Pique-nique chez Gustave
J'en avais tellement entendu parler dans les medias,
j'en avais recueilli tant de témoignages de collègues et d'amis,
que je craignais que l'on ne m'ait survendu l'affaire...
Craintes dissipées, la propriété Caillebotte à Yerres,
est un vrai petit bijou de nature, à la fois libre et maîtrisée, où j'ai
pu, en bonne compagnie, m'adonner aux délices d'une partie de campagne
que n'aurait pas reniée Edouard Manet, ni Gustave lui-même.
Notre petit Gustave avait 12 ans lorsque Papa Caillebotte, richissime négociant,
acquiert cette belle propriété, ancien fief de la famille Budé,
Seigneurs de la ville d'Yerres. Il en redessine les jardins, y fait bâtir
de nouveaux édifices : une volière, un lavoir, une chapelle, une glacière.
Gustave Caillebotte s'y épanouira, loin de Paris et des titanesques travaux
du Baron Haussmann, en s'adonnant avec un égal plaisir aux joies du nautisme,
de l'horticulture, de la philatélie... Et de la peinture naturellement.
Plusieurs bâtiments composent l'ensemble de la propriété :
Le "Casin", qui constitue l'habitation principale,
superbe meringue éclatante de blancheur, au style italien très marqué,
la "Ferme ornée" {ainsi nommait-on autrefois les bâtiments
agricoles utilitaires}, qui abrite actuellement
l'exposition temporaire des oeuvres yerroises de l'artiste,
l'Orangerie, de style néo-classique,
où l'on peut se régaler de petites salades et de macarons gourmands,
le Chalet suisse,à l'intérieur duquel le Chef Philippe Detourbe
a ouvert son restaurant gastronomique Le Chalet du Parc,
et surtout, surtout, ce que j'ai adoré par-dessus tout, le potager...
Tenu par des jardiniers yerrois bénévoles, il s'ouvre dans un
créneau horaire précis, et vous pourrez même y glaner des conseils
chaque samedi matin, car ce lieu a une vocation pédagogique.
Le fait de passer le porche vous transporte dans un tableau du Maître.
Tout y est : les rangs de salades, les melons sous cloche,
les poires joliment emballées dans des pochettes de kraft,
les buissons de groseilles, de framboises, les tipis où s'enlacent
les tiges des haricots, les étiquettes bilingues {français-latin},
les arrosoirs un peu amochés en vrai zinc, bref, on est chez Gustave,
mais aussi chez ma grand-mère, chez la vôtre aussi,
mais pourquoi pas chez une voisine, une cousine...
On a toutes un jardin en mémoire, et c'est sans doute cette nostalgie
qui fait qu'on en rêve, et si le rêve est devenu réalité,
qu'on ne se lassera jamais de l'odeur des roses le soir,
ni de celle de la rosée du matin.
La propriété sera vendue à la mort du père, et Gustave Caillebotte,
fou de bateaux et de régates, ira s'installer au Petit-Gennevilliers,
en bord de Seine, autre source d'inspiration pour son oeuvre
qui ne compte pas moins de 500 tableaux.
Riche héritier, mais d'une grande humilité, Gustave Caillebotte
sera aussi un extraordinaire mécène à l'égard de ses
brillants contemporains, Monet, Sisley, Renoir, Pissaro...

Si par un beau dimanche vous souhaitez vous rendre à la propriété Caillebotte,
je ne saurais trop vous conseiller d'y aller dès le matin,
en ayant pris soin de réserver auparavant vos billets sur Internet,
d'emporter votre pique-nique, une nappe de lin blanc,
et un chapeau de paille blonde, de vous installer sur une des innombrables
et si confortables chaises Fermob avec un livre de Maupassant, de regarder
le cycle du soleil sur la canopée puis de fermer les yeux en écoutant
au loin les cris des enfants et le rire des oiseaux.
Aussi important que les jolis jardins, se mobiliser pour ça !

































