin de publicité pour connaître
le succès. La belle vous saisit dès l'entrée en ses murs, par une superbe
allée bordée de platanes, puis, une fois la voiture garée, par ses rues escarpées
le long desquelles s'alignent les villas d'un autre siècle. On monte encore un peu
dans les hauteurs, et nous voilà perdues dans les pins, les chênes et les arbousiers.
Un calme étrange, à peine troublé par les rires lointains d'une famille de cyclistes,
se fait palpable. On redescend par le Parc mauresque, puis nous voici dans les rues
commerçantes, pimpantes, qui rejoignent la mer tout là-bas. On croque un panini
directement sur le sable, au pied de la jetée Thiers.

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Comme j'ai aussi envie de vous parler des cabanes du port de Biganos, de la Pointe
aux Chevaux et du phare du Cap Ferret, de Bob et de Sully, je vous donne
rendez-vous pour un second petit billet.

 

Posté par Triskell1 à 08:44 - - Commentaires [28] - Permalien [#]
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