Regain
Pour ne pas trop me faire oublier, mais surtout pour renouer avec nos échanges à mes yeux si précieux, je publie aujourd'hui façon méli-mélo quelques arrêts sur image de ces choses de la vie qui construisent le quotidien. Appelons cela broutilles ou brimborions, petits riens ou modestie de l'ordinaire, mais face aux saccages, aux chaos et aux révolutions, s'y arrêter est peut-être nécessaire.
{semis de fleurs "Liberty" pour vêtir une petite Aria venant de s'ouvrir au monde; Marou, cette merveille couleur de feu sera rendue à son futur propriétaire, après quelques jours de soin chez moi; la colombe de Pâques, une tradition italienne que j'ai introduite dans la famille au même titre que le panettone de Noël; le bouquet avait rendu l'âme, ne restait que la petite renoncule, dans un pot de confiture ancien}
On pourrait tout résumer par ces mots d'un inventaire dit "à la Prévert" : Une naissance, des chats, une colombe, des livres évidemment, des fleurs en pagaille et des projets imminents de route vers le soleil.
{Exposition annuelle : "Jardin, Jardins" au Bois de Boulogne}
Chaque année au printemps, les salons consacrés au renouveau de la nature fleurissent, c'est le cas de le dire, un peu partout en France. A Paris bien sûr c'est un peu plus compliqué, il faut de l'espace, et le challenge s'annonce difficile. Cette exposition baptisée "Jardin, jardins" qui se tenait jusqu'ici aux Tuileries, a été déplacée au Bois de Boulogne. On pouvait supposer quelle bonne idée, les apprentis Baraton vont pouvoir s'en donner à cœur joie. Flop total. Stands bâclés, fausses idées, assemblages végétaux incohérents, gadoue et outils de jardinage hors de prix.
{azalées tyrien et roses nacrées dans le jardin maternel, boostées par le mariage idéal du soleil et de la pluie}
Le lendemain de cette frustration, je descendais voir ma mère, et redécouvrais, ébluie, son jardin sans esbrouffe. Et il m'a semblé tout simplement merveilleux de spontanéité, de fraicheur et de naturel.
{Jardin de ma mère : entrée gratuite, ouvert toute l'année...}
Ce jardin, c'est celui de mon enfance et de mon adolescence. Je n'y ai jamais pris garde. Les arbres ont poussé aussi rapidement semble-t-il que le haricot magique de Jack, le potager a pris sa retraite en même temps que le jardinier en 2021, les fleurs et les buissons ont envahi les espaces vacants, les chats de hasard viennent s'y rouler, un œil sur les bols garnis chaque jour sur le pas de porte. Ma seule contribution à son entretien est le nettoyage de la chaise longue pour les pauses lectures à l'ombre du gigantesque érable. C'est devenu un écosystème merveilleux. Ça pépie, ça roucoule, ça gazouille. Les écureuils se partagent les graines de tournesol avec les merles et les mésanges. Mon appli Birdnet m'a même permis d'identifier un superbe pic épeiche !
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{J'ai supplié ma mère de ne pas se débarrasser de ce chaudron percé, ni de cet arrosoir sans bec !}
La fête des mères est une tradition que nous avons toujours respectée ici. Elle s'est éteinte avec ma descendance. Il parait que c'est fréquent chez cette génération. C'est comme cela.
Pour la mienne, eau de toilette, lecture, chocolats, crème au beurre de karité pour sa peau devenue si fine, et nouvelle table de jardin pour les repas d'été.
J'essaie de me calmer sur la lecture, et le sevrage est difficile. Tout n'est pas matière à exultation, mais quel bonheur de tomber sur ce qui rend tout à coup heureux, ou paisible, ou rêveur, ou indigné, ce qui fait vivre en somme.
L'association Hélène Gestern + chat ne pouvait que m'attirer. La première m'a totalement conquise avec son "555" et son "Cézembre", le second, de près ou de loin, a toujours fait partie de mon univers. Ce petit recueil raconte, dans une prose pleine de sensibilité contenue, 10 ans d'amour fou pour Mimi, sa chatte persane.
Marie Sizun est une autrice prodigue, et c'est tant mieux. J'en suis à mon troisième roman de sa plume, et beaucoup d'autres m'attendent encore. Cette perspective me comble. "10, Villa Gagliardini" c'est l'adresse de son enfance, un de ces modestes immeubles de brique rouge qui cernent les boulevards des Maréchaux parisiens. C'est aussi l'histoire d'une mère, d'une fratrie, d'un apprentissage précoce de la vie, d'une prise de conscience des inégalités, donc de l'injustice. Je voulais freiner ma lecture, mais l'ai dévorée en une soirée.
{Marou, ma petite merveille}
Les belles rencontres n'étant pas propres aux espèces d'une même race, le hasard qui mit sur ma route ce tout-petit au pelage flamboyant a été bien inspiré. Les oreilles affutées comme celles d'un fennec, la queue touffue, il a tout du renardeau. Un renardeau terriblement affectueux mais qu'il faut traquer pour prévenir toute bêtise propre à son âge. Ah, et je fais aussi cat-sitter, en cas de besoin, gracieusement cela va sans dire, pour mon plus grand plaisir.
{Pirouette, Rio, Marou, ou l'extase des félins}
Je boucle cet article en même temps que ma valise pour un quelque part plutôt au sud. Je vous en reparlerai.