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La Ligne 13

20 juillet 2026

Beau comme Beauport

En découvrant stupéfaite un reportage sur le Mont Saint Michel, je prie pour que d'autres
lieux saints n'en arrivent pas à ce désastre touristique. L'absence des marchands du
temple pourra peut-être préserver cette merveille qu'est l'abbaye de Beauport.

 

Fondée en 1202 par des chanoines de l'ordre de Prémontré, ils en assureront le rayonnement
religieux durant 600 ans. Puis l'histoire s'emballe : Révolution française, revente à de
riches familles paimpolaises, elle devient école, mairie, cidrerie... avant de sombrer par
manque d'entretien. Les travaux de restauration débutés en 1992 lui donneront le cachet et
la prestance que l'on peut désormais admirer tout au long de l'année.

 

 

 

 

A force de fréquenter les abbayes lors de mes pérégrinations, j'ai fini par acquérir
quelques bases du vocabulaire propre à ces lieux : salle capitulaire, sacristie,
parloir, cloître, scriptorium et porterie. De même, je me suis amusée à convertir
horaires et dénominations des messes pour ma vie urbaine, laïque, et désormais oisive,
ce qui n'était pas le cas, loin s'en faut, des hôtes de ces lieux naturellement).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J'ai ainsi constaté que je ne me levais point à "matines" (3 heures du matin, 
faut pas exagérer...) mais à "laudes" (6h, c'est bon), qu'à "tierce" je faisais
mon petit ménage avec un premier café, que je déjeunais bien après "sexte" (12h).
A "none" je suis dehors, peu importe l'activité, bien au-delà de l'heure des
"vêpres", et de retour à la maison aux "complies" pour dîner. Je crois vous avoir
dit que j'étais très sensible à la musique des mots, et ceux-ci sont bien jolis.

 

 

 

La pause fraîcheur du ravissant salon de thé "L'herbe folle" fut la bienvenue,
dans le jardin où sont installés chaises longues et guéridons, à moins qu'on ne
préfère l'ombre du préau. Ne pas résister à la glace au blé noir, une merveille.

 

{l'adorable salon de thé "L'herbe folle" nous accueille pour une pause gourmande, simple et locale}

Après un petit tour dans Paimpol, ses rues pavées ornées de belles maisons médiévales, ses charmantes boutiques dont la brocante d'Isabelle " Passé composé", retour vers les terres chez les sœurs Lamour, qui tiennent avec énergie et talent les rennes d'une ferme-auberge héritée de leurs parents.

 

{la délicieuse brocante d'Isabelle, à Paimpol}

Le "Char à bancs " est un lieu unique, où chacun peut tenter de retrouver ses vacances d'autrefois chez les grands-parents, folâtrer dans le potager, monter sur un poney, se perdre dans la campagne et même résider dans un de ces gîtes portant tous le prénom d'une aïeule, découvert avec enthousiasme il y a quelques années. 

 

 

{le Char à Bancs, à Plélo}

Je peux juste regretter qu'avec toutes les nouvelles activités installées depuis sur le domaine, on ne bascule vers un Eurodisney rural. De même, la si délicieuse brocante, véritable fouillis de bols, soupières, cuillers de bois pour marquer le beurre, portraits sévères d'autrefois, outils de jardin cabossés par l'usage, linge brodé, se soit acoquinée avec des objets d'imitation MIC sans grand intérêt. Restent leurs cidres, miels et confitures, dont celle à la rhubarbe, qui ont conservé leur goût d'enfance.

 

 

 

 

{Au Char à Bancs, un air d'autrefois, mais notons que les superbes toilettes tapissées de mosaïque
n'ont rien à voir avec le petit cabanon enfoui au fond du jardin de nos ancêtres, et que j'ai connu
moi aussi toute petite... ce qui ne me rajeunit pas ;-) !

 

 

{et toujours ces babioles que l'on rapporte, comme pour prolonger les moments, mais hors décor,
ce n'est plus pareil : un livre, des biscuits frappés de pattes d'hermine, des coquilles ramassées
sur la plage, un petit carnet...}

Quant à Marou, où qu'il soit, il est toujours très à l'aise...

 

Et quelques adresses :

 

* Musée Mathurin Méheut

* Abbaye de Beauport

* Passé composé

* La maison de Léa

* Au Char à Bancs

 

15 juillet 2026

Ça va se lever

Une intuition sans doute m'avait guidée dans le choix de ces vacances d'été. La
réservation s'étant faite au mois de février, je rêvais de Luberon et de Provence.
Qu'est-ce qui m'a pris de jeter mon dévolu sur les Côtes d'Armor ? Pressentant les
matinées humides et les fraîches soirées, j'avais prévu pulls de coton et bottes
Aigle, me souvenant de la phrase bretonne type, que l'on prononce de bon matin :
"ça va se lever"... 

 

{bleus bretons; fresque marine à Etables, la ville qui jouxte Binic; ma chambre sous les toits;
ici, les agapanthes semblent surdimentionnées}

Mais quel choix merveilleux ! Car pendant que la France entière suffoque, j'ose me
réjouir chaque matin face au soleil levant sur la mer, portée par la brise salée
qui donne des ailes pour descendre vers la plage par le petit chemin côtier un
peu ardu, bordé de cristes marines, d'achillées et buissons de mûres, et me baigner
qui l'eut cru ? dans les eaux claires et à température parfaite de la Manche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

{au pied de l'ilot rocheux surmonté d'une croix, "notre" plage, celle du Corps de Garde; sur le port
de plaisance de Binic, la cloche qui donnait le départ des marins pour la pêche à lTerre-Neuve;
les Bretons s'inspirent-ils de la mer ou du ciel pour peindre leurs volets ?} 

J'ai donc troqué une maison aux volets verts contre celle-ci aux volets bleus,
située à Binic, un peu à l'écart de l'agitation du port, dans une rue s'achevant
en bord de falaise. La baignade a lieu le matin, "à l'heure des chiens" celle où
leurs maîtres profitent d'une plage déserte pour les laisser s'ébrouer. Nous avons
ainsi fait la connaissance de Balou, Edgar, et les autres.

