Dans la famille Ligne 13, je voudrais la grand-mère...
Ou le grand-père, et même l'arrière grand-père, tiens...
Refaire vivre en s'amusant ce qui constituait le
quotidien de ses aïeux, on le fait toutes un peu.
Les miens ont partagé leur vie entre Nantes et le Morbihan des terres.
Leur vie, à défaut d'être douce, avait la jolie simplicité des jours anciens.
Combien de cafés servis par cette cafetière ?
Toujours prête, à température sur un coin de la cuisinière
à charbon aux cercles de fonte, puis reléguée au fond du jardin,
la voici parisienne, le bec mutin.
L'ardoise et l'encrier sont un clin d'oeil à cette école primaire
qui fut longtemps l'univers de mon grand-père. 
Les draps et les nappes en chanvre se lavaient à la rivière.
J'y ai taillé des serviettes.
Avec un peu d'imagination, on peut croire
qu'il y subsiste encore l'odeur des joncs
et celle de l'onde tiédie les beaux soirs d'été.
La planche à découper est en fait le battoir à linge de mon arrière-grand-mère.

Les bols anciens. Ah ! Un grand classique.
Celui-ci est évidemment particulier : il a dû connaître
la moustache imposante de mon arrière-grand-père.

Le casier de bois brut, très brut puisque je l'ai laissé tel quel,
recevait les serviettes roulées du réfectoire de l'école de garçons.
Mes bouteilles sont bien contentes de s'y reposer.
Quant à cette énorme boule armaturée, elle a été sculptée
et façonnée au couteau.
C'est la rescapée d'un jeu complet.
Car la pétanque et la lyonnaise ne sont pas
l'apanage des méridionaux : on y jouait aussi en Bretagne,
le dimanche après-midi,
et je garde en mémoire le bruit rocailleux
de ces boules lorsqu'elles roulaient sur le chemin pierreux.
Les femmes venaient ensuite avec le cidre :
trois bouteilles, une seule bolée.
Ça passait de main en main, de bouche en bouche...
Oui, c'était ainsi, zéro chichi, un max de bactéries,
mais le petit verre de gnôle qui ensuite accompagnait
la victoire les tuait toutes.
Un peu de raffinement à présent.
De l'argenterie frottée à la cendre, de la vaisselle blanche,
parce qu'il y avait aussi de beaux dimanches,
et qu'on fêtait les baptêmes, les noces, les fiançailles,
et même les funérailles avec toute la dignité et la prestance requises.
Et puis les pots de confiture, les torchons raides
comme de la toile émeri, les bouillottes en grès,
la cuiller à baratter et son pied de manche sculpté pour
marquer le beurre, les portraits encadrés,
les pots à lait, la comtoise (ah! la comtoise...)
De tout cela je reparlerai une autre fois.
Il fait si beau ce week-end, je ne vous retiens pas,
allez voir les jardins !
Les "ronds" de serviette ont été achetés dans une mignonne boutique de Bernay
et les couverts récupérés d'un pique-nique écolo.




