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" Ce jardin ainsi livré à lui-même depuis plus d'un demi-siècle
était devenu extraordinaire et charmant [...]

Il y avait un banc de pierre dans un coin, une ou deux statues moisies,
quelques treillages décloués par le temps pourrissant sur le mur;
du reste plus d'allées ni de gazon; du chiendent partout [...]
Ce jardin n'était plus un jardin, c'était une broussaille colossale,
c'est-à-dire quelque chose qui est impénétrable comme une forêt,
peuplé comme une ville, frissonnant comme un nid, sombre comme une cathédrale,
odorant comme un bouquet, solitaire comme une tombe, vivant comme une foule.

En floréal, cet énorme buisson, libre derrière sa grille [...]
semait sur la terre humide, sur les statues frustes, sur le perron croulant
du pavillon et jusque sur le pavé de la rue déserte, les fleurs en étoiles,
la rosée en perles, la fécondité, la beauté, la vie, la joie, les parfums [...]

L'hiver, la broussaille était noire, mouillée, hérissée, grelottante,
et laissait un peu voir la maison. On apercevait, au lieu de fleurs
dans les rameaux et de rosée dans les fleurs, les longs rubans d'argent
des limaces sur le froid et épais tapis des feuilles jaunes;
mais de toute façon, sous tout aspect, en toute saison, printemps,
hiver, été, automne, ce petit enclos respirait la mélancolie,
la contemplation, la solitude, la liberté, l'absence de l'homme,
la présence de Dieu;
et la vieille grille rouillée
avait l'air de dire: ce jardin est à moi."

Victor Hugo

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 On peut lire une phrase extraite de ce passage des Misérables
sur un des murs de l'exposition qu'organise le Grand Palais
sur le thème des jardins.
Franchement s'il y a une expo à ne
pas rater ce printemps, c'est bien celle-ci. Comme à chaque fois
que j'aime, les mots me manquent, je me contenterai de poster
quelques photos prises lors de ma visite.

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{ En haut à gauche : Le vieux jardinier d'Emil Claus. Une découverte ! Attention, il y a
presqu'autant de monde devant ce tableau que devant celui de la Joconde au Louvre...}

Dans cette exposition, chacun est en droit de trouver ce qu'il recherche :
l'esthétique géométrique d'un jardin à la française,
le mystère exubérant d'un sous-bois, le jardin de son enfance,
où tout était jeu (petits pois croqués crus, groseilles
éclatant dans les doigts maladroits, découverte des fraises
sous les larges feuilles dentelées, fouilles archéologiques
pour dénicher les dernières pommes de terre...)

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{Le Jardin du peintre à Paris, vers 1886, Edouard Debat-Ponsan}

L'humain est-il à ce point pétri de paradoxes qu'il n'aspire qu'à retrouver
le contact charnel avec une nature qu'il assassine au quotidien ?

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{ Le déjeuner, vers 1873, Claude Monet}

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L'approche, tout aussi scientifique qu'esthétique, avec une pointe
d'onirisme, est originale. Vous ne caresserez aucune herbe,
vous n'y sentirez aucune fleur, vous plongerez simplement de salle
en salle au coeur de ces jardins extraordinaires, du plus humble
herbier à la reproduction d'une monumentale fresque pompéienne.

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{ En haut à gauche : 400 carrés de terre de Loire de Koichi Kurita;
à droite : la grotta azzura de Jean-Michel Othoniel;
Le célèbre pot doré de Jean-Pierre Raynaud trône désormais
Square Jean Perrin devant l'une des entrées du musée}

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 "Le bout du monde et le fond du jardin contiennent
la même quantité de merveilles."
Christian Bobin

 Exposition Jardins aux Galeries Nationales du Grand Palais
jusqu'au 24 juillet 2107

3 avenue du Général Eisenhower Paris 8e