 

 

 

Le ciel tourmenté des premiers jours offrant aux peintres impressionnistes la plus
belle des inspirations (Claude Monet, Eugène Boudin, si vous lisez ce billet...),
nous avons quitté le littoral pour découvrir le musée que la ville de Lamballe
consacre à l'enfant du pays, Mathurin Méheut. Doué d'un exceptionnel sens de
l'observation et d'une curiosité sans limites, le travail de cet artiste reflète
ses nombreux voyages en France et l'étranger, mais personnellement, c'est dans ses
œuvres bretonnes que je le préfère.

 

 

 

{dans la pénombre de la première pièce du musée, une scénographie animée nous introduit de très agréable
manière dans l'univers de Mathrurin Méheut; sublimes collections d'assiettes; son épouse, Marguerite,
en costume japonais}

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

{en guest star actuellement au musée, un artiste que j'aime beaucoup, Henri Rivière, parisien mais
breton de coeur, à la fois peintre, graveur et illustrateur très inspiré dans son approche du dessin
par les estampes japonaises; il fut aussi le créateur de Théâtre d'Ombres que l'on peut voir au
Musée de Montmartre}

Pour calmer tous ces bleus, étions-nous en recherche de quelque chose de plus austère,
plus "breton" ? Lu sur un ou deux 
guides des reportages dithyrambiques sur la ville de
Moncontour, labellisée "petite cité de caractère", encore eut-il fallu qu'il soit bon.
Si vous aimez les rues désertes, une absence quasi totale de commerces si ce n'est une
librairie brouillonne et un bistrot agonisant, les maisons de granit pur, très belles
j'en conviens dans leur sobriété, mais dénuées de la merveilleuse parure des hortensias
qui poussent pourtant partout en Bretagne comme du chiendent, sauf ici, alors vous
pourrez gravir le chemin qui 
mène à ce village médiéval perché "dans son jus", lequel
ne date pas d'hier. 

 

{Moncontour, ville fantôme}

Mais une assez longue route nous attendait en début de soirée pour rejoindre une lectrice
et blogueuse devenue amie, et nous laisser une fois de plus prendre au charme infini de sa
maison et de son jardin que Trenet aurait pu facilement qualifier d'extraordinaire.

 

 

 

 

 

{chez Laurence, il y a des chats, des poules et des coqs, des fleurs par milliers, de ravissants objets
qu'elle fabrique elle-même, de la chaleur et de la générosité}

 

 

 

{ici, on est bien}

Souhaitant réserver un billet particulier pour un endroit que j'affectionne
particulièrement,(déjà vu mais comment se lasser lorsque quelque chose est beau,
émouvant, apaisant, et que c'est précisément ce dont on a besoin en ce moment,
surtout lorsqu'on vit à l'année dans un cube perché encerclé par le béton), le
prochain rendez-vous se fera donc à l'Abbaye de Beauport.
En attendant, je vous propose un revigorant bol d'air vespéral au Cap Fréhel
*,
grand site classé, formidable réserve ornithologique, et d'en repartir par la route
qui traverse la très pimpante station de Sables d'Or-Les pins, célèbre pour ses
dunes et son architecture Belle Epoque. 

 

 

 

{ les landes battues par les vents marins colorent le paysage du mauve intense des bruyères et
de l'or des ajoncs }

 

Sauvages, libres ou domestiquées, les fleurs ici sont à leur aise. Côté couleurs,
peu de rouges, mais des bleus, intenses, vibrants, tirant sur le parme et le prune
quetsche parfois, soulignant les blancs éclatants et les gris lustrés des maisons.
Les rues, les villages, les routes elles-mêmes sont des jardins.
L'idée d'une maison ici, en bord de mer, reviendrait-elle me tarauder ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Depuis ma visite, un incendie -un de plus- a considérablement endommagé le site,
détruisant partiellement mais irrémédiablement faune et flore...

19 juin 2026

On a sauvé quatre jours au calendrier, juste de quoi se faire la belle dans une
île qu'on avait effleurée il y a quelques années. Et vérifier que Ré n'est pas
qu'une succursale d'urbains en lin beige. La maison louée répondait aux codes
iliens : basse, chaulée de blanc, avec des volets verts, les bleus étant sans
doute davantage noirmoutrins.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

{la maison louée porte le joli nom de "Sauge". On comprend pourquoi}

Avec les roses trémières au garde à vous devant chaque façade de maison, le cliché 
carte postale est assuré. Et donc ? N'est-ce pas ce que l'on vient chercher ici, 
tout comme on guette au printemps les champs de lavande dans le Luberon, les
hibiscus sur la Riviera, les ajoncs d'or accrochés aux granits de la Pointe
de la Chèvre en Bretagne ? Alors va pour les clichés.

 

 

{instant sacré du petit café du matin sur le port de La Flotte, même si ce jour-là, le ciel tenait absolument
à s'assortir aux camaïeux gris-bleu des volets; avec une si jolie porte, on imagine le soin apporté au jardin
juste derrière}

On aura donc fait tout ce qu'il fallait faire ici en quatre jours, sauf... du
vélo. Etant la seule cycliste, j'ai joué la solidarité en me privant du plaisir
délectable de pédaler en solitaire cheveux au vent. Les promenades à pied l'ont
avantageusement remplacé, pour le grand bonheur du chat Marou, qui de raizes *
incurvées en venelles fleuries, a retrouvé son instinct chasseur face aux lézards
dérangés dans leur bain de soleil.

 

 

{pour ma collection infinie de portes à heurtoirs; Sainte-Marie de Ré, où nous résidions, est le premier village après
Rivedoux lorsqu'on quitte le pont; la venelle préférée de Marou; moment de repos entre deux lézards; un charmant
moussaillon devant un bar à La Flotte}

Les distances entre chaque village sont vite franchies, ainsi se retrouve-t-on à
l'autre bout de l'île en très peu de temps. A Ars, la pointe acérée du clocher
bicolore se dresse sous un ciel orageux de fin de journée. Sur la place plantée
de tilleuls, découverte de la boutique Octopus où je me procure une nouvelle
édition de la collection "Petit éloge", de circonstance ici ! 

