La Ligne 13

14 septembre 2022

Cet été-là

On loue la fin de l'hiver qui va laisser place au printemps.
On salue la fin du printemps qui ouvre ses fenêtres sur l'été.
On parvient même à se réjouir de la fin de l'automne puisqu'elle
annonce fébrilement le top départ des fêtes de fin d'année.

Mais qui peut avoir envie de célébrer la fin de l'été ?
Une vieille rengaine très fleur bleue me revient en mémoire.

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  {les figues du jardin maternel ont bien résisté au manque d'eau : petites, mais si savoureuses ! J'affectionne par-dessus
tout ces couleurs liées aux premières fraîcheurs : les grenat, les vermeil, les roses passés, les pourpre...
les hortensias bretons ont joué le jeu eux aussi; objets brocante familiale}

, Il y est question de plage, de soleil et de baisers. Un été adolescent en somme.
Qui se recroqueville avec les premières feuilles roussies et les émois ternis.
Pour nous, grands adultes revenus de tout cela, la fin de l'été c'est le vent
turbulent qui s'invite et met un pied dans la porte, ce sont les soirées
à douceur de petite laine, les corvées procrastinées agitant avec
entêtement leur urgence, pour certains le stress de la rentrée scolaire. 

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{"ma" plage, à 6h du matin}

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{la criste-marine pousse en abondance sur la promenade un peu escarpée du bord de mer,
et je résiste à la tentation d'en "prélever" pour faire un joli bouquet}

Le passage du relais ne se fait pas toujours en douceur. L'humeur automnale
a quelque chose d'intime, de très personnel. On convoque les images de livres
de leçons de choses pour appréhender les journées de plus en plus courtes :
les pommes dans un cageot, les bruyères en pot devant la vitrine du fleuriste
les premiers marrons dans le square, l'orange intense des épaisses soupes
de courges, c'est peut-être cela qui aide à oublier qu'automne en anglais
se dit - aussi- "fall", et que malgré sa ronde sonorité, ce mot présage
quelque chose qui ressemble un peu à une plongée mélancolique.

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Mais faut-il vraiment regretter cet été-là ? Ce sera celui dont on se
souviendra comme d'un avertissement, une semonce face à nos comportements
légers, nos gestes imbéciles. Un été de guerres, de feu, de suffocation. 
Et comme l'humain, c'est sa nature, ne tire jamais profit des bonnes leçons 
qu'on lui donne, gageons que l'été prochain sera sans doute le même. En pire.

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Oh mais je sens de votre part comme une furieuse envie de refermer ce billet 
pour passer à autre chose. Alors vite, fouillons dans nos souvenirs encore
tous frais, parlons de petits matins sur le port, 
de fougasses 
tièdes, de soirées sous les étoiles, de lectures
** dans le sable,
 du souffle d'une robe bleue océan, de l'enivrant parfum des pinèdes,

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{à chaque heure sa boisson : café à 8h, Spritz à 20h }

de cailloux brossés par la mer, des volets verts qui s'ouvrent sur un oranger,
du ventre blanc des mouettes au-dessus du jardin, des rêves de mon chat,
des repas qui s'éternisent sous la lune, des crapahutages
dans les ruelles endormies d'Eze ou Mougins à l'heure de la sieste,

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{vue de ma chambre sur les oranges encore vertes; explosion de plumbagos et de thunbergia au jardin;
clin d'
œil pour toi Marie-Noëlle; chat serein; un peu d'écriture pour le souvenir} 

des rêveries yeux clos mais sens en éveil, des parfums de crèmes glacées
parfois follement drôles, de mille choses quotidiennes qui semblent
prendre toute leur valeur lorsqu'on s'y arrête un peu. 

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{Eze, perché, feint le sommeil entre ses épais murs de pierre; j'ai fait un modeste don pour que
l'église ND de l'Assomption, rongée par l'humidité, retrouve son bel éclat}

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{Mougins, pépite nichée dans l'arrière-pays cannois, un peu trop village-musée parfois, mais tellement beau,
non dénué d'humour, et si paisible lorsque le soleil décline derrière ses toits de tuile rousse;
c'est aussi l'heure des chats, que je pourrais photographier à l'infini}

IMG_7285 IMG_7282IMG_7303 IMG_7302PORTE III PORTE IV

{quelques jolies portes mouginoises; on suppose qu'Alfie, vue sa bouille, n'est pas si féroce...}

Oui, parlons de tout cela et des plaisirs même s'ils ne font pas oublier
la peur, de la fantaisie qui lutte à armes inégales avec le chagrin,
de l'espérance, des illusions qui ne sont pas toutes faites pour
être perdues, et de la joie d'être vivants.

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{île Saint-Honorat : deux cormorans se demandant si ce goéland ne va pas leur barbotter leur pêche du jour}

 

* mon été fut aussi celui des lectures abondantes et pour certaines, captivantes.
J'essaierai d'en parler dans un autre billet.

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15 août 2022

La route des abbayes

Au cœur de cet été dramatiquement torride, permettez-moi de vous offrir un peu
de fraîcheur, et en cela 
la campagne normande dispose encore de quelques
ressources. 
Les méandres de la Seine, jalonnées de petites merveilles
-châteaux, édifices religieux, musées, maisons d'écrivain, sont souvent
délaissées 
pour les plaisirs balnéaires de la côte, ou simplement 
cantonnées 
aux journées maussades, comme si elles ne méritaient pas mieux !

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{Jumièges, éclatante sous le ciel normand}

Les abbayes, leurs cloîtres et leurs jardins m'ont toujours fascinée.
Et je pense ne pas être la seule agnostique dans ce cas.
Qu'est-ce qu'on y aime tant et qui nous envoûte à ce point ? Du calme,
de l'allégresse, un peu de mystère, un enivrement des sens, un souffle,
l'oubli, l'accalmie, et ce "son du silence" * indéfinissable, écouté
jusqu'à saturation dans mes années adolescentes.

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{des chaises de jardin sont disposées ça et là dans le parc, et celles-ci, face au panneau explicatif dressé
comme un lutrin, semblent attendre deux violonistes inspirés...}

Nous arrivons à Jumièges  vers 13h, sous un soleil de plomb. Quelques terrasses
de restaurants, où se liquéfient des familles, ont déployé le grand foc.
C'est sans doute l'heure idéale pour une visite presque en solitaires,
mais c'est aussi celle du zénith, implacable. Je rêve d'une sieste
sous un pommier, mais tant pis, allons-y.

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 {la petite ferme, où les agapanthes pleurent du désespoir de n'être pas suffisamment arrosées,
mais où quelques tomates subsistent gaillardement}

Jumièges *, c'est d'abord une silhouette longiligne, des fenêtres écarquillées
sur le ciel et l'onde blonde des hautes herbes du parc qui l'entoure.
Abbaye bénédictine dont la construction, au fil des guerres et des pillages,
dura plus de dix siècles, elle nous livre aujourd'hui l'architecture
arachnéenne de ses nobles ruines.

