Paréidolie
On cherche un mot dans le dictionnaire pour en vérifier l'orthographe, un simple
mot qui commende par un P, et voici qu'on en découvre un autre. Paréidolie.
Voir un cœur dans un nuage, un nuage dans un caillou, une fleur dans un oiseau,
une dentelle dans un ressac, un visage dans une ramure... A ce phénomène poétique,
qui porte le doux nom de paréidolie, il semblerait que tout le monde adhère,
consciemment ou non. J'ai en mémoire le rocher dit "à tête de lion", sur la plage de
Saint-Marc, celle là même où a été tourné le film "Les vacances de Monsieur Hulot".
Moi je lui trouvais plutôt un faux air de gorille, mais ce qui est bien en paréidolie,
c'est que chacun est libre de voir et surtout de penser ce qu'il veut. A méditer.
{quelques Pierre de Ronsard, quelques Leonardo Da Vinci, ont fait le voyage pour colorer l'appartement
citadin}
Les roses du jardin maternel ne recèlent aucun ambiguïté : roses elles sont, roses
elles demeurent, leur beauté absolue ne tolérant pas d'interprétation oiseuse. Les
derniers beaux jours d'avril ont fait exploser les parterres d'iris, d'azalées et
de muguet au point que le premier mai venu, nulle clochette sur la table familiale,
mais des roses en pagaïe, des ourlées, des perlées, des feuilletées, des pointues
et des joufflues.
{derrière le cabanon fraîchement repeint, fouillis fouilla de verdures en attente de discipline, enfin
juste un peu...}
{cuisine simple entre filles, entre sœurs : bonnottes ail et romarin, tarte aux fraises, quiche Boursin
et courgettes}
Ici, malgré la charge mentale, on apprécie le confort d'une très grande maison, avec
une vraie cuisine qui donne envie de se nourrir. Les petites bonnottes de Noirmoutier
seront rôties avec ail et romarin du jardin, et les gariguettes feront leur farandole
sur un biscuit breton recouvert de mascarpone. On prend bien soin de garder une petite
faim pour les macarons de Pierre Hermé, au moment du café.
Quand début avril il ne fut pas question de se découvrir d'un fil, la lecture a réchauffé
les esprits. Entre autres, le si attendu "Finistère" d'Anne Berest, dont j'avais tant
aimé "La carte postale". L'autrice s'intéresse cette fois à l'histoire de son père,
Pierre Berest, petit-fils du fondateur de la première coopérative bretonne, fils d'un
professeur de lettres classiques, lui-même brillant mais taiseux mathématicien. En
pleine promotion de son roman qui racontait l'épopée de la branche maternelle de la
famille, Anne Berest apprend sa maladie, et comme une évidence, lui vient l'urgence
de s'atteler à son histoire. Son style est lumineux, simple, harmonieux, sincère, sa
façon de décrire l'intime sans voyeurisme, nous entraîne à pas prudents dans la confidence.
Comme j'aurais aimé en faire autant vis à vis de mon propre père ! Même sans que cela
soit publié, juste pour fondre sa vie dans mes mots. Ne jamais remettre l'essentiel au
lendemain. J'ai adoré Finistère.
{deux romans, deux vies : Kolkhoze et Finistère; je réserve les "Petits voyages en France" pour ma
prochaine escapade, et je vous dirai}
Confidences pour confidences, voici un auteur qui n'en est pas avare : Emmanuel Carrère
se raconte pratiquement dans tous ses opus. Mais son talent narratif l'emporte sur son
nombrilisme, et avec "Kolkhoze", nous voici plongés, après un grand écart ouest-est,
dans la saga extraordinaire de la famille Zourabichvili, nom de naissance d'Hélène
Carrère d'Encausse, la propre mère de l'écrivain. Si le portrait qu'il fait d'elle ne
m'a pas surprise - une femme certes flamboyante, mais dure, sans concessions, parfois
injuste, j'ai en revanche été très émue par celui du père, ce Louis Carrère discret
et ébloui, qui ne survivra à son épouse que quelques mois, comme une fleur se couche
dès qu'on lui ôte son tuteur.
{les 100 ans d'Art Déco au Musée des Arts Décoratifs à Paris}
Avril me vit encore arpenter les salles de musées, avant d'aborder enfin cette période
si jolie, mai et juin, où le printemps bien installé cède peu à peu le terrain à l'été
naissant, période pendant laquelle j'espère me consacrer aux joies du grand air. Le
Musée des Arts Décoratifs fêtait les 100 de l'Art Déco, ce style un peu provocant, un
brin sophistiqué, qui bouleversa par son modernisme visionnaire tous les principes
architecturaux et vestimentaires peu de temps après le premier conflit mondial. On peut
rêver de boire le thé dans un salon estampillé André Groult, vêtue d'une robe fluide
signée Madeleine Vionnet. Mais le clou de l'exposition, ce sont évidemment les maquettes
du futur Orient-Express ainsi que la reconstitution de l'ancien train "Etoile du nord".
Installées sous la Grande Nef, baignant dans une lumière aux nuances allant du miel au
thé léger, elles ont offert aux visiteurs éblouis le plus beau voyage immobile.