Taches de rousseur
Tout ayant été dit, et si joliment, en littérature sur les couleurs de l'automne,
je m'abstiendrai(un peu). Juste constater qu'en ce début novembre dont la sonorité
même vibre comme un long frisson, plus rien ne subsiste des bleus de l'été, car voilà
que s'invitent les bruns, bronze, auburn, cuivre, truffe, aile de scarabée, marron
glacé, et surtout le roux, délicatement assorti à mon nouveau chat.
{les fleuristes envahissent les trottoirs de leur poésie automnale, même s'ils nous obligent à faire un pas
de côté sur la chaussée, cela vaut le coup de vivre dangereusement ; dernières figues, derniers marrons,
premières noix : le jardin maternel est de bonne humeur}
{le dessus de cheminée en mode automne : la citrouille verte vient de chez Aoyama Flower Market, fleuriste bobo-chic de la rue du Bac, les feuilles de chêne... du jardin familial !}
Alors à la demande générale(ou presque) voici les premiers portraits officiels de
Monsieur Marou, en souhaitant qu'il ne m'intente pas un procès pour diffusion
d'images non autorisées. Avec les chats, on ne sait jamais. Je ne vais pas
m'étendre sur l'intensité de l'amour que je lui porte, car tous mes lecteurs ne
sont pas forcément fans de félins, et j'en vois déjà qui baillent et abrègent la
lecture. Je dirai simplement que j'aime tout chez lui, ses yeux couleur mirabelle,
son pelage d'une exquise douceur, ses pattes gantées, sa façon indirecte, cepen-
dant très radicale, de me faire comprendre que j'ai chez moi beaucoup trop
d'objets de décoration inutiles, et hop, d'un geste leste, je t'en débarrasse
et tu me remercieras au moment de faire les poussières.
{mon petit bonheur du jour rouquin, lorsqu'il n'accumule pas les bêtises ou qu'il ne se love pas contre moi
pour un câlin, passe sa vie dans les lavabos, les éviers et les baignoires; ma véto me dit que ce n'est pas
très grave tant qu'il n'actionne pas lui-même les robinets}
Pour s'accorder aux ténèbres dont l'heure d'hiver nous ceint dès quatre heures de
l'après-midi, l'exposition consacrée à Georges de la Tour, le maître du clair-obscur,
tombe à pic. L'automne n'est-elle pas la saison idéale pour admirer de très près la
virtuosité de ce peintre de l'ombre et de la lumière ? On découvre avec étonnement
des œuvres quasi confidentielles, mais on se sent un peu frustré par l'absence du
merveilleux “Saint Joseph charpentier ” * et de l'extraordinaire “ diseuse de
bonne aventure”. L'étroitesse des salles du musée Jacquemart-André qui, rappelons-le,
est un hôtel particulier, n'a sans doute pas permis un accrochage plus conséquent.
{Job raillé par sa femme; le reniement de Saint Pierre (extrait); le souffleur à la pipe; la femme à la puce;
la Madeleine à la veilleuse; Saint Alexis}
Reste l'intensité des rouges profonds exaltés par la flamme des chandelles pour seule lumière, la précision des plis et drapés de tissus que l'on devine lourds et épais, puisque les sujets de De la Tour ne sont ni princes ni puissants, mais des gens simples dont on devine la rudesse de la vie à l'époque.
{La Nativité}
A la campagne, les champs et les bois fêtent Halloween avec goût. Dans le
village breton hélas dénaturé par les commerces dits "artisanaux", pierres
ancestrales et végétation résistent aux assauts de laideur pour nous
offrir leur mélancolie photogénique.
{selon l'humeur, on peut voir dans ces images la tristesse d'une fin annoncée, ou la joie d'une promesse
de vie plus intense}
{Et au milieu coule une rivière...}
{les hortensias sauvages, le long du jardin de notre ancienne maison de famille}
Je vous souhaite un très bel automne, saison des poètes, des rêveurs,
des nonchalants, de ceux qui s'accrochent aux derniers rayons de soleil
en le saluant, mais qui préparent la suite sans nostalgie. Il y a cette
citation notée dans un de mes carnets, dont j'ignore l'origine, mais que
j'aime bien, et que je partage ici :
"L'automne raconte à la terre les feuilles qu'elle a prêtées à l'été"
{Marou s'entraîne pour l'hiver}
* Visible au Louvre