Villas
Lorsque le ciel dès le matin vous offre son bleu le plus pur, lorsque
en buvant son premier café on aperçoit en levant la tête le ventre
nacré des goëlands et des mouettes au-dessus du jardin, lorsque tout ici
vous incite à ne rien faire tout en faisant beaucoup - sarcler, nettoyer,
tailler, aller au marché, cuisiner, laver deux, trois fois par jour
et étendre le linge au soleil sur une corde avec de vraies pinces à linge,
griffonner des cases sur un vieux carnet de mots croisés encore vierge,
marcher au hasard et découvrir encore des choses nouvelles, quel besoin,
quelle force mystérieuse vous oblige à reprendre la route pour remonter
vers le haut de la carte de France?
{scènes de jardin; cartes à écrire...ou collectionner;
ici les marches des escaliers mènent parfois vers des lieux insoupçonnés}
La réponse est simple. Parce qu'il faut bien reprendre la vie normale,
ordinaire, celle qui vous nourrit et fait d'autant plus apprécier
les délices de celle que l'on vit épisodiquement.
Autant profiter pleinement des instants rares.


{la villa Alice au pied des escaliers qui mènent au Cap; petit fouillis de verdure vu de ma chambre;
la villa Honoré où je réside est une ancienne maison de pêcheurs}
La région (voir mon précédent post) regorge de villas. On trouve sous
ce vocable générique toute maison un peu coquette entourée d'un jardin
immanquablement ceint d'une haie de bougainvillées. Il en existe
de modestes, comme de prestigieuses, et celle des Ephrussi de Rothschild
est sans doute une des plus remarquables.
La Baronne Béatrice de Rothschild, peut-être pour se consoler de sa séparation
avec Maurice Ephrussi, banquier flambeur et joueur impénitent, tomba amoureuse
de la presqu'ile, à l'époque pourtant sauvage et rocailleuse, et y fit
construire,au début du siècle dernier, une villa de style renaissance,
aux coloris très chamallow.
Moyennement séduite par les intérieurs, un peu trop Louis-quelque-chose,
j'ai succombé aux charmes des jardins. J'utilise le pluriel, car on en
dénombre 9 - florentin, espagnol, japonais, lapidaire, exotique, etc -
qui ceignent la villa dans une parfaite et totale harmonie.
La villa a été classée au titre des monuments historiques
et l'ensemble des jardins a reçu le label Jardin Remarquable.




On y musarde lentement, passant d'ombre à soleil, d'hortensias ébourrifés
en succulentes accérées, on chemine le long d'un champ de lavandes, d'un
bassin ourlé de grenadiers, d'une pelouse à la française comme taillée
à la pince à épiler. Et la mer et ses voiliers qui ne sont jamais loin.
{un extrait des délicates peintures du grand salon; les façades rose poudré de la villa;
ce petit meuble porte un joli nom, clin d'œil à Marie, très chère amie virtuelle}
A Cap d'Ail, un peu plus loin sur la côte, une autre villa, les Camelias,
beaucoup plus modeste et confidentielle, se propose de nous dévoiler
deux expositions particulièrement originales, deux surprenantes découvertes.

{lorsque se côtoient poésie et aquarelles }
Celle intitulée "Jardins rêvés, rêves de jardin" met en scène quelques
oeuvres de Cyril Destrade, talentueux aquarelliste (il travaille pour Gien,
Hermès, la chocolaterie Foucher...) parmi lesquels s'insèrent les magnifiques
poèmes de Sabine Péglion. J'avoue n'avoir jamais entendu parler de cette
auteure, et la découvrir dans ces conditions scéniques - textes imprimés sur
des calques rétro-éclairés- fut un moment plein de douceur.
{la villa des Camelias; deux esquisses de Ramiro Arrue}
Autre découverte : le peintre Ramiro Arrue, dont le style se rapproche de
celui de l'Ecole de Pont-Aven, si ce n'est que le monsieur est basque !
Il illustre l'intemporalité de son pays, mettant en scène hommes et femmes
dans leur quotidien laborieux ou paisible.

Et puis il y a cette légère anxiété, ce besoin de calme absolu tout à coup,
de marquer une pause dans les explorations, cette envie de rien, juste
l'escalade du petit chemin familier où il ne passe jamais personne,
qui vous gagnent lorsqu'arrive la fin des vacances.
On va voir la mer une dernière fois, le matin du départ, on tente de
capturer le bleu du ciel dans ses yeux et l'or du soleil dans ses cheveux.



{nouveau symbole niçois : la petite chaise bleue de la Promenade des Anglais;
les curieux galets du jardin de Beaulieu}
Un dernier espresso dans un café tenu par des Italiens, un dernier dîner
en terrasse face au port, pour se régaler de rigatoni aux truffes, puis
on plie à la va-vite les vêtements légers dans les bagages - ils étaient
beaucoup mieux organisés à l'aller ! on réserve le melon et le reste
de focaccia pour le pique-nique du retour, et on prend la route.
Il reste quelques grains de sable sur les tapis de sol de la voiture
et une tige de lavande glissée sur le tableau de bord.
Parfum de linge humide
Balancé par le vent
L'air est lourd à présent
De sourires effacés
[-]
Regarder avec intensité
Encore ce jardin
Que réveille la lumière
Les couleurs du printemps apportées
Multiplient le rire
A la surface des choses
Peu de parfums encore
Des ombres sculptent la lumière
Chercher le soleil
A la surface de nos pas
(extrait d'un poème issu du recueil "Métamorphoses et autres résonnances"
de Sabine Péglion)


























