Petites lumières
C'est la saison des jours qui, à peine levés, se recouchent sans vergogne, nous
laissant dans l'hébétude d'une réalité ténébreuse et floue. C'est alors que
s'allument les petites lumières. Chez soi, dans les rues, partout, elles rendent
magique l'ordinaire et subliment l'inélégant.
{chez soi, l'avant Noël est la période où l'on s'autorise ce que l'on maîtrise tout au long de l'année : la gourmandise
et la surabondance d'objets, tout contents de sortir de leur confinement; vitrine toujours inspirante chez Cathoretro}
Elles embrasent villes et campagnes lorsqu'approche Noël, comme des points de
suspension vers quelque chose que l'on ne maîtrise pas. A défaut d'avoir une foi
liturgique, on croit en leur pouvoir réconfortant, leur capacité à rembobiner le
film de notre vie, pour faire pause sur l'épisode enfance, lorsqu'on croyait encore
au merveilleux.
{les belles boutiques, pour le plaisir de la promenade, avec parfois un craquage légitime en pensant à la personne
qui en recevra les effets}
Comme chaque année je mets cap au nord pour sentir un peu plus ce esprit de Noël que
je chérirai toujours. Dans les rues de Haarlem, aux Pays-Bas, résonnent les chants anciens
que chacun fredonne sous l'épaisseur de son écharpe. On poisse ses doigts sur l'onctueux
d'une gaufre à la vergeoise, on craque pour les jolies cartes qu'on écrira plus tard sur
un coin de table, dans un de ces établissements cosy à souhait, avant de pénétrer à pas
de loup dans l'impressionnante basilique Saint-Bavon, en imaginant ce que serait la messe
de minuit dans un tel décor.
{siroter une boisson réconfortante avant la visite de Saint-Bavon et ses orgues majestueuses}
Haarlem est une jolie petite ville, située à quelques encablures d'Amsterdam, et comme
dans toutes les jolies petites villes, face aux mâchoires broyeuses des capitales, il y
fait bon vivre. Tout est à bonne échelle, on se perd dans les impasses où s'alignent
tranquillement les maisons de brique rouge, et où paressent les chats, tous porteurs de
colliers, on admire la créativité des couronnes qui pavoisent les portes, on longe des
canaux paisibles exempts d'embarcations surchargées de touristes à selfies.
{Un voyage sans rencontre féline est un voyage raté}
On y salue les oies bernache cravant, qui viennent ici faire une halte depuis leur
migration depuis la Suède, avant d'aborder des contrées plus amènes.
Il règne ici un petit air british qui n'est pas déplaisant, l'abondance de la brique
dans l'habitat sans doute, mais aussi chez Queens Tearoom, petit salon de thé où tout
ce que l'on consomme est présenté dans de la vaisselle chinée et dépareillée, décorée
avec une bonne dose de "mauvais goût" que ma grand-mère aurait trouvé sublime.
{petite oie au repos; chez Queens, pas de chichi, c'est comme at home; une touche de soleil dans ce très
beau magasin d'objets artisanaux; d'énormes meules en vitrine : la Hollande n'est-elle pas qualifiée d'autre
pays du fromage" ? Et quel choix extraordinaire de vaisselle signée Emma Bridgewater chez Huis & Muis}
Je ne souhaitais pas repartir sans voir la mer, m'imaginant déjà les plages immenses nimbées de romantisme à la Peter Kroyer... Bloemendaal, la périphérie chic et résidentielle d'Haarlem, a aussi un balcon sur la mer du Nord. L'immensité était là, certes, mais les pelleteuses et les dameuses en action avaient quelque peu écorné mes fantasmes de poésie.
{Bloemendaal an Zee, zut, on a oublié les maillots !}
Tandis que Marou égrène son calendrier de l'Avent personnel (une bêtise par jour :
vivement le 25...) on s'adonne à ce que l'on préfère entre tout, et qui semble, à
mon grand étonnement, être le cauchemar de certains : la rédaction des cartes de vœux
et le façonnage des paquets cadeaux.
{j'adore ces petits fouillis qui précèdent et annoncent le moment d'offrir}
Très joyeuses fêtes à toutes et tous !