L'anti-voyage
Le Voyage à Nantes, qui fête cette année ses 6 ans, semble
être devenu une institution. Les vacanciers, les promeneurs
occasionnels, toujours bienvenus dans cette capitale régionale
si longtemps repliée sur elle-même, imprègnent les rues,
l'été venu, d'un enthousiasme contagieux, de gourmandise émue
devant leur première crêpe salée, d'allègre indifférence
à se tordre les chevilles sur les pavés des ruelles.


{quai de Turenne; jardin; rue Mathelin Rodier}
Les Nantais pur petit-beurre, en revanche, ceux de la génération des usines LU
avant qu'elles ne deviennent le Lieu Unique, du Jacquot de Nantes,
des magasins Decré , du cinéma Le Club, des Farces et Attrapes
Hidalgo et de la librairie Beaufreton du Passage Pommeraye,
n'ont sans doute pas le même regard.


{passage Pommeraye; jardin; street art}
Ma mère est de ceux-là. N'ayant jamais quitté sa ville natale
que pour quelques évasions au soleil, elle en conserve le souvenir d'un Nantes
sans art urbain, sans éléphant articulé, sans arbre à baskets,
anneaux de Buren, drôles d'oiseaux signés Claude Ponti ni pas de côté...

{roses trémières en plein centre ville ! panier de succulentes au jardin}
Loin de moi l'idée de critiquer la très inventive et très extravagante
initiative de Jean Blaise, fondateur du projet, mais vous savez
peut-être ce que c'est, la nostalgie... Le désarroi de ne plus
retrouver les choses comme elles étaient "avant". Car si "avant"
n'était sans doute pas mieux ni meilleur,
rien ne peut s'opposer à la force de la mémoire de sa jeunesse.
Ce petit pincement, ce doux spleen n'est-il pas inévitable lorsque l'on
marche sur les pas de son enfance ?
A moins que la mémoire n'édulcore l'ombre des souvenirs...
A trop regarder par-dessus son épaule,
ne risque-t'on pas de trébucher ?
{le très typique... Et atypique village de Trentemoult, que l'on rejoint des quais de Nantes
par navette fluviale en quelques minutes, tout en se moquant des modes,
est devenu incontournable dans le parcours des visites de la ville}
Sans lien évident, et parce que vivre le présent est finalement
ce que l'on fait de plus enrichissant, une belle surprise m'attendait,
débarquant de Paris par un plein après-midi gorgé de soleil,
dans la grande maison nantaise aux volets à demi fermés :
une petite famille bien remuante, composée d'une jolie chatte
allaitante, prénommée Marie-Mercredi, et de ses quatre
tout-petits, que des voisins avaient confiés
à ma mère, le temps de leurs vacances.
Quatre petites boules pataudes et pleines de vie, difficiles à capturer et que
je poursuis au fil des pièces avec mon smartphone. Je récupère la plupart du temps
une oreille, une patte floue, un bout de queue minuscule en forme de pinceau...
Bon, les voici tous les quatre réunis, enfin presque.
Pour le calendrier des Postes, on repassera...
Là, c'est carrément la débandade...
Ces quatre-là, c'était du bonheur à l'état pur, un adoucissement de la peine
d'avoir perdu le jour-même une petite Lilou, chatte noire au caractère
bien trempé certes, mais si belle dans son exubérante robe angora.
{Marie-Mercredi, la maman; Opale, Oria, Olympe et Maurice}
Marie-Mercredi est une bonne maman, attentive et douce. Elle a été trouvée
dans la rue, encore enceinte, par les enfants d'une famille où l'on adore
les animaux, et passe une heureuse villégiature dans une autre famille,
où on les aime tout autant.
L'été est souvent meurtrier pour les chiens et les chats.
Ils deviennent encombrants, voyez-vous...














