Hier soir j'étais invitée à une de ces soirées de RP qui inondent
le réseau parisien du microcosme événementiel.
Champagne, vins fins, délicates bouchées et assiettes de dînettes
pour des dégustations en trois coups de fourchettes,
illusionnistes en close up, conversations légères et sourires amidonnés...
Et puis par la fenêtre de cet ancien hôtel particulier,
tout à coup, de l'autre côté de la rue, un couple sous une couverture,
avec un bébé dans les bras. Faux Syriens ou vrais Roms,
peu importe, à partir de cette seconde,
tout est devenu écoeurant, grotesque. Nous avons quitté la soirée,
rejoint la voiture au pas de course, pris deux couvertures
en polaire dans le coffre (une précaution au cas où)
et nous nous sommes approchées. L'homme et la femme étaient bien jeunes.
Nous leur avons expliqué que nous avons appelé le 115,
et qu'ils ne devraient pas tarder à avoir de l'aide, au moins pour la nuit.
Le bébé était une petite fille, une merveille de petite fille jolie comme tout,
engoncée dans une parka de fortune, qu'on aurait dévorée de baisers
si on avait pu, et qui riait aux anges lorsqu'on lui a caressé la joue.
Un billet dans la main de l'homme, et nous sommes reparties, silencieuses.

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C'était à Paris, le 18 janvier 2017, avenue Marceau, dans ce quartier
près des Champs-Elysées qu'on appelle le Triangle d'Or.
Ils étaient assis sur les marches d'une agence de la BNP Paribas,
"la banque d'un monde qui change".

Je ne suis qu'une pauvre Madame Michu face à ces aberrations,
je n'y comprends rien, je constate, c'est tout.
Née du bon côté, une de mes bonnes résolutions,
si tant est que je devais en prendre, serait de cesser de me plaindre,
et de faire ma part du colibri, sans esbroufe.