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{ne jamais quitter un site sans passer par l'inévitable boutique. J'avoue ma faiblesse côté torchons.
Ces deux-là, agrémentés de quelques gourmandises flaubertiennes, deviendront parisiens,
s'il reste un peu de place sur la pile. Quant à la partie bibliothèque, les œuvres de
Flaubert y régnaient en maîtres, bien sûr. Vérifier au retour que je les possède tous...Et les relire !}

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 Un café plus tard, nous voici à Saint Martin de Boscherville, bourgade
assoupie comme un gros chat au soleil. la perspective de visiter
les jardins qui ceignent l'abbaye, avec ses promesses d'ombres et de
frondaisons protectrices, nous enchante. Et quel enchantement !

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 {le cloître végétal en ifs taillés, encercle un parterre dessiné à la Française}

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{pour une meilleure compréhension, le village c'est St Martin de Boscherville, et l'abbaye, St Georges de Boscherville...}

 Tout d'abord ce cloître végétal, planté sur ce qui fut celui du XIIe siècle,
face à la salle capitulaire, puis en contournant l'église, on découvre
la géométrie parfaite du potager, ponctué de fleurs "soigneuses" et protectrices
comme l'œillet d'Inde ou la capucine, 
la symphonie en vert des carrés de simples...

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{depuis le "Pavillon des vents", on a une vue superbe sur la vallée}

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 {la beauté simple des vitraux de la chapelle des Chambellans; fruits et fleurs de grand-mères;
et la boule parfaite du cadran solaire}

Normandie oblige, poiriers et pommiers forment une ronde gourmande tout autour
des parcelles, des cadrans solaires dont celui, sphérique, qui semble
à peine effleurer son piédestal, ornent les terrasses brûlantes à cette
heure du jour. Plus haut, un labyrinthe d'où fusent quelques rires d'enfants
jouant à être perdus, et en contrebas, la chapelle des Chambellans qui nous
offre sa fraîcheur et les mosaïques turquoise de ses vitraux.

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Tandis que je parachève ce billet, la pluie commence à tomber sur Paris.
Je vois de ma fenêtre quelques passants étourdis (la météo l'avait pourtant
prédit !)courir vers un refuge, une marquise, un auvent. Dans le gris et blanc
de ce décor citadin, je pense aux délicieux petits personnages de Sempé,
perdus dans l'immensité, qu'elle soit urbaine ou pastorale, et me désole
de sa disparition. Je possède dans ma bibliothèque huit albums de ce génie
du petit ordinaire. J'en feuillette un au hasard, en étrennant le thé parfumé
à la pomme et au calva (!) acheté dans un salon de thé de Jumièges.

* The sound of silence

* Jumièges

* Saint Georges de Boscherville

 

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09 août 2022

L'aiguille creuse

Il existe des lieux, des architectures, des pays, à notre regard très
familiers, mais qui n'existent souvent que dans les images que l'on
nous offre. Les fjords norvégiens, les pyramides de Gizeh, les canaux vénitiens,
le Grand Canyon... Allons, je ne vais pas vous dresser une liste aussi
subjective que peu exhaustive des merveilles du monde. Autrefois réservés
à quelques happy few, ces endroits ont sans doute perdu un peu de leur aura
avec la croissance du tourisme de masse.
Je pensais innocemment qu'Etretat, son arche et son aiguillon,
bien que source d'inspiration pour un célèbre écrivain normand,
ne figurait pas dans la liste. Ce en quoi je me trompais lourdement.
Combien étions-nous sur la falaise ? Comme j'aurais aimé m'installer
au creux des ailes d'un goéland, porté par le vent,  pour admirer ce site unique. 

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{"phénomène naturel ? excavation produite par des cataclysmes intérieurs ou par l'effort insensible de la mer
qui bouillonne, de la pluie qui s'infiltre? Ou bien œuvre surhumaine ? Qu'importait ?
L'essentiel résidait en ceci : l'Aiguille était creuse" 
Relire Maurice Leblanc s'imposait !
Non, elle n'est pas creuse, et aucun trésor des rois n'y a trouvé refuge...} 

Il était encore tôt pourtant. Mais tout le monde voulait sa vue, son panorama,
son souvenir d'un moment heureux. Quelques audacieux inconscients se risquaient
tout au bord, tandis que d'autres, assis sur un banc près de la chapelle,
partaient dans leurs rêves. La brume tenace a fini par replier son étole
cotonneuse sous l'insistance du soleil, et nous laisser libres d'admirer
ce que nous étions tous venus chercher.

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 Peu tentée par la visite des Jardins, rebutée sans doute par ces faces de lune
un peu effrayantes qui émergent des buis taillés*, je me suis éloignée

dans la ville. Au hasard des rues, portant pour la plupart les noms d'illustres
résidents, j'y ai vu de bien jolies maisons aux façades polychromes, mêlant
grès, brique et bois dans une élégante harmonie.

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Rue Isabey, la Villa Les Tilleuls*, somptueuse maison d'hôtes, m'a été ouverte par
gentillesse, me laissant le temps d'admirer avec quel goût très sûr cette imposante
bâtisse a été restaurée et décorée pour le plaisir de ses bienheureux résidents.

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{Les Tilleuls, somptueuse maison d'hôtes située au cœur de la ville; parquet craquant,
cheminée imposante, meubles anciens, panoramique, cuisine à l'ancienne, jardin foisonnant...
Un petit peu d'avant-goût de paradis ne nuit pas} 

Pour le dîner, le choix s'est porté sur un autre bel endroit, le Dormy House*,
surplombant mer et falaises, quoique nous n'ayons pas envisagé un seul instant
partager ce repas avec une brume encore plus obstinée que celle du matin.

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{au Dormy House, le restaurant panoramique domine la vallée, mais ce soir-là, une brume digne
de l'atmosphère d'un roman de Maurice Leblanc nous a quelque peu bouché la vue; pour compenser,
une délicieuse fregola sarda, suivie d'une pomme confite au caramel, ont eu raison de notre déception}

 Le lendemain, que la route était belle ! Petite pause café à Yport, avant
de rallier Le Havre. Le ruban routier désert en ce matin d'août serpente entre
les champs moissonnés. Des images de cartes scolaires me viennent à l'esprit,
images apaisantes d'étés bruissant, de vie calme, lente, propice à la rêverie.

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 {Yport et son alignement de cabines, l'identité des plages normandes !}

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Et puisque les images d'enfance s'invitent, autant s'en immerger : là était
le but de notre escapade havraise. Chacun sait qu'au Havre, on ne trouvera
ni églises romanes, ni quartiers médiévaux, ni ruelles au pavage d'origine.
Ville sinistrée à 90% par les bombardements alliés en 1944, sa reconstruction
fut confiée à Auguste Perret, architecte fou de béton armé. 

