Comme avant
Ma première sortie hors de Paris, je l'ai faite bien après l'autorisation
gouvernementale. Peur de tout, des gens que j'allais croiser, de l'air
que j'allais respirer, des choses que j'allais toucher.
{à Chevreuse, la promenade des Petits Ponts, une jolie découverte;
croisé deux dames aquarellistes, très inspirées, mais que je n'ai pas osé photographier...}
Me raisonnant, j'ai réalisé à quel point cette méfiance n'avait plus beaucoup
de sens. La baroudeuse que je suis ne s'étant pas aventurée plus loin
que Chevreuse, j'ai cependant pu me shooter de cet air encore assez pur
que l'on respire aux portes de Paris. C'était comme une ivresse naissante,
un vertige, une sortie de convalescence. L'enfilade des petits ponts
enjambant cette rivière charmante répondant au doux nom désuet d'Yvette
a suffi, dans un premier temps, à apaiser ma soif de nature.
{Tarte courgettes et burrata; crumble pommes/rhubarbe}
Les quelques tiges d'ombelles prélevées ce jour-là ont orné la table d'un
petit repas entre amis retrouvés. Envie de plats simples, généreux.
Ma nouvelle bible, tant par ses idées que par ses magnifiques photos,
s'appelle Miss Maggie's Kitchen.
{panacotta au coulis de fraises; cerises, en goguette et en gâteau}
Hasard ou saison ? Le rouge pavoise dans la plupart de mes desserts :
clafoutis, charlottes ou panacotta.
Et je maîtrise à présent, les yeux fermés oserais-je dire, la confection
du fameux "croque miam", gâteau de goûter simplissime qui sévit sur Instagram.
Parce qu'il laisse place à l'imagination, qu'on peut le réaliser en 10 minutes,
que Suzanne, 7 ans, pourrait même le faire seule (sauf la mise au four !)
Petite recette ici :
- 2 gros oeufs
- 150 grammes de farine
- 150 grammes de sucre
- 50 grammes de beurre
Ce que vous voulez pour la garniture, poires, pommes, pêches, fruits
rouges, chocolat, pistaches, noisettes, amandées concassées, caramel...
Battre les oeufs et le sucre; incorporer la farine; déposer le
beurre froid en parcelles, sans le mélanger, puis les fruits
ou garniture coupés en morceaux; mettre au four 20 à 25'
{croque miam aux groseilles; pivoines un peu fatiguées}
Ça, c'était la pause goûter. Ce billet n'ayant pas beaucoup de suite
dans les idées, je rebondis sur les quelques images que j'ai vue,
hypnotisée, aux infos d'avant-hier :
le canal Saint Martin le soir de la Fête de la musique...
Comme avant, tout est oublié, les gestes, les précautions,
Les grandes idées, les belles résolutions, la reconnaissance, l'empathie,
la responsabilité, voilà, on fait comme si tout cela n'avait pas existé,
comme si ces milliers de morts n'étaient qu'un fake de plus, comme si
ces gens extraordinaires, envoyés au front avec de pauvres armes,
n'avaient pas, au péril de leur vie et de leur raison, mis toutes
leurs forces dans une bataille menée à l'aveuglette et au gré
des décisions...indécises.
C'est comme avant, et c'est bien ce que l'on redoutait.
Et puis tiens, je vais encore parler de toi car tu occupes tant de place
dans mon esprit que tout me ramène à ton souvenir si récent. Pourquoi es-tu
restée si jolie jusqu'au bout ? Pourquoi la décision d'arrêter ta vie a-t-elle
été si dure ? Je m'entends encore souffler "oui" au regard interrogatif
de la vétérinaire qui t'a suivie pendant tant d'années, et qui me faisait
comprendre à chaque visite de plus en plus rapprochée, qu'il était temps,
que c'était le moment avant une souffrance trop insupportable.
Ce "oui" a scellé ton destin, et le docteur a eu beau me dire, avec toute
la gentillesse et la diplomatie dont elle était capable, que j'avais accompli
un geste d'amour, je continue à me torturer.
{Calice, chatte de qualité, plus mignonne il n'y a pas}
Après-demain, je pars en vacances, les premières sans toi. Me reste
le souvenir de tes miaulements de prostestation dans ta cage de transport
à l'arrière de la voiture, tes premiers pas dans la maison du sud,
fraîche de ses volets clos, tes siestes sous le figuier,
tes envies d'escapade nocturne, attirée par je ne sais quel Romeo local,
tes ronrons sur le boutis rouge, le matin au soleil levant...
Après ce drôle de printemps, que nous réserve l'été ?





