 

{la flèche bicolore de l'église Saint-Etienne à Ars en Ré est devenu le symbole du village, décliné en
mille produits dérivés, jusque sur les plaques qui ornent les maisons; savourer le Petit Eloge de Valérie
Solvit, dont l'écriture fine et précise est une véritable déclaration d'amour à son île}

Les premières glaces de l'année sont toujours les meilleures : c'est fou cette joie
enfantine que l'on partage dans la rue avec des inconnus. Le cornet a remplacé le
portable, et tout redevient comme autrefois. lundi, noisette à La Martinière, mardi,
nougat-miel à La Chocolatière. Car l'île est gourmande : fromages, brioches,
vins, sels parfumés, et ces petites merveilles baptisées "Nuages de Ré", proches
des arcachonnaises "Dunes blanches", des choux en fait, que l'on déguste sur le pouce
au marché médiéval de La Flotte.

 

 

 

 

 

 

{Les babas des "Pièges à gourmands"; place d'Antioche à Sainte-Marie : on y vient à pied boire un verre,
acheter son pain chez "M", craquer pour un cabas de toile chez "Bôme", discuter avec le saunier du marché
couvert, il y a un manège, des fanions, de la lenteur, que c'est doux...}

 

Un peu plus loin, voici Saint-Martin, la ville la plus peuplée, fortifiée par Vauban,
dont la citadelle servit à héberger les forçats en partance pour le bagne de Guyane.
Le Capitaine Dreyfus en faisait partie. Le temps gomme parfois les humiliations, et
nous n'y pensons déjà plus en arpentant une de plus jolies artères de la ville : la
rue Mérindot, totalement vide à cette heure. Que le port agité semble loin, car le
silence n'est ponctué que par le chuchotement de nos pas sur les pavés. Oh juin,
mois divin pour savourer ses vacances !

 

{rue Mérindot à Saint-Martin}

Autrefois les saisons ressemblaient aux cartes scolaires que l'on accrochait dans les
classes. Il y avait de vrais printemps d'herbe humide et de vie renaissante, de vrais
étés, blonds et chauds mais pas caniculaires, de vrais automnes pendant lesquels le
plaisir d'éplucher les châtaignes l'emportait sur le désagrément des premiers rhumes,
de vrais hivers avec des Noëls parfois blancs mais en aucun cas au balcon. Le XXIe
siècle hisse le désordre climatique à son apogée. C'est ainsi qu'en quatre jours dans
l'île, le yoyo météorologique nous a fait passer de 31 à 18° !

 

 

Comme à chaque retour chez soi, on introduit dans son quotidien un peu de ce qu'on a
laissé. Les confitures du clocher d'Ars seront bientôt sur les tartines, le vin gris
Souvignier sera offert lors d'une prochaine invitation, et le petit cabas de toile
sera (pense-t-on...)du dernier chic pour passer l'été.

 

* une raize, terme vu dans le village de La Flotte, est un terme régional désignant
une rigole servant dans les champs à l'écoulement des eaux. Encore un mot nouveau !

 

♥ La Martinière
♥ La Chocolatière
♥ Les pièges à gourmands
♥ Les nuages de Ré

♥ Bôme
♥ Octopus

Domaine Pelletier

 

10 mai 2026

Paréidolie

On cherche un mot dans le dictionnaire pour en vérifier l'orthographe, un simple
mot qui commende par un P, et voici qu'on en découvre un autre. Paréidolie.
Voir un cœur dans un nuage, un nuage dans un caillou, une fleur dans un oiseau, 
une dentelle dans un ressac, un visage dans une ramure... A ce phénomène poétique, 
qui porte le doux nom de paréidolie, il semblerait que tout le monde adhère, 
consciemment ou non. J'ai en mémoire le rocher dit "à tête de lion", sur la plage de 
Saint-Marc, celle là même où a été tourné le film "Les vacances de Monsieur Hulot". 
Moi je lui trouvais plutôt un faux air de gorille, mais ce qui est bien en paréidolie, 
c'est que chacun est libre de voir et surtout de penser ce qu'il veut. A méditer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

{quelques Pierre de Ronsard, quelques Leonardo Da Vinci, ont fait le voyage pour colorer l'appartement
citadin}

Les roses du jardin maternel ne recèlent aucun ambiguïté : roses elles sont, roses
elles demeurent, leur beauté absolue ne tolérant pas d'interprétation oiseuse. Les
derniers beaux jours d'avril ont fait exploser les parterres d'iris, d'azalées et
de muguet au point que le premier mai venu, nulle clochette sur la table familiale,
mais des roses en pagaïe, des ourlées, des perlées, des feuilletées, des pointues
et des joufflues.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

{derrière le cabanon fraîchement repeint, fouillis fouilla de verdures en attente de discipline, enfin
juste un peu...}

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

{cuisine simple entre filles, entre sœurs : bonnottes ail et romarin, tarte aux fraises, quiche Boursin
et courgettes}

Ici, malgré la charge mentale, on apprécie le confort d'une très grande maison, avec 
une vraie cuisine qui donne envie de se nourrir. Les petites bonnottes de Noirmoutier
seront rôties avec ail et romarin du jardin, et les gariguettes feront leur farandole
sur un biscuit breton recouvert de mascarpone. On prend bien soin de garder une petite
faim pour les macarons de Pierre Hermé, au moment du café.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand début avril il ne fut pas question de se découvrir d'un fil, la lecture a réchauffé
les esprits. Entre autres, le si attendu "Finistère" d'Anne Berest, dont j'avais tant
aimé "La carte postale". L'autrice s'intéresse cette fois à l'histoire de son père,
Pierre Berest, petit-fils du fondateur de la première coopérative bretonne, fils d'un
professeur de lettres classiques, lui-même brillant mais taiseux mathématicien. En
pleine promotion de son roman qui racontait l'épopée de la branche maternelle de la
famille, Anne Berest apprend sa maladie, et comme une évidence, lui vient l'urgence
de s'atteler à son histoire. Son style est lumineux, simple, harmonieux, sincère, sa
façon de décrire l'intime sans voyeurisme, nous entraîne à pas prudents dans la confidence.
Comme j'aurais aimé en faire autant vis à vis de mon propre père ! Même sans que cela
soit publié, juste pour fondre sa vie dans mes mots. Ne jamais remettre l'essentiel au
lendemain. J'ai adoré Finistère.