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{le goéland, symbole de la ville, s'invite partout ! Je craque pour cette statue de Stephan Balkenhol,
intitulée tout simplement Monsieur Goéland, érigée sur la place du Museum}

  Comme des champignons après l'ondée, des immeubles de taille raisonnable
s'élevèrent dans le ciel normand, tous conçus sur un modèle unique :

exemple remarquable de l’architecture et de l’urbanisme d'après-guerre,
basé sur la préfabrication, l’utilisation systématique d’une trame modulaire,
et celle, audacieuse à l'époque, de toutes les possibilités qu'offre le béton.

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{j'ai retrouvé la cuisinière Lilor Luxe de mes parents ! Très innovante à l'époque, avec son tableau de commandes
au bon niveau, son sèche-torchon intégré, ses gadgets multiples. Vendue à Emmaüs pour une bouchée de pain
quelques années plus tard...}

Nous voici à présent en visite dans l'appartement-témoin*, reconstitué avec
de véritables éléments de l'époque. Un vrai voyage dans le temps, et son lot

d'émotions et de nostalgie. La moitié des visiteurs du petit groupe découvraient
une autre vie que la leur, l'autre moitié, dont je faisais partie, revivait avec
attendrissement les premières années de leur petite enfance.

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{une décoration digne de Selency, non ?}

La table en formica, le téléphone U43, la coupe de fruits en Vallauris,
les poupées Peynet, la yaourtière en alu, la bouteille de Petrole Hahn,
le paquet de Floraline, la Bibliothèque Rouge et Or "Dauphine",
le réveil Jaz, le sac de calots, la machine à écrire Olivetti, 
le télécran, le "pardessus" accroché à la patère, le philodendron... 
Tous ces témoins mutiques d'un passé que le temps a compressé jusqu'à l'oubli,
et qui ressurgit, et dont on ne veut conserver que la tendresse, celle
de ses si jeunes parents auprès desquels la vie semblait immense et inépuisable.

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{insolite dans ce décor d'après-guerre, une cathédrale renaissance; les jardins des Enfants sages;
encore plus insolite : cette maison, œuvre d'Erwin Wurm, est destinée à une famille extrêmement mince !}

Pour notre repas du soir, une adresse joyeuse, avec une cuisine qui là encore
joue la carte nostalgique, mais avec humour : Les enfants sages*. Installé dans
l'ancienne maison d'un directeur d'école, flanqué d'un joli jardin, d'une guinguette
à lampions, ce restaurant collectionne les bons points !

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{acheté à la librairie La Galerne, et dévoré sur place...}

L'idée de reprendre une route directe pour Paris nous semblant peu attrayante,
et pour rester dans le thème, nous avons emprunté le chemin des écoliers,
ou plutôt celui des abbayes. Et si vous voulez bien continuer à me suivre,
je vous en parle très prochainement !

Les Tilleuls

Dormy House

* Les jardins d'Etretat 

* Appartement-témoin Auguste Perret

* La Galerne : plus qu'une librairie, un endroit extraordinaire ! 

* Les enfants sages

 

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10 juillet 2022

Le temps des vacances II

Les plaisirs des vacances passent aussi par la découverte des trésors
gustatifs de la région élue.  Très difficile à contenter, je le reconnais
 (aucun produit carné, très peu de poisson) je me jette souvent sur les
douceurs, perfide euphémisme pour qualifier ces horrrrribles sucreries
si néfastes à la santé... Et là, je peux affirmer que qui n'a jamais
goûté un chou des Dunes Blanches, ne sait pas ce qu'est la vie...

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{les Dunes Blanches de Pascal, de délicieux petits choux à la crème : croûte craquante,
intérieur fondant : l'impression de mordre dans un nuage}

Lorsqu'on réside dans le Bassin, on ne peut faire l'impasse sur le Cap Ferret
(pardon : Ferret...) et on a bien raison. Il n'y a pas de réputation usurpée.
C'est joli. C'est carrément beau. C'est grandiose et incroyable, cette sensation
d'être perdue dans une si petite langue de terre.

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{L'Herbe : petites scènes de village; ici, la carte du menu est taillée dans des coquilles d'huîtres;
la plupart des passiflores ont plus ou moins une touche de mauve : j'ai trouvé celui-ci, 
d'un blanc pur, 
superbe , }

Le long de la côte est, s'échelonnent ces drôles de villages ostréicoles,
composés de cabanes de toutes les couleurs, poétiques, rafistolées, naïves,
un peu déglinguées pour certaines. L'Herbe semble être le plus connu :
un petit côté favelas, tout de même...

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{agrippées au bois des cabanes, les chevelures emmêlées d'une nature encore brouillonne
et maîtresse des lieux}

Lorsqu'on arrive à la Pointe aux Chevaux, toujours sur le Cap, on a juste
envie de se poser. Et d'attendre : le voilier là-bas qui ressemble aux petits
bateaux de papier plié; l'ombre dont la fraîcheur lentement drape le banc
où l'on vient de s'asseoir; le coup de fil de quelqu'un dont on n'avait
plus de nouvelles et qui nous assure que tout va bien; l'heure idéale pour
un spritz; le soir qui rougit l'horizon.

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 {La Pointe aux Chevaux : un décor dit "de carte postale" : non, je n'ai pas demandé
aux touristes de s'écarter pour la photo, car il n'y avait absolument personne.
Qui a dit que le Cap Ferret était surpeuplé en été ?}

Tout comme on ne vient pas pour la première fois à Paris sans monter
à la Tour Eiffel, on ne vient pas ici sans grimper dans le phare.
Jolie vue, certes, mais photo approximative, plaquée contre la paroi
laquée rouge pour cause de vertige. Seconde étape ferretcapienne :
la chapelle de la Villa algérienne, cette dernière aujourd'hui disparue,
curieux monument de style néo-mauresque, dont le clocher arbore croix et
croissant de lune qui se côtoient en toute harmonie.

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{le phare du Cap-Ferret et la chapelle de la Villa algérienne}

 La glace quotidienne avalée (ce jour-là : un mascarpone-figue mémorable ),
retour à la maison, régulièrement visitée par deux petits monstres farceurs
aux yeux d'agate. Panique à bord : encore des abandons ! C'est la saison !
Celle des imbéciles qui partent et se débarrassent de ce qui leur donnait
tant de joie et qui à présent les gêne.

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{Sully, petite anthère noire effrontée}

Renseignements pris auprès de l'association Andernochats, qui a vérifié leur
puçage, 
les deux fripons, respectivement Bob et Sully, habitent en fait
trois maisons plus loin, mais ne répugnent pas 
à aller fouiner dans
les jardins des autres, histoire de voir si la marque de 
croquettes ici
ne serait pas meilleure. Berlingot s'en est tout d'abord indigné, 
puis a capitulé devant autant de fougue juvénile.

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{les petites cabanes multicolores de Biganos s'alignent le long des rives de la Leyre}

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Nous n'en avions pas tout à fait fini avec l'esprit cabane.
Celles de Biganos, 
par exemple, ne sont pas ostréicoles, car érigées autour
du petit port de plaisance de la Leyre, elles abritent sans doute le matériel
nécessaire à la pratique des sports nautiques, à moins que ce ne soit celui
des artistes peintres inspirés par cette quiétude bucolique.

