Message personnel
Ce billet bleu est dédié à ma mère.
Mais vous pouvez le lire aussi naturellement...
Vouloir revoir la ville où l'on s'est mariée,
où l'on a débuté jeune enseignante sortie de l'Ecole Normale,
où l'on a appris à être adulte...
Les rues de la bourgade assoupie sont désertes en ce dimanche d'août.
On pense à un décor un peu vieillot de téléfilm du samedi soir...
Les coins de rideaux semblent se soulever sur notre passage,
mais ce n'est qu'une idée, bien sûr.
Tiens ! Un gîte à louer, qui semble bien joli.
Les choses ont-elles tellement changé ?
Maman retrouve des indices, raconte des anecdotes.
Nous pénétrons dans l'église Saint Louis, de style néo-byzantin,
sur ce chemin même qui la conduisit il y a plus d'un demi-siècle
à l'autel au bras de mon grand-père.
Au détour d'une rue, insolites, des taches de couleurs vives
réveillent le bleu ambiant.
Un petit air de Trentemoult, parfois, dans la déco très personnelle...
Et puis voici l'Estuaire.
Mon père pendant son service militaire, était marin sur l'Ancre,
basé de l'autre côté, à Saint-Nazaire. Le jour où son bateau a quitté le port,
ma mère a emmené tous ses élèves sur le quai pour le voir passer.
Les minots de 3 ans ont alors applaudi le cargo du mari
de l'institutrice comme un convoi royal.
La nostalgie épuise.
Tout à coup la sensation du jamais plus se fait de plus en plus présente
et l'on aspire très vite à autre chose, une décor nouveau,
qui ne vous rappellerait rien, surtout pas ces 20 ans,
qui furent si légers à vivre, et si pesants à évoquer.
En ce temps-là la vie était plus belle,
et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui.
Jacques Prévert
(extrait de Les feuilles mortes, BO du film "Les portes de la nuit")



