 

{deux romans, deux vies : Kolkhoze et Finistère; je réserve les "Petits voyages en France" pour ma
prochaine escapade, et je vous dirai}

Confidences pour confidences, voici un auteur qui n'en est pas avare : Emmanuel Carrère
se raconte pratiquement dans tous ses opus. Mais son talent narratif l'emporte sur son
nombrilisme, et avec "Kolkhoze", nous voici plongés, après un grand écart ouest-est,
dans la saga extraordinaire de la famille Zourabichvili, nom de naissance d'Hélène
Carrère 
d'Encausse, la propre mère de l'écrivain. Si le portrait qu'il fait d'elle ne
m'a pas 
surprise - une femme certes flamboyante, mais dure, sans concessions, parfois
injuste, 
j'ai en revanche été très émue par celui du père, ce Louis Carrère discret
et ébloui, qui ne survivra à son épouse que quelques mois, comme une fleur se couche
dès qu'on lui ôte son tuteur. 

 

 

 

 

{les 100 ans d'Art Déco au Musée des Arts Décoratifs à Paris}

Avril me vit encore arpenter les salles de musées, avant d'aborder enfin cette période
si jolie, mai et juin, où le printemps bien installé cède peu à peu le terrain à l'été
naissant, période pendant laquelle j'espère me consacrer aux joies du grand air. Le
Musée des Arts Décoratifs fêtait les 100 de l'Art Déco, ce style un peu provocant, un
brin sophistiqué, qui bouleversa par son modernisme visionnaire tous les principes
architecturaux et vestimentaires peu de temps après le premier conflit mondial. On peut

rêver de boire le thé dans un salon estampillé André Groult, vêtue d'une robe fluide
signée Madeleine Vionnet. Mais le clou de l'exposition, ce sont évidemment les maquettes
du futur Orient-Express ainsi que la reconstitution de l'ancien train "Etoile du nord".
Installées sous la Grande Nef, baignant dans une lumière aux nuances allant du miel au
thé léger, elles ont offert aux visiteurs éblouis le plus beau voyage immobile.

 

29 mars 2026

Et la lumière fut

Lorsque la lumière revient, d'abord timidement - c'est l'or aigu d'un rai qui, entre 
les lattes des volets, vous éveille de bonne humeur - puis, la journée s'avançant, par
l'éclat de sa blondeur sur toute chose, on peut affirmer que oui, ça y est, on y est,
le printemps, après quelques tâtonnements, est bien installé. On peut sortir du terrier
où l'on marmottait depuis trois mois.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

{lire dans les pâquerettes; faire des gâteaux et musarder au jardin}

Lumière, ce fut aussi le nom attribué à ce siècle décisif qui vit basculer d'antiques
habitudes et d'obscures certitudes. Alors je tente le lien un peu approximatif pour
vous entraîner au Musée des Arts Décoratifs, à vivre la routine quotidienne d'un hôtel
particulier parisien dont l'action se situe en 1780.

 

 

 

{au Musée des Arts Décoratifs, on peut vivre, en une ou deux heures, la journée d'une prospère famille
parisienne du XVIIIe siècle}

Les rues de la capitale à l'époque se jouaient du cloisonnement imposés par les
arrondissements figés dans leurs particularités sociales. D'abord Paris était tout
petit et la vie extérieure bruyante, plutôt sale et grande  pourvoyeuse de maladies
en tous genres, donnait à ces splendides demeures le statut d'une oasis feutrée.
Les aristocrates d'alors, ne sentant pas encore le vent venir, pouvaient tout à
loisir occuper leurs journées en lectures, broderies, choix des tenues, pratique
d'un instrument de musique, jeux de société...

 

Talleyrand eut beau déclarer que "qui n'a pas vécu dans les années voisines de 1789
ne sait pas ce que c'est que le plaisir de vivre"
je crois personnellement affirmer
que ma vie au 21e siècle est nettement plus harmonieuse et confortable, sachant que
mes ancêtres étaient sans aucun doute du côté des serviteurs et non des servis.

 

Puisque j'évoque mes ascendants, parlons donc de ces origines bretonnes et rurales, 
que j'ai longtemps rejetées ("les Bretons sont alcooliques, retardés, butés, etc.") et
qui, passé l'âge ingrat qui allie parfois l'ignorance et l'intolérance, m'ont paru très
vite plus que respectables et émouvantes, indissociables en tous cas de mon ADN. J'ai
connu par mon métier quelques moments d'exception dans la rutilance de grands hôtels et
de dîners chics, mais les plus beaux instants que j'aie jamais passés sont ceux vécus
enfant, en vacances dans ce coin crotté du Morbihan des terres, lorsqu'après avoir
"mené" (comme on disait) les vaches, nourri les poules et coursé les sauterelles dans
les prés, je dégustais à pleines dents l'épaisse tartine couverte de beurre salé et de
copeaux de chocolat noir que me préparait ma grand-mère, avant de m'endormir le soir
dans un tout petit lit de fer, entre des draps de chanvre aussi rêches que de la toile
émeri, dans lesquels j'ai depuis taillé des nappes !


 

 

{balais de mémé, semis, confitures et chapeaux de paille, la face idéalisée de la vie à la campagne}

Ceci m'amène à la seconde rubrique du présent billet. Le Bon Marché, magasin exclusivement
parisien, a toujours eu le génie du marketing et, surfant sur la vague de l'éternel retour
aux racines et sur celles des colères paysannes, a intitulé sa dernière exposition :" Tous
à la ferme". On a ici toute la panoplie bobo de la paysannerie vue par la ville, mais tant
pis, on fonce tête baissée, dans le sillage d'un flot de japonaises émerveillées, dans ces
reconstitutions dignes de "Martine à la ferme". Quelques dégustations sur place nous font
nous souvenir qu'en 20 minutes de RER on peut aller chercher le lait, les fromages, les
œufs, le cidre, etc, directement chez leurs producteurs. 