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{disséminés dans la maison d'Andernos, de jolis tableaux, peut-être de famille, ou alors
chinés,
 
dessinent une atmosphère un peu désuète}

L'appartement parisien retrouvé, on peut déceler ça et là les empreintes
de ce que furent les vacances. Les bouquets de fleurs séchées bourguignonnes
ont laissé place aux sables et coquillages, auxquels s'ajoute un seul petit
galet pour compléter la collection (piller les plages n'est pas correct,
c'est même une menace pour l'écosystème, et j'avoue piteusement que
le plaisir enfantin du ramassage, modeste, l'emporte parfois sur la raison).  

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{les petites récoltes balnéaires posent à côté d'une des œuvres naïves
posées deci delà dans la maison}

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 {dernière photo avant le départ}

Chère maison "Malgré tout", sache que j'ai passé de bien jolis moments chez toi.
Je ne suis pas sûre de revenir, car j'ai encore beaucoup d'endroits à découvrir,
beaucoup de rêves à accomplir, 
et le temps se fait de plus en plus pingre.

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Mes adresses dans le bassin :

- Les Tamaris : restaurant en bord de mer, bonne carte et service prévenant

- Grand Café Victoria : une institution, antipasti et tutti quanti

- Les Dunes blanches : petits choux, mon chouchou

La Cabane : vêtements sportswear, coton bio, pour toute la famille

- Les pépites de nana : petits bijoux de 7 à 77 ans

- L'écume d'Arcachon : production locale de parfums délicieux liés à l'histoire de la ville

 

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03 juillet 2022

Le temps des vacances

S'offrir le luxe de partir avant les autres, c'est aussi accepter la déconvenue
de revenir lorsque eux partent. Mais quelle importance quand, même déjà sur
la route du retour, on a encore la tête dans les dunes, ou en forêt, le cœur
aussi doré que la peau, les bagages pleins de ces petits riens qu'on est
impatient d'offrir à ceux qui sont restés, ou qu'on s'est offert et qui
resteront à jamais l'image même de cet été là.

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 {j'ai appris que ces délicieuses frises de bois qui tombent des toits des villas s'appellent
des lambrequins; petit coin de notre maison pour deux semaines de break absolu; ciel andernosien}

Tout le monde connait l'adage taquin qui affirme qu'en Bretagne, il fait beau
plusieurs fois par jour. 
C'est peu dire qu'il s'adapte parfaitement à ce littoral
situé un peu plus bas sur la côte ouest, autour du Bassin d'Arcachon.

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La petite maison louée avait le charme absolu des villas de bord de mer
des années 50, 
avec son porche arrondi, sa toiture asymétrique, sa plaque
d'identité en lettrines colorées(ici : "Malgré tout")son parfum à la fois
âcre et sucré dès la porte d'entrée (qui grince, cela va de soi) poussée.

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 {détails de la maison, très "dans son jus"; teatime au jardin et dégustation de macarons
de Montmorillon suite à la halte à Poitiers; ma chambre, fleurettes anglaises,
tableau et lampe de guingois}

Certes, Andernos-les-Bains sonne moins chic qu'Arcachon, mais c'est sans doute
précisément ce côté parfois un peu désuet, le calme quasiment palpable des rues
aux jolis noms ourlées de maisons basses aux volets prune, indigo, citron,
les petites boutiques chiffe-tire sur les allées qui mènent à la plage,
-et quelle plage ! qui m'ont séduite.

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Ici, on vit le moment, parce qu'il est précaire, donc précieux. Le mouvement
des marées rythme les journées dont on se garde bien de prévoir l'ordonnance.
Les plages qui n'en finissent jamais n'ont avec le ciel aucune démarcation
visible, et leurs couleurs mêlées de bleus, de beiges irisés et de blancs
nacrés sont des créations exclusives du jour, qu'on n'avait pas la veille,
et qu'on n'aura plus le lendemain.

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Si le matin on en vient à regretter en frissonnant la chaleur de la Méditerranée,
à laquelle on s'était un peu mollement habituée depuis quelques années, voici
que l'océan vous rappelle à l'ordre à coups de langues d'écume. Où est passée
la témérité de mes six ans, lorsque je me jetais dans les vagues de
Saint-Brévin-les-Pins, pourtant bien plus au nord sur la carte ?

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{la promenade du soir, un pur bonheur}

Chantal Thomas, arcachonnaise revendiquée, en parle tellement mieux que moi :
"l'océan a une dimension tragique, cela fait partie de sa beauté, 
de l'effroi de sa beauté"

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  {une cabane ostréicole, parmi tant d'autres; l'intérieur de l'église St Eloi;
récolter ses propres petits pignons ! Et l'épicerie bio où l'on trouve aussi des fleurs}

La mer est si lointaine sur le rivage du Betey qu'on se demande parfois si elle
existe encore. Baignade impossible. Alors balades ! Et elles ne manquent pas.
On pousse vers les drôles de petites cabanes sagement alignées qui proposent
aux amateurs, dont je ne fais pas partie, des huitres fraîchement pêchées.

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{l'église Saint Eloi}

Un peu en retrait et face à la mer, blottie dans la pinède, l'église romane
Saint Eloi, d'une absolue simplicité, accueille 
aussi des festivals de musique, 
des spectacles, des expositions d’art. Profiter de l'aubaine pour ramasser ces
énormes pommes de pin gorgées de cosses de pignons, et, une fois à la maison,
s'amuser à les casser au galet pour en extirper les précieuses graines.
Elles seront parfaites, torréfiées, sur la salade de tomates au basilic.

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{dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'engouement pour les bains de mer explose, auprès
d'une clientèle aisée et cosmopolite : de ceci date  la vraie naissance d'Arcachon;
création des banquiers Pereire, la Ville d'hiver regorge de jolies villas colorées}

Est-il nécessaire d'avoir lu Chantal Thomas pour tomber sous le charme d'Arcachon ?
Sans doute pas, mais j'avais pris soin de prévoir ce livre dans ma mallette de
lecture afin de mieux m'imprégner de l'esprit arcachonnais.

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 {une lecture qui a du sens ; la jetée Thiers; la boutique de parfums "l'Ecume d'Arcachon";
les Dunes Blanches, une tuerie locale; boutique Yaya, un baume pour
les yeux en regard des
couleurs criardes qui sévissent dans la mode de cet été; une gentille philosophie
sur la devanture de "La cabane"}

La ville aux quatre saisons n'a certes pas besoin de publicité pour connaître
le succès. La belle vous saisit dès l'entrée en ses murs, par une superbe
allée bordée de platanes, puis, une fois la voiture garée, par ses rues escarpées
le long desquelles s'alignent les villas d'un autre siècle. On monte encore un peu
dans les hauteurs, et nous voilà perdues dans les pins, les chênes et les arbousiers.
Un calme étrange, à peine troublé par les rires lointains d'une famille de cyclistes,
se fait palpable. On redescend par le Parc mauresque, puis nous voici dans les rues
commerçantes, pimpantes, qui rejoignent la mer tout là-bas. On croque un panini
directement sur le sable, au pied de la jetée Thiers.

