Falling leaves
Que restera-t-il de novembre cette année ? D'instinct, peut-être une envie de se pelotonner en ronronnant dans les bras ouatés de la brume des jours rétrécis. A moins que ce spleen si particulier aux saisons qui se meurent ne nous afflige. Tout est question de contexte et d'état d'esprit sans doute.
{Le monde de Perrine Tripier, jeune auteure dont j'avais adoré le premier opus intitulé "Les guerres précieuses" est très particulier, voire étrange; d'ailleurs l'intrigue de "Conque" est aussi énigmatique que son titre... Pour accompagner, quelques sablés de la vénérable maison Olibet, ou petits choux gourmands priochés chez Popelini}
De la tristesse et de la peine, de la révolte et de la détresse, nous avons notre compte dès que sont allumés ces appareils nous reliant au monde, dès que l'on fait les premiers pas du matin dans la rue et qu'on découvre les gros titres au kiosque juste en bas. On n'ignore rien de tout cela, on tente de faire sa part du colibri, mais pour rester debout, on ne s'empêche pas, et on y va à fond sur les clichés d'automne : thé fumant, gourmandises, lectures, tricot et grappillages innocents de marrons, glands, feuilles dorées ou incarnat, tout ce que nos mains roidies de froid peuvent attraper sans nuire.
{Les araignées, inégalables dentellières; Pirouette à l'affut, terrible mais si adorable prédatrice, pourrait être une des muses de Bruno Liljfors (voir article plus bas)
Pour rompre la monotonie urbaine, il fallait bien un détour par le village breton où la famille célèbre ses morts, qui frissonnait un peu ce jour-là. Mais les galettes étaient généreuses et le cidre réconfortant à l'auberge où l'on a (presque) son rond de serviette.
{Rochefort en terre, le retour aux racines, aux souvenirs, à ce pays d'enfance dont on ne se défait jamais vraiment}
Profiter du séjour d'une amie chez soi pour aller admirer les créations de ces jeunes femmes dont l'imagination et le talent ne semblent pas avoir de limites. Le salon "Kids etc" nous entraîne dans une ronde enfantine qui nous émeut par sa grâce et sa nostalgie, tout en offrant des idées pour glisser quelques paquets mignons sous le sapin.
{Au salon Kids etc, un univers enfantin, de très jolies choses, mais aucune n'est estampillée "made in payslointain", car ce sont de vraies créations artisanales, dont beaucoup de pièces uniques; mes petites-filles ont hélas dépassé l'âge des contes et des doudous... Pas moi!}
Loin des gentils renards stylisés, l'exposition consacrée au peintre suédois Bruno Liljfors nous transporte dans un monde ô combien plus réaliste, et fatalement cruel.
{Extraits de quelques œuvres de Bruno Liljfors, où faune et flore sont omniprésents; rares portraits, dont celui de sa seconde épouse, Anna, au visage grave; la gent féline en revanche, a toute son attention : "le chat est probablement l'animal auquel je voue la plus grande sympathie. Il représente le mieux cet équilibre du corps et de l'esprit qui caractérise si bien l'animal sauvage" }
Le Petit Palais, de loin un des plus beaux endroits qui soient à Paris, organise régulièrement des accrochages très pointus. Après Carl Larsson et Anders Zorn, voici la trilogie suédoise complète avec ce peintre animalier, plus confidentiel, et l'on se demande pourquoi! Ma sensibilité naturelle vis à vis du monde animal a été quelque peu chahutée, car Liljfors peint la nature telle qu'elle peut être, féroce et impitoyable, grandiose, souveraine. Il restitue avec une finesse et une méticulosité rare la beauté absolue de la faune sauvage, le détail des plumes, poils, duvets, à coups de pinceaux balayés, griffant la toile. Fascinant.
{grives au nid et lièvre en hiver}
J'achève ce post, installée devant la fenêtre par laquelle s'offre le paysage insolite et soudain d'une chute de neige. Elle ne tient pas au sol, comme le sucre glace lorsqu'on le saupoudre sur un gâteau encore tiède. Je trouve cela très joli, infiniment apaisant puisque j'ai le choix de rester chez moi.
{La traditionnelle rédaction des cartes pour transmettre et partager avec ceux qui sont loin un peu de l'émotion ressentie; mes billets de blog édités : je poursuis leur confection année par année}