 

 

{une fausse vache couleur caramel Dupont d'Isigny tient le stand des Fermes de Gally : il n'y a pas si
longtemps, j'emmenais sur place mes petites-filles voir les vraies !}

Le cycle des saisons tourne et nous tentons de le retenir. Le printemps illumine les
jardins, cette nature que l'on croit immobile fourmille et grouille tandis que nous
vieillissons et que nos enfants grandissent. On apprend le décès d'un ami, puis d'un
autre, qui ne sauront plus rien des petits matins roses ni des soirs bleutés, ne
sentiront plus le parfum entêtant du lilas, ne sauront plus le goût céleste d'une
tarte encore tiède. Alors profitons simplement de CE moment, celui qui vous voit
au réveil contempler le soleil se lever sur un jour que vous vivrez, non pas comme
si c'était le dernier, mais comme un cadeau aussi précieux qu'éphémère.

 

 

5 mars 2026

Le mois le plus court

Février, fidèle à sa mauvaise réputation, nous a cette année encore gratifié de son 
cortège de ciels bas, de froidure et de catastrophes climatiques. Un mauvais moment
à passer pour la plupart d'entre nous. Un désastre économique et traumatismes pour 
d'autres hélas. Il ose pourtant nous rappeler, du haut de ses 28 petits jours, ce
roquet, qu'il est aussi le mois des crêpes et des carnavals, du mimosa et des
beignets, des matins clairs et accessoirement celui de la fête des amours, neuves
ou anciennes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

{du jardin, du sien ou d'un autre qu'importe, les fleurs, encore et toujours}

J'écoutais récemment un célèbre metteur en scène proclamer qu'il préférait le froid 
au chaud, qu'on ne parlait jamais assez du charme discret de la doudoune,
de la beauté de la lumière hivernale, de la préciosité des jours courts, mais
que février en revanche lui semblait bien superflu et qu'il fallait profiter de ce
mois ennuyeux pour aller au cinéma. J'ai suivi son conseil en allant... Au musée.

 

 

 

 

{l'exposition consacrée à Pekka Halonen se complète de quelques autres de ses contemporains, comme
ici avec ce "Pic noir", Akseli Gallen Kallela}

Le Petit Palais, dont j'ai souvent loué sur ce support la qualité et la justesse de
ses choix artistiques, se fait fort depuis quelques années de nous faire apprécier,
découvrir sinon redécouvrir, la peinture scandinave. Après Anders Zorn, Carl
Larsson, Bruno Lillefors, Albert Edelfelt, voici Pekka Halonen et ses frissonnants
paysages finlandais.

 

 

 

{lumhiutale : flocon de neige; kuurankukka : fleur de givre; riite: fine pellicule de glace se formant
au bord des étendues d'eau... On apprend au passage quelques rudiments de finnois} 
 

Elève de Paul Gauguin, il fera de fréquent séjours en France, mais trouvera essentiellement
son inspiration dans les majestueux paysages de son pays, dont il célèbrera l’âme à travers
des panoramas enneigés et des scènes rurales à la poésie pastorale.

 

{reconstitution d'un intérieur finlandais; portrait de Hilda Tamminen}

Quelques jours avant, au même endroit, les frimousses rebondies de Jean-Baptiste Greuze
ont attendri nos regards. Artiste un peu boudé de nos jours, il fut célébré à son
époque,  invitant à réfléchir à la place de l'enfant dans la famille et dans la société,
complétant ainsi par son art délicat  les idées avant-gardistes des philosophes
Rousseau, Diderot, et Condorcet.

 

 

 

{Anna et Louise, ses deux filles, furent souvent les muses de Greuze}

Si on frissonne en quittant le lieu, un peu étourdies par tant de grandeur, vite
s'engouffrer dans une de ces boutiques qui vous restituent, comme un décor de
théâtre, comme un livre ouvert sur un passé pas vraiment imaginaire mais forcément
sublimé, l'ambiance du siècle des lumières ou celui d'une officine hugollienne. 
La visite d'une amie chère pour quelques jours parisiens est l'occasion parfaite
pour admirer la nouvelle échoppe d'Antoinette Poisson, puis celle d'Astrid D Reynis
et de Marin Montagut.

 

 

 

{Antoinette Poisson : la plus célèbre courtisane de Louis XV, madame de Pompadour, a aimablement prêté son nom pour ce commerce de jolies choses hors de prix; chez Astrid D reynis, la délicatesse des porcelaines blanches, et chez Marin Montagut, le joyeux bric à brac d'un cabinet de curiosités, que l'on visite en écoutant du Maurice Chevallier !}

Puis, las de tant d'animosité à son égard, février s'est fait court et s'en est allé pour
passer la main à mars, celui qui rit malgré les averses et prépare en secret le printemps.
Un printemps qu'on aimerait en paix.

23 janvier 2026

Pour passer l'hiver

Que faut-il pour passer l'hiver ? Un dessin d'enfant. Le feu dans la cheminée,
le chat sur un fauteuil, soi-même sur un second fauteuil, le mug de thé brûlant
à portée, une part de gâteau grignotée, la main pleine du poids d'un livre
qu'on savoure page à page, la lumière vacillante de la bougie parfumée récemment
offerte et dehors, une neige de contes de fées, comme on en voit dans les délicieux
albums du Père Castor.

 

 

{les traditionnelles petites pommes d'ambre qui embaument: un banana bread, très consistant, avant et/ou après la balade;
un recueil joliment dessiné de Zoé de Las Cazes qu'on feuillette en passant}

Pour passer l'hiver

{chercher des inspirations culinaires dans sa bibliothèque gourmande pour la première invitation de l'année, avec l'aide précieuse d'un thé Marco Polo et quelques "mincemeats" aux épices}

Les fêtes ont été à la hauteur. Comme chaque année, les crooners de service ont envahi
l'espace de leurs suave tessiture pour louer Noël, l
es cadeaux exposés, étiquetés, ont
été distribués, l
es paniques en cuisine résorbées dans de bons fous rires, les grandes
réflexions conflictuelles sur le monde au petit matin oubliées au réveil devant le premier
bol de café. Et puis cette neige ! Pourquoi la pluie nous semble si désagréable et la
neige si douce ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

{parmi les paquets cadeaux faits maison, les emballages rutilants de cette boutique sont si beaux que leur contenu
semblerait presque superflu; vue du balcon de la rue Saint Placide sur le Bon Marché saupoudré; premiers pas de
Marou dans la neige}

Pas de résolutions en vue, bonnes ou mauvaises. L'actualité se charge de nous faire
vivre au jour le jour. Ou alors celle d'être plus patiente, vertu que l'on accorde
volontiers à la prise d'âge. Me concernant, je redoute plutôt une crise d'adolescence
dans ce domaine, logique puisque le temps qui m'est imparti se ratatine de plus en

plus rapidement, semble-t-il. N'y plus penser et partir en promenade dans un Paris
frissonnant, y croiser beaucoup de touristes, s'amuser de leurs regards éternellement
éblouis, et en prendre de la graine.

