Aimer l'hiver
Aimer l'hiver, c'est ne pas se laisser aller à la mélancolie toute naturelle
qui suit les fêtes, c'est résister aux assauts du froid dès que l'on met
le nez dehors, c'est envisager ne serait-ce qu'un court instant
de bonheur chaque jour !

{les voeux d'Isabelle sont arrivés de cette façon...}
Ces instants-là ne venant pas tout seuls, il faut leur forcer un peu la main,
ou simplement se réconcilier avec la simple mais si précieuse banalité du quotidien.
Ce sont peu de choses en fait... s'émerveiller devant les premiers mimosas,
offrir des anémones roses poudrées, déguster un thé brûlant dans la belle tasse
que l'on n'ose pas sortir tous les jours, enfiler des chaussettes
moelleuses et déambuler en glissant dans la maison, changer les housses
des coussins, y broder quelque chose de simple, une étoile ou un croissant
de lune comme Sylvie et Isabelle, faire une sieste contre son chat,

{les jolies créations d'Isabelle; assiette et bol Mo pour @revedargile;
fleurs l'Arbre rue du Cherche-Midi}
partager les galettes, trouver un joli contenant pour ranger ses fèves,
s'arrêter pour parler au promeneur vespéral des quatre petits Westies et tenter
de retenir leurs prénoms, faire tirer sur papier les moments magiques de Noël,
étaler les belles cartes reçues pour les voeux, continuer à confectionner
des gâteaux, - on trouvera toujours quelqu'un de dévoué pour les manger,
faire sécher les boutons de roses d'un ancien bouquet, trier de vieilles photos
et s'émouvoir de l'écriture mentionnant au dos la date et l'endroit...
Aimer l'hiver en ville, c'est tellement douillet, vivant, agréable d'être
réconfortée par ses lumières dès que le soir descend, même si habiter Paris
s'apparente depuis un moment à une épreuve sportive intense.
C'est aussi la chance de profiter de sa richesse culturelle.
Devinette : à quoi reconnaît-on une Parisienne au Louvre ? A ce qu'elle
est la seule, ou à peu près, à visiter les collections permanentes,
tandis que tout le monde se rue sur l'exposition consacrée au génie toscan.


Soyons honnête, j'ai bel et bien raté l'inscription en ligne, mais
ce faux-pas m'a donné l'occasion de revenir faire le plein de grâce
et de magnificence, choisissant pour mes déambulations l'aile
Richelieu consacrée aux chefs d'oeuvre flamands et français.
{Henri-Horace Roland de La Porte (1724-1793) - Nature morte au panier d'oeufs du jour}

{Louise Moïllon (1610-1696)- Coupe de cerises, prunes et melon;
Pierre Dupuis (1610-1682)- Corbeille de raisins}
Si les représentations bibliques me laissent de marbre, je peux en revanche
contempler pendant des heures les scènes de vie quotidienne, et me régaler
des natures mortes, une vilaine dénomination à laquelle je préfère
mille fois le paisible mot anglais de still life.
Les Japonaises que l'on croise au Louvre sont si radieuses, si visiblement
réjouies de piétiner dans une foule pas toujours amène, qu'on prendrait
presque à leur contact une leçon d'allégresse. Tout leur est fête, découverte,
extravagance et drôlerie. Lorsque lassées définitivement du charme des selfies,
elles vous tendent en souriant leur appareil, geste accompagné de la courbette
de rigueur, c'est un plaisir de les immortaliser les joues pleines de macarons
devant la pointe de diamant de la pyramide inversée.
Aimer l'hiver en campagne, c'est remonter aux sources, voir la nature
dans son état le plus épuré, faire quelques pas dans le village des ancêtres,


{Rochefort en Terre; cimetière de Pluherlin}
pousser la grille du petit cimetière et déposer un bouquet de fortune
sur la pierre brute auréolée de lichen, où repose celui qui, en vous offrant
la vie, vous a donné le goût du bonheur, du rire, et de la fantaisie,
passer devant cette maison que l'on voit s'enfoncer d'années en années
dans le végétal sans qu'on sache vraiment à qui elle appartint un jour
et si elle attend encore de nouveaux propriétaires.
Aimer l'hiver c'est aimer ses amis, aller d'une maison à l'autre, calfeutrés
dans des écharpes, se retrouver devant un feu de cheminée et se régaler
de nourritures puissantes et réconfortantes.
{une des jolies cartes reçues cette année : Monique, aurai-je le plaisir un jour de découvrir
qui se cache derrière autant de gentillesse ?}
Aimer l'hiver c'est accepter qu'il existe et tenter de ne pas vivre
dans l'unique perspective du printemps à venir.



















