L'ouverture
Les portes s'ouvrent une à une. On pénètre à nouveau dans la vraie vie,
celle d'avant, avec précaution, pas si rassurés finalement, frileux
comme pour un premier bain de mer après des mois d'abstinence.



{un aperçu des jolies scénographies du BHV; roses de jardin "Diane de Poitiers" venant du jardin maternel; Berlingot le chat, toujours en pleine action}
Pas assez folle pour rejoindre le bataillon des assoiffés de 18h en terrasse,
j'ai commencé par quelques pas prudents à l'heure d'ouverture de mon Grand
Magasin Préféré*, qui développe régulièrement des thèmes - ici, le jardin,
comme c'est original- sublimés par des scénographies bourrées de poésie.
*le BHV
{bouquet de mai}
Si le joli mois de mai fut exécrable côté ciel, il nous accorda cependant
une faveur à son terme, afin que côté cœur nous puissions trouver une
consolation : les mères pour leur fête ont eu droit à un soleil magistral!
{Les très raffinés cadres fleuris de chez Herbarium; mes pivoines en fin de vie accompagnent
la carte sélectionnée pour la fête des mères - la mienne adore Renoir}
Et côté culture, que se passe-t-il ? Voilà qu'elles s'ouvrent à double battant,
les portes de ces musées qui commençaient à éternuer dans leur poussière
pandémique, voilà qu'elles nous invitent à les franchir en multipliant
les tentations ! Marmottan, Petit Palais, Vie Romantique, Orsay, Galliera,
Arts Décoratifs, Carnavalet, Bourse du Commerce, Cernuschi...
Le tournis me gagne. Mais par quoi commencer ?
Ce sera celui du Luxembourg, pour le plaisir de la balade de l'après :
rien de plus désagréable que de se retrouver confrontés aux fracas urbains
après avoir goûté quelques fragments de beauté. Ici au moins, le célèbre
jardin attenant constituera une douce transition.
Le musée met actuellement en avant les femmes peintres, de la Révolution
à la fin du Premier Empire, celles qui, dans le sillage d'Elisabeth
Vigée-Lebrun, portraitiste officielle de la reine Marie-Antoinette,
ont combattu ardemment pour faire reconnaître leur légitimité et
leur talent, dans ce cercle artistique, comme beaucoup d'autres d'ailleurs,
exclusivement réservé aux hommes. Faire une esquisse de nu dans un
atelier leur était formellement interdit car contraire aux bonnes mœurs.
Tandis que ces messieurs...
{la tradition des cartes postales...une façon de prolonger le plaisir et de le partager avec ceux qui sont trop loin; magnifique "jeune fille à genoux" par Aimée Brune-Pagès}
C'est sans doute grâce à elles que, quelques décennies plus tard, purent se révéler
Berthe Morizot, Mary Cassatt, Suzanne Valadon, Marie Laurencin, et tant d'autres.
Après un passage obligé à la boutique pour l'achat de quelques jolies cartes,
et la légère frustration de ne pas trouver de place au salon de thé Angelina,
j'ai emprunté cette fameuse rue Férou, discrète et presque clandestine,
pour retrouver les vers exaltés du Bateau Ivre, calligraphiés dans la pierre.
{l'intégralité du Bateau Ivre rue Férou; place Saint Sulpice, une fontaine Wallace
qui aurait bien besoin d'être...rafraîchie}
Ces concepts d'utilisation de la rue pour offrir aux regards des passants un peu
de lumière et d'érudition ne sont pas nouveaux, mais les initiatives se multiplient,
déjouant ainsi les pièges du confinement, telle celle consacrée aux protagonistes
d'un mouvement révolutionnaire dont on commémore, avec tout le respect et
la reconnaissance qui lui sont dus, le 150e anniversaire.
{croqués par le talentueux dessinateur Dugudus, quelques personnages parmi les 50 représentés
le long des grilles des Buttes Chaumont}
Alors vite, avant qu'elle ne rapatrie ses glorieux personnages accrochés sur
les grilles du parc des Buttes Chaumont, profiter des derniers jours de
"Nous la Commune". Et se passionner à nouveau pour ce moment clé de
l'histoire de notre pays, au travers de ces insurgés, qui en furent
les acteurs tout à la fois ordinaires et extraordinaires.
{guignol n'a pas encore tout assimilé côté déconfinement;
toutes les communes ont une rue Edouard Vaillant : mais que savait-on de lui ?}
Tenter une incursion à l'intérieur du dit parc, et rebrousser rapidement
chemin pour cause de foule déchaînée, d'enfants surexcités, de parents débordés,
réactions somme toute légitimes après tant de privations. Même le Guignol
Anatole, effrayé, avait gardé ses volets clos.
{à l'accueil dès l'entrée du parc de Saint Jean de Beauregard, un bataillon d'objets en zinc, dont certains surdimensionnés !}
Pour faire vraiment le plein de nature, les remarquables Fêtes des Plantes
nous proposent à nouveau de nous en enivrer en foulant les parcs des châteaux.
On s'amuse de voir ces jardiniers confirmés, ou en herbe -sans jeux de mots-
équipés pour la circonstance de brouettes chargées de bulbes, rhizomes,
boutures et petites graines magiques, rêver leur futur paradis.



{cette année, les iris sont en folie ! toutes les couleurs, tous les panachages sont permis}
Ce n'est bien sûr pour moi qu'un prétexte à sortir de mon environnement bétonné,
admirant ici et là ces offrandes fragiles, ces promesses de la nature,
ces fragiles merveilles devant lesquelles je m'incline et dont j'accepte
toutes les couleurs possibles, car dans la nature, même le violet et le jaune
me semblent tolérables.



{que j'aime ces verts uniques, sauge, céladon ou feuille d'olivier comme on veut, que l'on retrouve dans la nature ou dans la patine du temps sur les murs et les portes des communs du château !}
A Saint Jean de Beauregard, l'écrin est aussi somptueux que son contenu.
Désertant pour un temps les allées fourmillantes après un déjeuner de salades
et de premières cerises au bord du lac, redécouvrir les communs du château,
l'ancien pigeonnier, les écuries transformées en ateliers créatifs, complète
joliment les bienfaits de cette journée.
{tandis que les têtes bien rondes des alliums se mêlent aux jupons retroussés des iris, les pivoines officinales sont très prisées des insectes butineurs}
Je ne saurai vous énumérer les noms communs ou latins des merveilles
qui se sont offertes à nos yeux ce jour-là. Le simple plaisir
de la contemplation, en rêvant d'un jardin qui n'existe que
dans mon imagination -c'est plus simple à entretenir-
fut suffisant pour me combler.
Très beau mois de juin à toutes et tous !





























