Promenades
La saison des belles lumières est arrivée, où que l'on se trouve, partout
en France. L'art de la promenade peut s'exercer certes par tous les temps,
mais rien n'égale le contact, intime et soyeux, de la caresse d'un
souffle printanier sur des épaules que petit à petit on dénude.
{en ville, en campagne, tout peut être source d'enchantement et d'étonnement}
Je me souviens de l'époque où nous abordions le confinement avec la discipline
d'un bon élève, du temps des autorisations griffonnées et raturées (la case
"achats de première nécessité" étant hautement privilégiée...) où l'on
sortait à pas de loup avec la peur du gendarme et celle de quelque chose
jusque-là inconnu, dont on n'a jamais compris s'il était du genre féminin
ou masculin (comme si c'était important ! ).
Mes évasions avaient alors lieu aux moments ultimes de la permission, alors
que tout Paris rentrait chez soi la tête dans les épaules, les bras chargés
de rouleaux roses ou blancs, dans les rues désertes qui sentaient le printemps.
Une fois à l'appartement, je faisais des gâteaux, du pain et des classements.
Depuis, j'ai retrouvé mon boulanger, côté paperasse un petit mille-feuille
se forme régulièrement dans la bannette à courrier, mais je continue les gâteaux,
parce que la cuisine en général ce n'est pas mon truc, sauf celle-là,
parce qu'on a toujours chez soi de la farine, des oeufs, du beurre et du sucre,
et que leur parfum à la sortie du four est celle de l'enfance retrouvée.
{Cour Saint Emilion, c'étaient les dernières glycines, tandis que dans une cour intérieure
quelque peu délabrée, un rosier peu exigeant explose, pas snob pour deux sous}
Des promenades, oh oui, il y en a eu beaucoup. Des improvisées, des programmées,
des imposées. Dans la course au vert des capitales, on met souvent Londres ou Berlin
sur le podium, pour la superficie qu'elles consacrent aux parcs et aux bois,
ce qui est sans doute géométriquement vrai. Mais c'est oublier qu'à Paris
ou peut aussi, si l'on est curieux et de bonne volonté, se perdre dans le vert.
{un beau bouquet de "déchets verts" ! quelques plates-bandes des Jardins partagés}
Au parc Suzanne Lenglen, on croise deux gentils jardiniers dont la brouette
déborde d'une chevelure très emmêlée de lepidium, promis à la poubelle :
la belle aubaine pour concocter un bouquet qui ira parfaitement dans
le vase en zinc. Aux Jardins Partagés de la rue de Coulmiers, chacun
et chacune est penché sur son ouvrage, et bine, sarcle, taille, bouture,
pince, marcotte et sème. Malgré la moyenne d'âge avancée de ces adorateurs
de La Quintinie, on perçoit la fébrilité et l'excitation enfantine qu'ils ont
de retrouver les gestes d'un grand-père jardinier du temps des fortifs.
{un square discret, près d'une caserne de pompiers; au-dessus des persiennes mangées
par la rouille, la petite marquise n'abrite plus personne depuis longtemps}
Mais au bout d'une semaine de vagabondages feuillus, l'irrésistible attraction
qu'exercent sur moi boutiques et magasins se fait nettement sentir.
L'étage décoration du Bon Marché est un régal pour les yeux. Ce sera juste
un coussin un de plus, d'une subtile couleur aubergine qui se mariera fort
bien avec ceux que je possède déjà. Plus démocratiquement, Monoprix sur
le chemin de la maison, me narguera avec le plus joli petit sac de
fillette qui puisse exister, en raphia brodé de petits pois dorés,
et doublé de coton caramel. Si Suzanne n'en veut pas, je le garde.
{un gros coussin signé Boncoeur; un mini sac déniché à Monoprix, pour que ma Bouclette y range
ses trésors de l'été; le stand Boncoeur au BM}
Je craignais la déception en pénétrant dans ce qui fut autrefois le nec plus ultra
des Grands Magasins parisiens, monument emblématique surplombant de sa superbe
un Pont-Neuf à la mémoire discrète : la Samaritaine. Ne l'appelez surtout plus
"Samar", car la belle n'a plus rien, mais rien de ce qui faisait son charme
et son identité. 16 années de conflits plus tard, et la voici "rénovée".
Un travail extraordinaire, certes, a été accompli sur la restauration des
mosaïques et des ferronneries, ainsi sur la verrière. Je ne m'étendrai
pas sur le contenu, estampillé LVMH, rutilant, vain, superficiel,
presque drôle à force de mauvais goût et d'absurdité.
Dans un des corners de petite restauration, le café est à 5€.
"On trouve tout à la Samaritaine", oui, même le pire. Y aller malgré tout
pour l'écrin, admirable, et le souvenir de ce qu'elle fut.
{majestueux escaliers, somptueuses mosaïques, éclatante verrière, tout y est admirablement
restauré; qui veut ce sac à main, follement pratique, à 7800€ ?
La promenade hors les murs peut aussi mener vers brocantes et ressourceries.
Mes armoires, vaisseliers et placards ont depuis longtemps affiché leur désir
de ne plus être engorgés, afin de pouvoir respirer un peu. J'ai bel et bien
désencombré en tenant un stand au vide-grenier de ma rue, mais chemin faisant,
comment résister à ces 8 jolis verres gravés ? Et, plus insolite, à cette tasse
avec soucoupe, "souvenir de communion" alors qu'on ne me l'a jamais fait faire ?
Voyez pourtant comme elle sied parfaitement à mon thé d'après-midi
et aux petits cakes aux agrumes...
{délicate porcelaine pour cette tasse aux belles proportions;
même s'ils ne sont pas d'une finesse absolue, ces petits verres feront une jolie table !}

{le mariage est insolite mais pourquoi pas : lilas, menthe et roses Fox Trot}
{marcher ouvre l'appétit : "Colette" serait-elle ma nouvelle cantine ? Pour l'ambiance,
les asperges vertes juste rôties, la gentillesse du personnel, le clin d'oeil
à la divine Bourguignonne, mais aussi pour le souvenir de ma meilleure amie d'enfance,
qui pourtant détestait son prénom vieillot, décédée d'un cancer à l'âge de 40 ans}
Juin est arrivé, et les promenades ne s'arrêteront pas de si tôt.
Si j'en trouve le temps, je vous parlerai peut-être dans un prochain billet
de l'abbaye de Chaalis, du jardin des Tuileries...et de Jean Gabin.






