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Comme j'ai aussi envie de vous parler des cabanes du port de Biganos, de la Pointe
aux Chevaux et du phare du Cap Ferret, de Bob et de Sully, je vous donne
rendez-vous pour un second petit billet.

 

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23 juin 2022

Une abbaye, un jardin, et puis Gabin...

Aujourd'hui, pour peu que l'on veuille se distraire, se cultiver ou s'évader,
il est quasiment indispensable de programmer ce qui somme toute correspond
à une envie du moment, pas nécessairement à celle que l'on aura
dans une semaine, voire plus ! Passage obligé par Internet, donc,
pour une pièce de théâtre qui se jouera en octobre, pour un train que
l'on prendra fin août. Même démarche pour l'exposition "Jardin, Jardins" 
aux Tuileries, ainsi que pour les Journées des roses à Chaalis.

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Cela tombait plutôt bien, car le jour J, on avait encore et toujours cette
frénésie végétale, ce besoin absolu de plonger son museau pollué dans
la robe veloutée d'une rose, ou de n'importe quoi portant pétales.

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{vestiges de l'abbaye cistercienne de Chaalis}

A l'abbaye de Chaalis *, on fête chaque année la rose, et chaque année
une nouvelle création voit le jour. Je me souviens d'une "Jean-Jacques Rousseau",
d'un blanc à peine rosé, à la simplicité d'une l'églantine. Cette fois-ci,
une comédienne très connue pour sa sophistication outrée a été élue
marraine et sa rose immaculée à peine poudrée d'orangé lui sied parfaitement.

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Un zeste de snobisme pointant toujours derrière ce type de manifestations,
on croise quelques excentriques flamboyants, quelques aristocrates chamarrés
ondoyant entre les stands. Sous le soleil et au milieu des roses,
c'est plutôt charmant.

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{regardez bien ce plaid vert sauge imprimé au tampon : il sera chez moi à partir de septembre
- cadeau d'anniversaire choisi à l'avance : mieux vaut être prudente ;-)

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{vite, détourner son regard de ces superbes torchons en lin sérigraphiés...}

La fin de journée s'est achevée par une visite impromptue du château, devenu
musée selon le désir de Nélie Jacquemart-André, qui y rassemblera une partie
de ses 
exceptionnelles collections, à l'instar de celles contenues dans 
son célèbre hôtel parisien.

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Même faune ou presque pour l'exposition Jardin, jardins, le rendez-vous
bucolique des Parisiens friands
 de nature, qui se tient chaque mois
de juin aux Tuileries. Scénographie inventive, reconstitution minutieuse
de jardins sauvages, de potagers à la Caillebotte, natures mortes
de beaux outils étincelants, encore un joli moment singulier à deux pas
de la Place de la Concorde vrombissante.

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 {Exposition "Jardin, jardins" : de précieux outils; une couleur indéfinissable pour cette rose charnue;
la beauté de ces bouteilles guillochées réside dans leur multiplicité sans doute; les petits nids
en vétiver de Madagascar pour parfumer la maison; une magnifique agapanthe bicolore;
quant aux chaises longues en tissu Liberty, je serais bien repartie avec..}

 Pour finir, et sans transition aucune, je vous emmène en voyage dans le temps. 
Gabin était dans le titre, et nous y voilà. J'ignore si les "moins de" savent
qui était Jean Moncorgé, dit Gabin, né en 1904, formidable et inoubliable
acteur de La Grande Illusion, de La belle équipe, de Pépé le Moko, du
Quai des Brumes, du Chat, de La rue des prairies et j'arrête ici car sa
filmographie étourdissante risque de vous lasser si vous n'êtes pas fan. 

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{la lumière tamisée n'était hélas pas idéale pour les photos... Dans cette expo, une collection
extraodinaire d'affiches en toutes langues, des reconstitutions de décors, des extraits de films,
des anecdotes, et la petite histoire de la France d'alors : non, ce n'était pas "mieux avant" !!! 
Les rôles féminins étaient hélas bien le reflet de la pensée d'alors, mais comment résister
au charme de cette nostalgie, qui n'est même pas la nôtre puisqu'on n'était "pas nés"
comme clament certains aujourd'hui pour masquer leur ignorance}

Mais si comme moi vous aimez ce cinéma dont le noir et blanc transcendait l'intrigue, 
les textes écrits 
et non improvisés, le jeu parfois théâtral des interprètes,
les décors 
magiques d'Alexandre Trauner, les dialogues de Prévert ou Spaak,
je vous donne 
rendez-vous au musée des années 30 de Boulogne, ville mythique
des studios 
du même nom, où se tient une rétrospective très documentée de l'acteur
et 
de la France des années d'avant et après guerre.

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{mes parents dans leur jeunesse tenaient un petit ciné-club amateur; c'est ainsi que j'ai découvert
enfant, les classiques deu cinéma français et étranger, dont certains pas vraiment adaptés à mon âge! }

Pas pu voir, en revanche, l'exposition consacrée à Raymond Peynet à la Galerie XIII-X.
Et me demander ce que sont devenues mes trois poupées à l'effigie de ses petites
amoureuses, dont le corps en mousse s'est désagrégé au fil du temps.

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* Abbaye de Chaalis 

** Exposition Jean Gabin

 

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12 juin 2022

Promenades

La saison des belles lumières est arrivée, où que l'on se trouve, partout
en France. L'art de la promenade peut s'exercer certes par tous les temps,
mais rien n'égale le contact, intime et soyeux, de la caresse d'un
souffle printanier sur des épaules que petit à petit on dénude.

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{en ville, en campagne, tout peut être source d'enchantement et d'étonnement} 

Je me souviens de l'époque où nous abordions le confinement avec la discipline
d'un bon élève, du temps des autorisations griffonnées et raturées (la case
"achats de première nécessité" étant hautement privilégiée...) où l'on
sortait à pas de loup avec la peur du gendarme et celle de quelque chose
jusque-là inconnu, dont on n'a jamais  compris s'il était du genre féminin
ou masculin (comme si c'était important ! ).

Mes évasions avaient alors lieu aux moments ultimes de la permission, alors
que tout Paris rentrait chez soi la tête dans les épaules, les bras chargés
de rouleaux roses ou blancs, dans les rues désertes qui sentaient le printemps.

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Une fois à l'appartement, je faisais des gâteaux, du pain et des classements.
Depuis, j'ai retrouvé mon boulanger, côté paperasse un petit mille-feuille
se forme régulièrement dans la bannette à courrier, mais je continue les gâteaux,
parce que la cuisine en général ce n'est pas mon truc, sauf celle-là, 
parce qu'on a toujours chez soi de la farine, des oeufs, du beurre et du sucre,
et que leur parfum à la sortie du four est celle de l'enfance retrouvée.

