Chacun, chacune a en mémoire ces lieux d'enfance pleins de tendresse,
de liberté partagée, de genoux écorchés, de beaux étés à odeur de moisson,
de jeux avec rien, d'histoires délicieusement effrayantes.
On était petits au milieu des grands, fragiles parmi les invincibles,
chéris par ceux-là mêmes qui avaient mis au monde nos propres parents.

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{l'ancienne porcherie, le chemin de "l'Enfer", le petit jardin, dit "le courtis"}

Pour moi c'était dans le Morbihan, un Morbihan encore un peu crotté
à l'époque, perdu dans les Landes de Lanvaux, éloigné de la mer,
où l'on parlait beaucoup le Gallo mais pas un mot de breton.
Le tourisme ne s'y est pas développé aussi rapidement
que dans le Golfe, mais depuis quelques années,
Rochefort-en-Terre, sacré l'an dernier "Village préféré
des Français" a pourtant, et depuis longtemps, tout pour séduire.

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Toutes les maisons, même les plus humbles, y ont un charme fou,
et leur fleurissement, tradition ancestrale bien antérieure
à cette mode de végétalisation parfois un peu artificielle,
adoucit l'apparence rude de leurs façades granitiques.

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{Le Café breton possède une fresque peinte par un des nombreux artistes
venus vivre dans la région : elle représente une noce bretonne,
et l'on y voit mon oncle enfant qui danse avec sa soeur}

Aller à Rochefort sans manger une galette (ici on dit "galette"
lorsqu'elle est au sarrasin, "crêpe" lorsque c'est du froment)
au Café Breton, c'est comme prétendre être allé à Paris
sans voir la Tour Eiffel !

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{L'hôtel de la Tour du Lion est attenant au Café Breton; 5 chambres dont celle-ci,
pour jouer les Mélusine;la célèbre Place du puits, fleurie toute l'année;
une charette bleue décore une rue de Questembert, petite ville proche de Rochefort}

Ce qui est en revanche regrettable, ce sont les boutiques dites "d'artisans"
qui proposent pour la plupart leurs créations au goût plus que discutable.

Bijoux en cuir, ardoises gravées, tableaux peinturlurés,
sculptures en ferraille rouillée, et j'en passe, défigurent depuis
quelques temps ces splendides maisons séculaires...

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 Tandis que tout le monde s'agglutine Place du Puits, prendre la tangente
par les ruelles restées dans leur jus, croiser quelques chats à la démarche
chaloupée, avoir envie d'enfoucher ce vélo pour s'évanouir
dans la belle campagne et retrouver la maison de ses grands-parents.

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Ici on a joué, nagé dans la rivière, fabriqué des toques de Davy Crockett
en feuilles de châtaigner, des paniers en joncs, emprisonné des sauterelles
dans l'étui à lunettes du grand-père pour les relâcher ensuite
dans une nuée bruissante (cruelle enfance, je me repends...)

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gardé les vaches au pré, mordu dans ces belles tranches de pain beurrées
constellées d'épaisses volutes de chocolat noir, bu le cidre âpre
dans des verres Duralex sur la toile cirée un peu collante imprimée 
de gerbes de blé, fait du trampoline dans les paillers... 

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 Rachetée depuis, la maison n'a cependant rien perdu de sa beauté un peu austère,
les hortensias sont toujours aussi joufflus, le pommier Drap d'Or
laisse toujours tomber ses fruits dans la rigole, les têtes de bergères
qui tiennent les volets sont encore bonnes pour le service.

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 Alors que manque-t'il pour que tout soit parfait? Simplement les personnes,
les disparus, ceux qui ont fait vivre ces maisons à l'époque où il
fallait encore tirer l'eau du puits et monter dans sa chambre avec une lampe tempête.
Plus on avance en âge, et plus on parle aux fantômes.