Escales champêtres
Il fut un temps où passer l'été à Paris prenait, malgré les obligations
professionnelles, un air de vacances. Le temps marquait le pas.
On s'habillait léger, on traînait un peu le soir, il flottait
dans les rues un je-ne-sais-quoi de magique, et dans le regard
des touristes, une lumière enfantine proche de l'émerveillement.
Mais voilà, les masques, les bouteilles crasseuses de gel à l'entrée
de chaque magasin, la défiance de l'autre, la ville éventrée
par les colossaux travaux entrepris en vue des prochains JO, et, pour
couronner le tout, une météo totalement sinistrée si l'on excepte
deux ou trois jours de canicule insupportables, ont eu cette année
raison de mon enthousiasme benêt.
{l'église du village de Chevroches au petit matin}
Une mise au vert urgente s'imposait, et je me réjouissais d'avoir jeté mon dévolu,
au moment du choix des vacances (en février!)sur le Morvan et la Puisaye.
{un panier, des branches, des brindilles et des fleurs, au loin la blondeur des champs
et juste ce qu'il faut de soleil pour illuminer la journée}
Chevroches, en voilà un joli nom pour ce village bâti sur d'anciennes
carrières et surplombant le canal du Nivernais ! Et que dire de la maison où,
mes valises à peine posées, je me suis sentie chez moi, totalement conquise
par son charme et sa quiétude.
Une déco digne d'un magazine, ponctuée de jolies trouvailles de brocante,
mais avec un confort absolu, des jardins en restanques avec une vue
extraordinaire sur les champs moissonnés et le clocher de l'église du village,
des attentions pour les jours de pluie (des albums de toute beauté sur
la région, des polars, et... toute la collection des Tintin !)
la Maison du contremaitre au Domaine des Carriers, fut un refuge parfait pour
ces quelques jours de vacances tardives.
{un petit coin du salon près de la cheminée}
Mais le but, en dehors du calme, était aussi de découvrir la région,
tout d'abord la ville la plus proche, Clamecy, situé à deux kilomètres du gîte.
La première impression fut celle d'une ville qui semble figée dans le temps,
totalement éteinte, aux rues désertes, aux commerces sinistrés. Il faut dire
que nous étions un dimanche, et que ce jour dit de repos, est particulièrement
respecté en dehors des grandes métropoles et des lieux très touristiques.
{Clamecy, beaucoup de potentiel dans ses ruelles et ses placettes,
mais un sentiment d'abandon, malgré tout...}
Ce qui n'est évidemment pas le cas de Vézelay, cette petite merveille
juchée sur sa colline éternelle, étape mythique des chemins de Compostelle.
{la remarquable association des Chats libres de Vézelay vient en aide d'une façon intelligente
et constructive aux petits félins de la cité : Clamecy devrait en prendre de la graine !}
Labellisée "ville sanctuaire" par la présence de sa remarquable basilique
Sainte Marie-Madeleine, c'est aussi un joli repère de brocantes, d'artisanat,
de maisons renaissance et de petites cours qui se dévoilent au fil de la montée
de l'artère principale. Vézelay, c'est mon Giverny bourguignon, j'y reviens avec
le même plaisir à chaque fois, il y a forcément un détail qui m'aura échappé
et qui me servira de prétexte pour y revenir, à l'infini.
{la basilique Sainte Marie-Madeleine, un des plus beaux édifices d'art roman;
un drôle de tricot géant sert d'enseigne pour cette boutique de laines et d'artisanat}
Il faut reconnaître que la météo fut un peu chafouine les deux premiers jours,
peu propice aux ébats dans la piscine privée du gîte. Quoi de mieux pour
se réchauffer qu'une balade le long des rives du canal du Nivernais ? On croise
peu de monde sur le chemin de halage, un ou deux cyclistes, la factrice
qui fait sa tournée, et le silence, absolu... Puis, au fur et à mesure où l'on
s'approche de Clamecy, la rumeur de la ville, quelques vrombissements,
des éclats de voix, la vie ordinaire qui reprend ses droits.
{Le canal du Nivernais, long de 174km, facilitait le flottage du bois issu de la région, vers Paris}
Les projets de visites, trop nombreux, nourris par les innombrables dépliants
glanés dans les offices de tourisme, ne tenaient pas compte du plaisir que nous
aurions de musarder à la maison. Les sorties furent donc moins abondantes que prévu.
Avallon, cependant, méritait le détour. Perle du Morvan ceinte de remparts
d'où la vue plonge sur d'admirables jardins en terrasses, cette ville un peu secrète
recèle de véritables trésors comme la collégiale Saint Lazare, la maison des Sires
de Domecy ou la Tour de l'Horloge.
{le jardin de la mairie, où les plantes s'en donnent à cœur joie : un banc, une fontaine,
des pommiers grimpant en espaliers, on y resterait bien, le temps de lire
quelques pages d'un roman de Colette}
Les rues invitant à la flânerie, on entre à pas de loup sous un porche,
et juste derrière les bâtiments municipaux, on découvre un adorable jardin clos
comme le patio d'un riad, avec sa fontaine et ses massifs odorants
en cette belle fin de journée.
De mes aventures bourguignonnes, j'ai encore des choses à vous dire.
Une maison d'écrivain, un beau village, des petites chines...
Si vous le voulez bien, dans un prochain billet !
































