L'été des musées 3 : romantisme et errances parisiennes
Il est grand temps que je quitte Paris. La saturation est proche, au point
que la perspective de visite d'un nouveau musée me donnerait presque la nausée.
En fait, c'est surtout cette atmosphère opaque et oppressante, cueillant
notre optimisme naturel au petit matin dès l'ouverture des volets,
qui mine le moral. C'est ainsi que cette inclination à la mélancolie
m'a menée tout droit au Musée de la vie romantique.
Tempêtes et naufrages ! Voilà exactement ce qu'il fallait pour me rendre
le sourire. Des tableaux représentant des périls en mer, des noyés blafards
échoués sur les rochers, des veuves éplorées et des tsunami grandioses
s'alignent au fil des pièces, dont les murs arborent de splendides tons
sourds et poudrés dignes d'un catalogue Farrow et Ball.
{la petite cour donnant sur le salon de thé du musée de la vie romantique}
{un des impressionnants tableaux de l'exposition}
La voix suave de Guillaume Gallienne accompagne notre visite en susurrant des
extraits des Travailleurs de la mer (tiens ? Hugo), des Mémoires d'outre tombe,
que des choses rigolotes. C'est cependant très beau. Le désespoir, la tragédie,
la mort sont inspirantes. L'actualité ne nous inflige-t-elle pas assez de
sources d'angoisse, de raisons de désespérer, pour s'imposer d'aussi sombres
représentations ? Mais que diable allais-je faire dans cette galère ?
{A l'intérieur de la maison, même ambiance 18e, sombre et oppressante;
un chardon posé sur chaque chaise nous indique qu'il est interdit de s'y asseoir}
Sans doute une furieuse envie de voir des roses, celles qui vous accueillent
à pétales ouverts lorsqu'on franchit la grille qui sépare la rue Chaptal
du jardinet. Même elles semblaient à bout de souffle ce jour-là.
La visite de la maison proprement dite, propriété du peintre Ary Sheffer,
fut un peu expédiée, sans doute à cause du zèle démesuré dont faisaient montre
les jeunes gardiens ("plus haut le masque", "ne vous appuyez pas" alors que
j'effleurais du coude un angle de vitrine).
Et à 17h30, la tenancière du petit salon de thé où nous nous réjouissions
de prendre un rafraîchissement nous a asséné un " c'est fermé" radical.
Le lendemain fut plus riant. La réservation en soirée d'un concert dans les arènes
de Montmartre nous a donné le prétexte d'une balade dans ce quartier toujours
aussi populaire auprès des touristes.
{le charme indéniable de Montmartre, ses bistrots, ses rues comme un décor de théâtre et
l'amusante sensation d'être figurants dans Un américain à Paris}
Et il y en avait ! Emerveillés de la vue sur la ville aux toits gris acier,
de la majesté du Sacré-Coeur, des ruelles pavées, des escaliers de la Butte
qui furent si dures aux miséreux, des peintres alignés derrière leur chevalet
sur la place du Tertre, émerveillés de tout.
{ le célèbre Lapin agile a pris des couleurs méridionales !}
Puis ce fut notre tour de nous sommes émerveiller de la nuit qui tombait
doucement sur les arènes, bercés par les rhapsodies hongroises, le concerto
pour piano n° 21 de Mozart ou le Duo des fleurs de Léo Delibes.
C'est rassurant de se dire qu'il y a encore de beaux moments à vivre,
des instants de grâce et des jolies parenthèses de bonheur tout simple, si simple.
Je vous livre cette idée si l'an prochain vos pas vous mènent dans la capitale :






