 

 

{Les statues de la place de la Concorde représentent les principales villes françaises : ici, Lille; en passant
sous les arcades de la rue de Rivoli, s'arrêter chez Smith & Sons, admirer le papier peint WM et se promettre
d'y revenir très vite}

On a failli la rater, cette expo, à force de se dire "on a le temps". Encore une preuve
qu'il file de façon foudroyante. Plus que deux jours pour admirer, à Orsay, un certain
John Singer Sargent ayant eu les honneurs tout à fait mérités d'une douzaine de salles 
consacrées à son œuvre.


 

 

 

{détails de "Les filles d'Edouard Darley Boit"; "Lady in red"; "mendiante parisienne"}

Peintre américain bourlingueur, et bien que contemporain de Monet, il ne fut pas
vraiment intégré dans l'école impressionniste, ses inspirations étant tantôt espagnoles
Velasquez) et flamandes (Van Dick). Ce que je retiendrai avant tout, ce sont ses délicats
portraits d'enfants, ainsi que ceux de jeunes hommes à la fragilité émouvante.

 

 

{"Albert de Belleroche"; "Capri girl"; "la table sous la tonnelle"; "homme portant des lauriers"}

Une de ses toiles cependant fit scandale à l'époque, le moyen le plus sûr finalement pour
faire parler de soi. Il s'agissait du portrait de Virginie Gautreau, épouse d'un banquier,
pudiquement rebaptisée "Madame X". Le port altier, la carnation exagérément diaphane
et, surtout, cette arachnéenne bretelle de diamants tombant sur l'épaule (qui fut remontée
ensuite pour apaiser les tensions) ont ébranlé la pudibonde bonne société du XIXe siècle.

 

{voici ce qu'en disait un critique de l'époque, Joséphin Peladan : "De toutes les femmes déshabillées, la seule
intéressante est de M. Sargent. Intéressante par sa laideur au fin profil qui rappelle un peu Della Francesca.
Intéressante par son décolletage encore à chaînettes d'argent, qui est indécent et donne l'impression d'une
robe qui va tomber. Intéressante enfin par le blanc de perle qui bleuit l'épiderme, cadavérique et clownesque
à la fois". Sympa...}

Terminer par une lecture qui réchauffe. Je ne sais pas si vous connaissez cette collection
baptisée "Petit éloge" aux Editions Les Pérégrines. Ce sont des essais portant sur des
thèmes aussi éclectiques que la procrastination, le rugby, le transat ou la gratitude.
En bonne Parisienne, j'avais récemment lu celui consacré aux cafés, ceux où l'on se donne
rendez-vous, ceux où l'on attend que la pluie cesse, ceux où la tasse est servie avec un
sablé, ceux où l'on voit du beau monde, ceux où l'on trouve le calme et l'inspiration pour
sortir son petit carnet, etc. Le feu de cheminée est admirablement rédigé, très documenté,
avec la pointe d'humour que je recherche toujours entre les lignes. Alors me vient comme
l'autrice, une furieuse envie de flambée dans une maison solognote, mais contrairement à
elle sans cigarette (j'ai arrêté il y a 23 ans) ni whisky tourbé (là, en revanche, je n'ai
jamais commencé !) juste mon chat et un thé noir, comme évoqué au début de ce billet.
La boucle est bouclée.

 

 

{un des plus jolis tableaux de John Singer Sargent sous forme de cartes postales; un feu à l'anglaise chez moi;
dans une cheminée construite de toutes pièces, pour l'illusion}

20 décembre 2025

Petites lumières

C'est la saison des jours qui, à peine levés, se recouchent sans vergogne, nous
laissant dans l'hébétude d'une réalité ténébreuse et floue.  C'est alors que
s'allument les petites lumières. Chez soi, dans les rues, partout, elles rendent
magique l'ordinaire et subliment l'inélégant.

 

 

 

{chez soi, l'avant Noël est la période où l'on s'autorise ce que l'on maîtrise tout au long de l'année : la gourmandise
et la surabondance d'objets, tout contents de sortir de leur confinement; vitrine toujours inspirante chez Cathoretro}

Elles embrasent villes et campagnes lorsqu'approche Noël, comme des points de 
suspension vers quelque chose que l'on ne maîtrise pas. A défaut d'avoir une foi
liturgique, on croit en leur pouvoir réconfortant, leur capacité à rembobiner le
film de notre vie, pour faire pause sur l'épisode enfance, lorsqu'on croyait encore
au merveilleux.

 

 

 

 

 

{les belles boutiques, pour le plaisir de la promenade, avec parfois un craquage légitime en pensant à la personne
qui en recevra les effets}

Comme chaque année je mets cap au nord pour sentir un peu plus ce esprit de Noël que
je chérirai toujours. Dans les rues de Haarlem, aux Pays-Bas, résonnent les chants anciens
que chacun fredonne sous l'épaisseur de son écharpe. On poisse ses doigts sur l'onctueux
d'une gaufre à la vergeoise, on craque pour les jolies cartes qu'on écrira plus tard sur
un coin de table, dans un de ces établissements cosy à souhait, avant de pénétrer à pas
de loup dans l'impressionnante basilique Saint-Bavon, en imaginant ce que serait la messe
de minuit dans un tel décor.

