Sauvage
Elle était si nécessaire, cette pluie, que j'aurais quelques
scrupules à m'en plaindre. Mais qu'elle se mette à tomber pile-poil,
après un été sous le soleil, sur ma semaine de vacances en Cotentin,
me donne en revanche le droit de râler (un peu).



{Barfleur : port et portes ; la chapelle Notre Dame de Lourdes à Sainte Geneviève;
le superbe pavage de l'église Saint Nicolas à Barfleur; le phare de Gatteville}
Depuis mon escapade granvilloise de 2016, je rêvais de la connaîre mieux
cette petite cheminée sur le toit de la France. Ce fut chose faite
en louant, tout près de Barfleur, une adorable maisonnette tout
en granit, aux huisseries blanches, très représentative de l'habitat
d'ici. Située en pleine campagne, près d'un chemin bordé de buissons
de mûres, d'une ferme dotée d'un coq tenor et de chevraux gourmands,





{dans le jardinet du Mont Roty, les hortensias se disputent la vedette avec les palmiers
et la lavande; les bottes, accesssoires in-dis-pen-sa-bles, profitent
d'un rayon de soleil avant de repartir à l'assaut; Chocolat et Caramel, les deux adorables chevraux}
elle fut parfaite et merveilleusement confortable pour nous accueillir
chaque soir après notre périple quotidien.

{je rêve d'une petite maison comme celle-ci !}
La région du Val de Saire recèle une multitude de jolies découvertes :
le phare de Gatteville à la Pointe de Barfleur, Saint Vaast la Hougue d'où
l'on embarque pour l'île de Tatihou, le Fort du Cap Lévi et ses paysages
de bout du monde, l'incroyable panorama que nous offre le village perché
de La Pernelle, et ces dizaines de petites chapelles de marins
perdues en pleine campagne, si émouvantes.


{dans Saint Vaast, on croise au hasard des ruelles de bien jolies maisons;
sur le chemin, buissons de mûres à grapiller, mais la confiture n'est pas loin...}



{Tatihou, un drôle de nom pour un petit bijou d'île à 5 minutes du littoral
par bateau amphibie; la végétation y est extraodinaire, on admire le Fort Vauban,
dont l'austérité est transcandée par les toiles d'une drôle d'araignée aux pattes de fée,
le musée maritime à la scénographie soignée, les jardins entourés de murets de schiste}

{les brebis à tête noire ne se nourrissent que de l'herbe de Tatihou,
et participent au maintien de la biodiversité de l'île}

J'ai eu pour le Fort de Cap Levi un vrai coup de coeur, par son emplacement,
au milieu de nulle part, son panorama, sa végétation insensée. On peut y dormir,
six chambres d'hôtes y sont aménagées. Me lever très tôt (comme toujours),
enfiler le premier pull venu et aller boire mon premier bol de café sur les
contreforts qui surplombent la mer, j'en rêve...
{des villages qui auraient mérité de figurer dans le plus noir des épisodes de la série des Barnaby}
Nos balades sauvages nous ont presque fait oublier qu'il faut parfois
se nourrir afin de conserver ses forces et poursuivre le chemin...
Las ! Passé 14h30, nulle taverne pour accueillir deux estomacs creusés par
le vent du large... On n'est pas à Paris, ici ! ;-) Les timides lumières
du restaurant Ô p'tit crabe, près du phare de Goury, nous sont apparues
telles un mirage en plein désert. Assiette de fromages de la région et tarte
aux pommes composèrent le plus délicieux des repas dans sa grande simplicité !
Un regret : ne pas avoir pris le temps de visiter, non loin de là dans
le village de Gruchy, la maison natale de Jean-François Millet, le "père"
du célèbre Angelus (si vous avez le temps et l'envie, voir mon billet du 8
décembre 2017 dans lequel j'évoque une très belle expo Lilloise à son sujet)
{de jolies mises en scène dans le hameau de Gruchy pour célébrer le peintre Millet}
Une déception : la maison de Jacques Prévert, sise à Omonville la Petite.
On a du mal à imaginer comment ce génial poète et dialoguiste, ayant frayé avec
toute l'Inteligentsia de l'époque, côtoyé pendant si longtemps stars et starlettes,
ait pu se rétirer dans un endroit aussi humble. A l'intérieur, beaucoup de documents
relatifs à son appartenance au Groupe Octobre, mais peu de choses concernant
ces films extraordinaires, conjugaison des 4 talents inégalables que furent
Marcel Carné, Alexandre Trauner, Joseph Kosma et Jacques Prévert. Aucun meuble
non plus, aucun objet personnel, après la décision de la petite-fille du poète
de vider la maison, afin de protester contre l'édification de la statue consacrée
à son grand-père, ce que l'on peut comprendre, tant elle est laide.
{la maison de Jacques Prévert}

{L'interprétation statuaire, représentant Prévert et Trauner, ne m'a pas convaincue}
Dans son jardin comme dans beaucoup d'autres, les hortensias poussent
à profusion. Dans un arbre, une tourterelle qui chantonne me donne envie
de rouvrir Paroles, mon vieux poche tout corné, et d'y relire ce délicieux
Pour faire le portrait d'un oiseau...
{Je me suis précipitée pour prendre ce cliché mais trop tard car les vaches me tournent le dos !
Souvenirs d'enfance où j'allais chercher au pré celles du village de ma grand mère dans le Morbihan}
Et au moment où nous repartions, un troupeau de vaches tachetées, accompagné
d'un personnage à l'aspect intemporel, rentrait d'un pas lent à l'étable.
Ce sera la dernière image, pas la plus belle sans doute mais la plus chargée
en émotions, qui concluera ce premier billet.
Un grand merci à Catherine @cath_jardin_secret pour toutes les bonnes adresses
et les récommandations à la Horsaine que je suis, qui me furent
précieuses pendant ma semaine de découvertes.