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{Cour Saint Emilion, c'étaient les dernières glycines, tandis que dans une cour intérieure
quelque peu délabrée, un rosier peu exigeant explose, pas snob pour deux sous}

Des promenades, oh oui, il y en a eu beaucoup. Des improvisées, des programmées,
des imposées. Dans la course au vert des capitales, on met souvent Londres ou Berlin
sur le podium, pour la 
superficie qu'elles consacrent aux parcs et aux bois,
ce qui est sans doute géométriquement vrai. Mais c'est 
oublier qu'à Paris
ou peut aussi, si l'on est curieux et de bonne volonté, 
se perdre dans le vert.

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{un beau bouquet de "déchets verts" ! quelques plates-bandes des Jardins partagés}

Au parc Suzanne Lenglen, on croise deux gentils jardiniers dont la brouette
déborde d'une chevelure très emmêlée de lepidium, promis à la poubelle :
la belle aubaine pour concocter un bouquet qui ira parfaitement dans
le vase en zinc. Aux Jardins Partagés de la rue de Coulmiers, chacun
et chacune est penché sur son ouvrage, et bine, sarcle, taille, bouture,
pince, marcotte et sème. Malgré la moyenne d'âge avancée de ces adorateurs
de La Quintinie, on perçoit la fébrilité et l'excitation enfantine qu'ils ont
de retrouver les gestes d'un grand-père jardinier du temps des fortifs.

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{un square discret, près d'une caserne de pompiers; au-dessus des persiennes mangées
par la rouille, la petite marquise n'abrite plus personne depuis longtemps}

Mais au bout d'une semaine de vagabondages feuillus, l'irrésistible attraction
qu'exercent sur moi boutiques et magasins se fait nettement sentir. 
L'étage décoration du Bon Marché est un régal pour les yeux. Ce sera juste
un coussin un de plus, d'une subtile couleur aubergine qui se mariera fort
bien avec ceux que je possède déjà. Plus démocratiquement, Monoprix sur
le chemin de la maison, me narguera avec le plus joli petit sac de
fillette qui puisse exister, en raphia brodé de petits pois dorés,
et doublé de coton caramel. Si Suzanne n'en veut pas, je le garde.

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 {un gros coussin signé Boncoeur; un mini sac déniché à Monoprix, pour que ma Bouclette y range
ses trésors de l'été; le stand Boncoeur au BM}

Je craignais la déception en pénétrant dans ce qui fut autrefois le nec plus ultra
des Grands Magasins parisiens, monument emblématique surplombant de sa superbe
un Pont-Neuf à la mémoire discrète  : la Samaritaine. Ne l'appelez surtout plus
"Samar", car la belle n'a plus rien, mais rien de ce qui faisait son charme
et son identité. 16 années de conflits plus tard, et la voici "rénovée".
Un travail extraordinaire, certes, a été accompli sur la restauration des
mosaïques et des ferronneries, ainsi sur la verrière. Je ne m'étendrai
pas sur le contenu, estampillé LVMH, rutilant, vain, superficiel,
presque drôle à force de mauvais goût et d'absurdité.
Dans un des corners de petite restauration, le café est à 5€.
"On trouve tout à la Samaritaine", oui, même le pire. Y aller malgré tout
pour l'écrin, admirable, et le souvenir de ce qu'elle fut. 

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{majestueux escaliers, somptueuses mosaïques, éclatante verrière, tout y est admirablement
restauré; qui veut ce sac à main, follement pratique, à 7800€ ?

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La promenade hors les murs peut aussi mener vers brocantes et ressourceries.
Mes armoires, vaisseliers et placards ont depuis longtemps affiché leur désir
de ne plus être engorgés, afin de pouvoir respirer un peu. J'ai bel et bien
désencombré en tenant un stand au vide-grenier de ma rue, mais chemin faisant,
comment résister à ces 8 jolis verres gravés ? Et, plus insolite, à cette tasse
avec soucoupe, "souvenir de communion" alors qu'on ne me l'a jamais fait faire ?
Voyez pourtant comme elle sied parfaitement à mon thé d'après-midi
et aux petits cakes aux agrumes...

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 {délicate porcelaine pour cette tasse aux belles proportions;
même s'ils ne sont pas d'une finesse absolue, ces petits verres feront une jolie table !}

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{le mariage est insolite mais pourquoi pas : lilas, menthe et roses Fox Trot} 

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{marcher ouvre l'appétit : "Colette" serait-elle ma nouvelle cantine ? Pour l'ambiance, 
les asperges vertes juste rôties, la gentillesse du personnel, le clin d'oeil 
à la divine Bourguignonne, mais aussi pour le souvenir de ma meilleure amie d'enfance, 
qui pourtant détestait son prénom vieillot, décédée d'un cancer à l'âge de 40 ans}


Juin est arrivé, et les promenades ne s'arrêteront pas de si tôt.
Si j'en trouve le temps, je vous parlerai peut-être dans un prochain billet
de l'abbaye de Chaalis, du jardin des Tuileries...et de Jean Gabin.

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16 avril 2022

Entre deux tours

Ceci est un billet qui ne parle de rien, mais rien c'est déjà beaucoup*.
Entre deux tours, le printemps tourbillonne, part, revient,
hésite, ne sait plus très bien, lui non plus, où il en est. 
Sur mon mur aux oiseaux, je capte un hypothétique rayon comme un gage d'espoir
pour nos jours à venir. Les nôtres ne sont que conditionnés à cette fichue
météo qui ne fait que corroborer l'adage célèbre qui parle de fil et d'avril.**

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{à l'intérieur, on fait comme si le printemps était installé; les branches de prunus
ont été ramassées et non arrachées : un grand coup de vent s'en sera vraisemblablement chargé;
le calendrier dessiné par Delphine est un objet rare car il date de 2016 ! mais les jours
correspondant à ceux de 2022, pourquoi pas de pas l'afficher ? Les guimauves vegan d'une
petite entreprise nantaise sont parfaites avec le café}

Pour l'instant. Car on sait bien que ce qui se passe là-bas, vers l'est, aura
nécessairement des répercussions sur notre quotidien. Nous n'aurons pas
l'outrecuidance de râler plus fort qu'il n'est convenable : les images
terrifiantes et le témoignages glaçants se chargent de nous rappeler
notre bonne fortune d'être nés et/ou de vivre ici. 

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{derrière la statue de Jacques Tati en Mr Hulot, se dresse le fameux Hôtel de la plage,
où il passa d'inoubliables vacances}

Il y a eu cette embellie de mars, inattendue mais appréciée, qui nous a jetés

dans les vertes prairies et, personnellement, sur le sable si doux de ma chère
côte atlantique. Petit bonheur fugace et nostalgique que de saluer au
passage la silhouette un peu gauche de Monsieur Hulot dominant la plage
de Saint-Marc, et d'emprunter le chemin des douaniers, avec d'un côté 
la mer où déjà d'intrépides baigneurs s'aspergent en riant, de l'autre
l'alignement de belles villas encore somnolentes de leur hibernation.