 

 

 

{siroter une boisson réconfortante avant la visite de Saint-Bavon et ses orgues majestueuses}
 

Haarlem est une jolie petite ville, située à quelques encablures d'Amsterdam, et comme
dans toutes les jolies petites villes, face aux mâchoires broyeuses des capitales, il y 
fait bon vivre. Tout est à bonne échelle, on se perd dans les impasses où s'alignent
tranquillement les maisons de brique rouge, et où paressent les chats, tous porteurs de
colliers, on admire la créativité des couronnes qui pavoisent les portes, on longe des
canaux paisibles exempts d'embarcations surchargées de touristes à selfies.

 

 

 

 

{Un voyage sans rencontre féline est un voyage raté}

On y salue les oies bernache cravant, qui viennent ici faire une halte depuis leur
migration depuis la Suède, avant d'aborder des contrées plus amènes. 
Il règne ici un petit air british qui n'est pas déplaisant, l'abondance de la brique
dans l'habitat sans doute, mais aussi chez Queens Tearoom, petit salon de thé où tout
ce que l'on consomme est présenté dans de la vaisselle chinée et dépareillée, décorée
avec une bonne dose de "mauvais goût" que ma grand-mère aurait trouvé sublime. 

 

 

 

{petite oie au repos; chez Queens, pas de chichi, c'est comme at home; une touche de soleil dans ce très
beau magasin d'objets artisanaux; d'énormes meules en vitrine : la Hollande n'est-elle pas qualifiée d'autre
pays du fromage" ? Et quel choix extraordinaire de vaisselle signée Emma Bridgewater chez Huis & Muis}

 

Je ne souhaitais pas repartir sans voir la mer, m'imaginant déjà les plages immenses nimbées de romantisme à la Peter Kroyer... Bloemendaal, la périphérie chic et résidentielle d'Haarlem, a aussi un balcon sur la mer du Nord. L'immensité était là, certes, mais les pelleteuses et les dameuses en action avaient quelque peu écorné mes fantasmes de poésie. 

Petites lumières

{Bloemendaal an Zee, zut, on a oublié les maillots !}

Tandis que Marou égrène son calendrier de l'Avent personnel (une bêtise par jour :
vivement le 25...) on s'adonne à ce que l'on préfère entre tout, et qui semble, à
mon grand étonnement, être le cauchemar de certains : la rédaction des cartes de vœux
et le façonnage des paquets cadeaux.

 

 

{j'adore ces petits fouillis qui précèdent et annoncent le moment d'offrir}

 

Très joyeuses fêtes à toutes et tous ! 

6 novembre 2025

Taches de rousseur

Tout ayant été dit, et si joliment, en littérature sur les couleurs de l'automne,
je m'abstiendrai(un peu). 
Juste constater qu'en ce début novembre dont la sonorité
même vibre comme un long frisson, plus rien ne subsiste des bleus de l'été, car voilà

que s'invitent les bruns, bronze, auburn, cuivre, truffe, aile de scarabée, marron
glacé, et surtout le roux, délicatement assorti à mon nouveau chat.

 

 

{les fleuristes envahissent les trottoirs de leur poésie automnale, même s'ils nous obligent à faire un pas
de côté sur la chaussée, cela vaut le coup de vivre dangereusement ; dernières figues, derniers marrons,
premières noix : le jardin maternel est de bonne humeur}

Taches de rousseur

{le dessus de cheminée en mode automne : la citrouille verte vient de chez Aoyama Flower Market, fleuriste bobo-chic de la rue du Bac, les feuilles de chêne... du jardin familial !}

 

Alors à la demande générale(ou presque) voici les premiers portraits officiels de
Monsieur Marou, en souhaitant qu'il ne m'intente pas un procès pour diffusion
d'images non autorisées. Avec les chats, on ne sait jamais. Je ne vais pas
m'étendre sur l'intensité de l'amour que je lui porte, car tous mes lecteurs ne
sont pas forcément fans de félins, et j'en vois déjà qui baillent et abrègent la
lecture. Je dirai simplement que j'aime tout chez lui, ses yeux couleur mirabelle,
son pelage d'une exquise douceur, ses pattes gantées, sa façon indirecte, cepen-
dant très radicale, de me faire comprendre que j'ai chez moi beaucoup trop 

d'objets de décoration inutiles, et hop, d'un geste leste, je t'en débarrasse
et tu me remercieras au moment de faire les poussières.

 

 

 

{mon petit bonheur du jour rouquin, lorsqu'il n'accumule pas les bêtises ou qu'il ne se love pas contre moi
pour un câlin, passe sa vie dans les lavabos, les éviers et les baignoires; ma véto me dit que ce n'est pas
très grave tant qu'il n'actionne pas lui-même les robinets}

Pour s'accorder aux ténèbres dont l'heure d'hiver nous ceint dès quatre heures de
l'après-midi, l'exposition consacrée à Georges de la Tour, le maître du clair-obscur,
tombe à pic. 
L'automne n'est-elle pas la saison idéale pour admirer de très près la
virtuosité de ce peintre de l'ombre et de la lumière ? On découvre avec étonnement

des œuvres quasi confidentielles, mais on se sent un peu frustré par l'absence du
merveilleux 
“Saint Joseph charpentier ” * et de l'extraordinaire “ diseuse de
bonne aventure”. L'étroitesse des salles du musée Jacquemart-André qui, rappelons-le,
est un hôtel particulier, n'a sans doute pas permis un accrochage plus conséquent.

 

 

 

 

{Job raillé par sa femme; le reniement de Saint Pierre (extrait); le souffleur à la pipe; la femme à la puce;
la Madeleine à la veilleuse; Saint Alexis}

Reste l'intensité des rouges profonds exaltés par la flamme des chandelles pour seule lumière, la précision des plis et drapés de tissus que l'on devine lourds et épais, puisque les sujets de De la Tour ne sont ni princes ni puissants, mais des gens simples dont on devine la rudesse de la vie à l'époque.

Taches de rousseur

{La Nativité}

A la campagne, les champs et les bois fêtent Halloween avec goût. Dans le 
village breton hélas dénaturé par les commerces dits "artisanaux", pierres
ancestrales et végétation résistent aux assauts de laideur pour nous
offrir leur mélancolie photogénique.

