Vers les beaux jours
D'aucuns qualifieront ce village de Disneyland de l'impressionnisme,
mais qu'importe. Giverny reste pour moi éternellement attractif,
puisque je peux me permettre d'y aller en semaine, et c'est
un petit luxe, je l'avoue, à contre-courant des grands
flux migratoires estivaux.
{bords de route ourlés de pavots d'un rose peu ordinaire et buissons d'azalées du jardin de Monet;
au musée des impressionnismes, j'ai été subjuguée par ce portrait d'Albert Bartholomé
intitulé Dans la serre; je n'ai hélas pas noté les références des deux autres tableaux,
dommage pour cette dame en rose et son majestueux chien ...}
Ici, habituellement, et c'est le cas de tout ce qui fait la richesse
de notre patrimoine, qu'il soit historique, artistique ou architectural,
les autocars déversent journellement leurs milliers de visiteurs
fébriles et impatients de confronter leurs rêves et la réalité.
Autant prendre le bon côté des choses, Covid oblige, la foule des grands
jours n'était pas au rendez-vous ce lundi-là.
Vus et revus, archi-revus, certes, la maison aux volets vert acide,
les arceaux du jardin, le bassin aux nymphéas, le pont japonais, sans
parler de la cuisine bleuet et de la salle à manger citron, pour l'époque
si audacieuses et novatrices (petit reportage ICI)
... Mais ce jardin ! Un jardin à chuchotis, à pas feutrés, d'ailleurs les quelques
visiteurs fort discrets, de crainte de rompre un charme si parfait,
se croisaient en un ballet silencieux, échangeant parfois des regards
et des sourires de connivence.
{Marie Bracquemond : thé de l'après-midi}
Le musée des Impressionnismes, second point fort du village, proposait une
exposition au titre très alléchant de "Côté jardin, De Monet à Bonnard".
Dans une fraîcheur bienfaisante, au fil des pièces en clair-obscur,
on découvre un subtil accrochage mêlant nabis, pointillistes et
impressionnistes, associés dans une joyeuse sarabande de pigments,
des plus diaphanes aux plus intenses.
{Edouard Vuillard : les enfants au jardin}
Ils voisinent sans complexes avec Sérusier, Tissot, Caillebotte, Renoir et Monet...
Ils m'étaient inconnus jusque là, mais j'avoue avoir eu un vrai coup de coeur
pour Marie Bracquemond, Albert Bartholomé et Henri Martin.
Pour les admirer à votre tour, L'exposition dure jusqu'au 1er novembre.
{Monet : Jardins en fleurs à Sainte Adresse}
J'ai volontairement mélangé sur ce billet photos et tableaux, pour bien montrer
à quel point ce village est une œuvre impressionniste à elle seule. Car ici
on ne se contente pas d'admirer les oeuvres, on est réellement dedans !

{versions naïves de la cuisine bleue et la salle à manger jaune}
Les beaux jours sont enfin revenus, parfois de façon un peu trop intense
- on ne cesse de rechercher la perfection en tout - et c'est le moment
pour moi de piquer droit vers le sud, de retrouver le jardin désordonné,
la maison fraîche, le rire des mouettes, les promenades au (très)
petit matin (5h à peu près)sur le port endormi, les siestes et,
le soir venu, la sensualité d'un verre de vin de Provence embué de rosée.
J'emporte beaucoup trop de choses dans mes bagages, comme d'habitude,
des choses dont je ne me servirai sans doute pas, mais de nature angoissée,
je crains toujours un manque quelque part. En tous cas jamais sans mes livres,
entre autres celui-ci, dont l'auteure, Véronique de Bure, m'avait-
et vous aussi je crois- tellement émue avec son clafoutis de tomates cerises.
A très bientôt, à mon retour !





