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{à quelques kilomètres de La Baule, ne ratez jamais ce petit coin de littoral encore
à peu près préservé. L'Hôtel de la plage du célèbre film existe toujours, et l'on peut
y boire des cocktails le soir les pieds dans le sable}

Au jardin maternel, inventer des bouquets avec n'importe quoi qui, dans cet ancien
pot à beurre, deviennent quelque chose. Regarder les arbres, les compter, écrire
leur histoire, imaginer un système pour les identifier sans peine, et pourquoi pas
les ériger au rang d'arbres remarquables !

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De retour à Paris, où le soleil n'a visiblement pas réussi à se hisser,
le calendrier nous rappelle que Pâques arrive bientôt, avec son armée
de lapins prêts 
à en découdre avec les cloches et les oeufs qui
maintiennent difficilement leur avantage. 

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{adorable présent signé Monique; délicieux petit livre découvert sur les réseaux sociaux :
Ressac raconte la retraite de 4 jours dans un monastère breton d'une jeune femme
qui souhaite s'affranchir de la trépidation de la vie urbaine... 
Mais aussi de son addiction à Instagram !

Les léporidés ayant quasiment assiégé l'appartement, en profiter pour s'autocritiquer
sur cette tendance puérile à l'envahir de représentations 
animales dans
beaucoup d'objets du quotidien - lampe-souris, lampe-lapin, lampe-canard,
serre-livres-chien, cale-porte écureuil, guirlande-oiseaux, etc. On aimerait bien
se laisser tenter par une déco sérieuse parfois, mais c'est tellement ennuyeux.

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{petit dîner avant Pâques, comme un entrainement; je raffole de ce lièvre très collet monté}

Organiser un petit dîner une semaine avant Pâques, parce que ce jour-là on
aura autre chose à faire, avec un menu plus que simple -tarte salée et
tiramisu- et distribuer quelques oeufs en chocolat au moment des tisanes,
puis s'amuser de voir ce qu'ont fait les gens des papiers dorés qui les
entouraient : ici un tortillon, là un papillon, là encore une bille parfaite.
Réaliser que cela leur ressemble un peu.

**Billet rédigé il y a trois jours et un peu oublié : le soleil, vexé de ce que
je me plaignais de son absence, ou pour se venger, est bien revenu !
Et c'est merveilleux.

* Serge Gainsbourg "les petits riens"

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15 mars 2022

Puisque la vie continue


En italien, il porte un bien joli nom, le printemps... C'est la primavera,
et par ce simple mot nous parviennent les prémisses encore ténues d'une
onde de tiédeur et de réveils lumineux, des perspectives de journées 
qui vont s'étirant, voilà, juste quelques bribes de dolce vita
comme l'on sait la vivre à la façon transalpine.

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{le mimosa du jardin maternel; ma lecture du moment, un régal comme toujours avec cet auteur;
quelques tiges de prunus chapardées au cimetière; mars vu par l'artiste Guy Unterheiner}

Les dernières fleurs d'hiver tentent d'éveiller la maison encore ensommeillée.
Il y a du jaune, et aussi un peu de bleu. Ce sont les couleurs d'un drapeau
affligé que l'on voit beaucoup, partout, hélas. Un drapeau symbole qui
magnifie le bleu du ciel sur l'or des champs de blé. Un drapeau qu'on
aimerait tant voir devenir l'emblème même de la liberté.

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{la sagesse du chat qui dort... Sur le mur noir, un paysage morvandiau qu'on est heureuse
d'avoir acquis tout en faisant une bonne action pour les chats de Cécile*
Gros gâteau au caramel et sucre brun, pour donner du goût à un dimanche un peu terne;
eau de Sézane, le parfum du moment}

Puisque la vie continue, que nous avons encore la chance infinie de la mener
à peu près paisiblement, sachons profiter de ce qui la rend plus belle et de
ce qui nous est offert. Un jour de pluie à Paris, un jour bien gris où l'on
a l'impression que la ville entière est crayonnée au fusain, il y aura
toujours un musée pour accueillir notre bouderie.

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Fidèle aux rétrospectives mettant en scène les peintres scandinaves
- Carl Larsson, 
Anders Zorn et plus récemment l'âge d'or de la peinture
danoise*- le Petit Palais expose 
actuellement les oeuvres
d'Albert Edelfelt, un artiste finlandais à découvrir absolument.  

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 {avec ou sans exposition temporaire, le Petit Palais vaut à lui seul le déplacement}

Contemporain de tous ces artistes venus du nord tangiblement attirés
par la peinture française et le courant impressionnisme, il évolue cependant
vers d'autres voies, dont celle du pleinairisme, qui le rapproche de la nature
et d'une certaine lumière propre à la magie des climats scandinaves.

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{"Femmes à l'extérieur de l'église au Ruokolahti"; "Fillette tricotant des chaussettes"}

On ne peut que noter dans ses scènes campagnardes une similitude avec celles
brossées par Anders Zorn : la rusticité colorée des vêtements, la robustesse
des jeunes paysannes, la prédominance d'une forêt dense et sombre.

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{"Service divin au bord de la mer" et "les constructeurs de bateaux" (extraits}

Je me suis particulièrement laissée séduire par ses portraits d'enfants.
Leur blondeur absolue illumine les scènes les plus rudes, ils sont peu
souriants, leur courte vie nous semble déjà lourde de charges, ce sont
de petits adultes avant l'heure. Ici, nous sommes loin des atmosphères 
douillettes et pimpantes chères à Carl Larsson.

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 {"Soir d'été à Hammars Werft" (extrait}

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{portrait de sa soeur Berta; zoom sur la fillette du tableau précédent}

Si le nom d'Albert Edelfelt vous était inconnu jusque-là (tout comme à moi)
vous vous souviendrez forcément de son oeuvre la plus célèbre, car elle a
illustré les livres d'histoire pour des générations d'écoliers : le portrait 
de
Louis Pasteur, éprouvette en main dans le clair-obscur de son laboratoire.

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{deux interprétations, deux styles très proches : Pasteur par Albert Edelfelt;
Pasteur et sa petite-fille, Camille Valery-Radot, par Léon Bonnat}

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Inexorablement, l'histoire de la Finlande qui acquit durement son indépendance
face à l'impérialisme russe nous relie à la navrante actualité. Nous apprenons
qu'ALbert Edelfelt 
fut un patriote accompli et un défenseur acharné
pour la liberté de son pays. 

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{The boys workhouse}

Une fois rentrée, il y eut le rituel des cartes au dos desquelles on a tenté
de faire partager son émotion, en choisissant ses mots pour susciter
un enthousiasme sans frustration. Et comme on était vraiment très emballée,
on a craqué pour l'affiche, petit rectangle de lumière azuréenne suspendue
aux voliges de la cuisine, prête à accueillir le printemps. 

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Pour mémoire, quelques billets sur mes visites aux artistes scandinaves

Anders Zorn
Wilhelm Hammershoi
L'âge d'or de la peinture danoise
Peder Severin Kroye

Et aussi, un joli compte Instagram si vous aimez la campagne, la déco
et surtout les chats !

