Voici un automne qui se sera fait tirer l'oreille avant d'annoncer la couleur,
enfin, ses couleurs. 25° en octobre, était-ce bien raisonnable ? 
 Tout à coup, me sont venues des envies très fortes d'odeur de terre
mouillée, de ciels gris flanelle 
bosselés de nuages crème, du
crissement des bruyères de la lande sous les pas, 
du goût incomparable
de galettes d'un sarrazin presque noir, laquées de beurre salé,
de l'union flamboyante, magique, du granit et des hortensias...
Et les jours de Toussaint étaient parfaits pour cela.
 
IMG_7917 IMG_7817
IMG_7836 IMG_7883IMG_7834 IMG_7932

{combien de fois me serai-je assise à califourchon sur ce pont ? les portes si souvent poussées se sont refermées
sur de nouveaux secrets; la récolte des châtaignes, une tradition : mais où est la cheminée ?}

Mais voilà. Le retour
 au pays des ancêtres ne se fait jamais sans émotion.
On vient rôder autour de l'ancienne maison de famille vendue depuis longtemps.
Le nouveau propriétaire a badigeonné en marron ce que l'on aurait préféré
voir peint en bleu. La grille d'entrée fait un peu trop "Grand siècle" pour
s'ouvrir sur un bâtiment aussi champêtre, dans cet environnement presque sauvage.

IMG_7905 IMG_7916 IMG_7875 IMG_7868 

{sur la tombe de celui qui n'aura pas eu le temps d'être très vieux, de petits nuages de lichen, des bruyères
et une lumière pour le réchauffer; 
plus personne ne veut de ces vieilles croix de métal peint en argenté,
on préfère
maintenant des tombes lisses comme des plans de travail de cuisine; à Rochefort, une fente de
boîte aux lettres vide, c'est tout ce qui reste de la Poste transformée en boutique de créateurs}

Mais les hortensias sont plus beaux que jamais. Ils ont même réussi
à sauter la haie pour festonner la route. Les souvenirs ici, intenses,
des Toussaint embrumées aux étés étincelants, n'étaient pas à vendre,
ils survivent, accrochés à nos mémoires complaisantes.

IMG_7731 IMG_8180IMG_8176 IMG_7016

{on a finalement grillé les châtaignes au four; la couleur des dahlias pompons
fait écho à celle des confitures de figues}

De retour dans la grande ville, on pose ça et là les modestes symboles des
jours bretons. Châtaignes, hortensias, figues et cette part de far qui n'a
même par eu le temps d'être immortalisée, dévorée  dès le soir du retour.
J'ai depuis longtemps renoncé aux promenades en 
forêts franciliennes,
sanctionnées par des files interminables de voitures 
de Parisiens qui
ont eu la même idée que moi au même moment. Et qu'on ne me 
parle pas
d'éviter les heures ou les jours d'affluence. Ici, l'affluence est permanente.

IMG_6216 IMG_6210__2_IMG_6215 IMG_6208IMG_6204 IMG_6219

{pour cette exposition hors du commun, les Beaux-Arts avaient prêté la majesté de leur décor;
on a peu l'occasion de voir d'aussi près ces bijoux étonnants !}

, Ce qui est plaisant en revanche, c'est de pouvoir profiter de cette profusion
de salons, d'expositions et de vernissages que nous offre la capitale.
Celle intitulée fort à propos "Végétal, l'école de la beauté", à l'initiative
de la très célèbre joaillerie Chaumet, invitait à parcourir, mêlant époques
et techniques, une nature sublimée : dessins, herbiers, peintures et citations
faisant écho aux parures les plus éblouissantes. Les beaux bijoux hors de prix
ne m'ont jamais fait rêver, du moins avec l'hypothèse de les porter un jour.
A ce niveau d'excellence, c'est de l'art, du grand art, tout simplement.

 IMG_6684 IMG_7549 IMG_7548 IMG_7584IMG_7582 IMG_6686

{Reine, Dreyfus ou Moline, les beaux tisssus du Marché Saint-Pierre, au pied du Sacré-Coeur;
Mélodies graphiques, la papeterie du Marais; et l'univers un peu étrange de Marin Montagut}

Lorsqu'on recherche un bout de tissu, il n'existe qu'un seul lieu à Paris
pour 
satisfaire ce besoin : le Marché Saint Pierre. On peut même y aller
sans nécessité, 
juste pour le plaisir simple de naviguer entre les rouleaux
de soie, de shintz, 
de faille, de velours ou de brocart, tous ces jolis
mots que l'on a appris, autrefois, à la lecture des contes de fées.
Et puis il y a aussi ces boutiques qui font fantasmer, par leur atmosphère
si particulière. Rue du Pont Louis-Philippe, cette papeterie florentine,
séduisante comme un coffre à jouets pour adultes qui aiment encore écrire.
Rue Madame, le boudoir de Marin Montagut, entre cabinet de curiosités et
grenier imaginaire, si l'on aime les chats, les coeurs, les chaises de
square et les lignes de la main.

IMG_8216 IMG_8198 (2)IMG_7691 IMG_8217

{crumble aux figues et crème légère au mascarpone; ces petits choux sont mes madeleines des dernières vacances !}

Mais il est peut-être temps de rentrer chez soi, d'allumer les fameuses
petites lumières qui rendent les fins de jours si magiques, et de déguster
un crumble de figues. Ou encore des Dunes Blanches, ces petits choux de folie
qui vous rappellent les vacances et le vent tiède du Bassin d'Arcachon.