 

 

 

 

 

{selon l'humeur, on peut voir dans ces images la tristesse d'une fin annoncée, ou la joie d'une promesse
de vie plus intense}

Taches de rousseur

{Et au milieu coule une rivière...}

Taches de rousseur

{les hortensias sauvages, le long du jardin de notre ancienne maison de famille}

Je vous souhaite un très bel automne, saison des poètes, des rêveurs,
des nonchalants, de ceux qui s'accrochent aux derniers rayons de soleil
en le saluant, mais qui préparent la suite sans nostalgie. Il y a cette
citation notée dans un de mes carnets, dont j'ignore l'origine, mais que
j'aime bien, et que je partage ici : 

 

"L'automne raconte à la terre les feuilles qu'elle a prêtées à l'été"

 

 

 

 

{Marou s'entraîne pour l'hiver}

* Visible au Louvre

8 octobre 2025

Automne à Port-Louis

La froidure venant, on avait dit la Crète. Mais l'arrivée depuis quelques semaines au sein du foyer d'un petit chat couleur d'écureuil, hyperactif, hyper destructeur, hyper mignon, hyper d'une manière générale, nous a ramené vers de plus modestes aventures. L'adorable empêcheur de voyager en rond s'étant vu imposer trois jours de colo chez Georges Cat, hôtel pour chats, à nous la liberté, et vive Port-Louis, Bretagne, Morbihan, Golfe.

 

 

{Port-Louis au mois d'octobre : encore un peu de poisson, mais pas d'Antoinette; l'échauguette de la citadelle;
une des innombrables petites criques; et la pointe d'humour breton dans ce baromètre très sérieux}

Je souhaitais secrètement visiter la très belle maison-boutique de Vincent Farelly et Jean-Baptiste Martin, créateurs de l'enseigne désormais culte Antoinette Poisson... Hélas, l'arrière-saison n'y est pour rien, le comptoir semble avoir définitivement fermé. Je me contenterai des volets clos, peints de ce bleu passé totalement indéfinissable qui caractérise les bords de mer bretons.

 

 

{La Dame Blanche, librairie, salon de thé, jardin, lieu de conférences, de signatures et de rendez-vous}

Les petites déceptions sont heureusement compensées par les belles découvertes, entre autres, celle de la Dame Blanche, le cœur battant du village qui semble être déjà plongé dans sa douce léthargie automnale (où sont les gens ? Première interrogation). C'est un endroit qui devrait exister dans toutes les petites villes et bourgades, tous les endroits de plus de 100 âmes : un lieu qui réchauffe, qui donne envie de sourire, de boire et manger de bonnes choses dans de la vraie vaisselle qui ne fera pas déborder les poubelles puisqu'elle se lave, de feuilleter des livres, de parler bas, de regarder les autres gens et discerner dans leur regard l'étincelle du bonheur de l'instant.

 

 

{La Dame Blanche vient d'ouvrir; un café se prépare, pendant ce temps, on choisit une lecture :
pour moi, "La désinvolture est une bien belle chose", de Philippe Jaenada}

Le golfe du Morbihan est constitué d'une myriade de petites iles qu'on atteint à marée basse, à gué, ou en bateau. Après une vivifiante promenade contournant la citadelle, nous avons donc, comme on prend l'autobus, emprunté une navette conduisant à la presqu'île de Gâvres. Jolies maisons, jolies plages, mais le tout comme dans un épisode de la Quatrième Dimension : désertiques (où sont les gens ? Deuxième interrogation)

 

 

{Chez Martine, pique-nique en cagettes avec vue mer, imprenable; la Criée, transformée en salle des fêtes, a conservé ses belles lettres; le long de la promenade du Lohic, rencontre avec quelques jolies tondeuses écolos} 

Peu de restaurants hors saison à Port-Louis, à part une médiocre crêperie (celles de la rue du Montparnasse à Paris sont bien meilleures !) et un étoilé, mais ce n'est pas le moment. En revanche, quelle superbe idée cette guinguette "Chez Martine" près de la cale de la Pradenne, au-dessus de la plage ! On y déguste des huitres toutes fraîches, pour qui aime, mais aussi crevettes et tartinades de thon et maquereaux, accompagnés de la rondeur minérale d'un Muscadet. 

Automne à Port-Louis
Automne à Port-Louis

{la presqu'île de Gâvres}

Troisième matin : direction la Citadelle, qui abrite deux très beaux musées : celui de la Marine et celui de la Compagnie des Indes. Dans la boutique attenante, achat totalement superflu de coupelles en porcelaine bleutée, répliques de celles trouvées dans les fouilles sous-marines consacrées aux naufrages des caravelles. Pas de regrets, elles sont trop belles. Un couple de septuagénaires fait la visite casque aux oreilles, tandis qu'un groupe d'écoliers remuants la termine. A part cela, personne, quel dommage pour un si bel et si riche endroit! Mais tant mieux pour nous (où sont les gens ? troisième interrogation)

 

 

{petites gourmandises groisillonnes, disponibles ici; les roses d'octobre, en tenue d'automne;
belle villa "prune" (la couleur phare de cette saison, parait-il); la cantine des matelots}

Nous le saurons en prenant sur le port notre ultime dîner au Ma Bro, la Cantine des matelots :  c'est noir de monde, c'est chaud, ça rit, ça s'interpelle, ça vit, et en plus, c'est bon. Le retour à la nuit dans les ruelles désertes juste éclairées par la lune jusqu'à l'hôtel nous plonge avec bravoure dans un décor à la Simenon. 

 

 

{Carnac, entre landes, ajoncs et mystères; l'église Saint-Cornely, où l'on baptise encore les chevaux lors des
pardons de septembre; rue accueillante} 

Sur la route du retour, l'idée d'un très léger crochet par Carnac s'immisce dans la planification. Souvenirs de les avoir vus librement, sans barrières, mais je reconnais qu'elles étaient nécessaires, et élaborées de telle sorte qu'elles n'entravent pas la vue sur les mégalithes, tout en les protégeant des acrobates à la mie de pain et des tagueurs de tout poil.

Automne à Port-Louis
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