Cécile

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10 février 2022

J'aime bien recevoir

J'aime bien recevoir car cela mobilise ma pensée et mon planning
au moins une semaine avant la soirée. J'aime bien recevoir
car ce sont les seuls moments où je me mets vraiment "en cuisine".
J'aime bien recevoir parce que la perspective d'un moment joyeux
autour d'une table peut rendre plus légers les moments affectés.

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Avouons-le tout net : je ne suis pas du genre bonne franquette, 
ceci n'étant pas dû à un snobisme déplacé, mais à la frayeur de
n'être jamais à la hauteur de quoi que ce soit.

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{huit à table ce jour-là : un record compte-tenu du nombre de m2 dont je dispose}

Quelques minutes avant le premier coup de sonnette, je ressens le trac
d'une montée sur les planches un soir de première. Ce sont pourtant
tous des amis, de la famille, des gens que je connais, mais à chaque fois
c'est la peur de décevoir, de rater un plat, de n'avoir pas prévu la boisson
de celui ou celle qui ne consomme pas d'alcool, d'avoir oublié de changer
la savonnette, d'avoir fait une déco médiocre...D'ailleurs j'ai cessé d'aller
sur Pinterest me faire du mal en admirant les clichés insensés sur ce thème.

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{un peu de neuf, beaucoup d'ancien, mélange de brocante familiale et de chines éparses...}

Je cherche ce qui pourrait faire joli, ce qui mettrait en appétit, ce qui
serait drôle, insolite, gai voire exentrique. Ce goût de la mise en scène
inhérant à mon ancien métier semble être resté intact.
Le tout avec un budget limité.

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{la nappe est en fait un plaid réversible acheté en solde chez AMPM; pâtisserie Pouchkine}

Rien à voir avec les "dîners en ville" où l'on fait se rencontrer des relations
dont l'éclectisme risque de ne pas passer le stade de l'apéro, mais plutôt
de simples envies de se voir dans une intimité propice aux confidences,
bien que les occasions se firent plus rares ces cerniers mois.

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{la photographie culinaire est un art en soi, et je n'ai ni l'appareil ni les outils
nécessaires pour y prétendre. Les plats sucrés s'en sortent mieux : ici un tiramisu
en verrines, et une aumonière aux pommes et crème Calva}

  C'est aussi l'occasion de cuisiner, chose que je ne fais pas au quotidien,
si l'on excepte ces pulsions souvent dominicales de gros gâteaux, lesquels
finissent invariablement découpés en tranches dans le congélateur,
faute d'amateurs sous la main.

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 {nappe brodée Monoprix; nappe en lin MDM; vaisselle La Redoute Intérieurs, Casa,
Rêve d'Argile, couverts en argent de famille}

Une bonne semaine avant, donc, on se met en ordre de marche : les livres
de recettes 
sont entassés sur la table, le classeur où l'on range
les fiches découpées 
également, et je ne parle pas d'Internet avec
ses innombrables idées gourmandes, méthodiquement enregistrées
et 
répertoriées dans mes favoris. 

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{table de printemps, on passe au green, on fait son pain, et on se délecte des recettes
d'Héloïse Brion : ici, tarte rustique aux courgettes et truffe blanche}

Je punaise au mur de la cuisine côté volliges une feuille A4 où sont notées
toutes les étapes de la soirée du siècle. La plupart des courses ont été faites
la veille, heureusement. Il me reste à m'interroger sur la question cruciale
qui est de commencer par la préparation du curry aux pois chiches et pousses
d'épinard, 
ou du tiramisu aux speculoos.

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{le très beau livre de Marie-Paule Faure, elle-même une très belle personne;
gribouillis pour ne rien oublier}

Une soirée, c'est une journée entière d'enfermement en cuisine.
Ma phobie du désordre, à moins que ce ne soit l'exiguité de mon terrain d'action,
fait que je lave et range tout ustensile au fur et à mesure de son utilisation.
N'excluant pas la possibilité d'un ratage, il est nécessaire de prévoir un plan B, 
la plupart du temps sous forme de pâtes aux légumes, lesquelles, magnifiées par
un trait d'huile d'olive parfumée et une giboulée de parmesan, s'avèrent
finalement tout à fait à la hauteur.

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Car il y en a eu de sublimes ratés, comme ces tartelettes au haddock
et au munster, terriblement salées et au fumet suspect, ces jeunes carottes
miellées rôties au four, ressorties trop tard à l'état de bâtonnets calcinés,
cette charlotte bancale au démoulé, et totalement avachie le temps d'arriver
sur la table, mais divine au goût!(ben non, pas de photo évidemment !)

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{au jardin maternel, ouvert à toutes les fantaisies : herbes aromatiques, fleurs comestibles,
ou décoratives... Service décor naïf Atelier les Hurets; assiettes de cantine, verres dépareillés}

 Tout me semble tellement plus facile lorsque je suis chez ma mère !
Il y a de l'espace où l'on peut tournoyer sans se cogner aux meubles,
un grand jardin propice aux déjeuners (presque) sur l'herbe, l'excitation
de ressortir les draps de chanvre usés, ravaudés (mais encore monogrammés!)
des 
arrière-grands-parents en guise de nappe, ainsi que leur
modeste vaisselle, de cueillir, 
glaner ce qui tombe sous la main 
pour animer la table.
 

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{en détaillant ces photos, une constatation s'impose : je suis la reine des tartes;
j'adore ces petits contenants en forme de coquilles d'oeuf, qui remplacent avantageusement
les verrines au moment de l'apéritif}

Après m'être livrée de façon aussi intime, je serais curieuse de savoir,
juste comme ça, comment vous faites, vous, lorsqu'une invitation se profile... 

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{j'adore relire de temps en temps ce vieux grimoire des bonnes manières, instructif et amusant,
surtout concernant le protocole des plans de table : mais il est très rare que je reçoive
en même temps un Général, un évêque, une comtesse et un ministre. Oui, vraiment très rare...}

Je profite de ce billet "ouvert" pour vous remercier, gentilles et fidèles
lectrices* de mes élucubrations parfois un peu décousues. Vos passages
et commentaires sont un vrai support, une main tendue, un sourire qui,
dans des journées parfois sans lumière, m'apportent l'étincelle, 
et me donnent l'élan pour continuer.

*Je n'oublie pas dans ma reconnaissance un gentil et fidèle lecteur,
qui a eu la délicatesse de donner à son blog la couleur de mes yeux
(certes un hasard... merci, il ne fallait pas) 
et qui se reconnaitra. Lisez son dernier billet consacré à Marcel Proust,
une passion pour lui que je ne partage pas mais qui pourrait finir par me
convaincre. Il est superbe, photos et texte. Je sais à quel point la
rédaction d'un billet digne de ce nom peut exiger de temps et d'énergie,
combien il engendre d'hésitations, de découragement, de crainte
et d'appréhensions. Mais restons honnêtes, c'est aussi un vrai plaisir.
A partager.
Comme un bon repas.

 

Posté par Triskell1 à 08:18 - - Commentaires [49] - Permalien [#]
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