Ça va se lever
Une intuition sans doute m'avait guidée dans le choix de ces vacances d'été. La
réservation s'étant faite au mois de février, je rêvais de Luberon et de Provence.
Qu'est-ce qui m'a pris de jeter mon dévolu sur les Côtes d'Armor ? Pressentant les
matinées humides et les fraîches soirées, j'avais prévu pulls de coton et bottes
Aigle, me souvenant de la phrase bretonne type, que l'on prononce de bon matin :
"ça va se lever"...
{bleus bretons; fresque marine à Etables, la ville qui jouxte Binic; ma chambre sous les toits;
ici, les agapanthes semblent surdimentionnées}
Mais quel choix merveilleux ! Car pendant que la France entière suffoque, j'ose me
réjouir chaque matin face au soleil levant sur la mer, portée par la brise salée
qui donne des ailes pour descendre vers la plage par le petit chemin côtier un
peu ardu, bordé de cristes marines, d'achillées et buissons de mûres, et me baigner
qui l'eut cru ? dans les eaux claires et à température parfaite de la Manche.
{au pied de l'ilot rocheux surmonté d'une croix, "notre" plage, celle du Corps de Garde; sur le port
de plaisance de Binic, la cloche qui donnait le départ des marins pour la pêche à lTerre-Neuve;
les Bretons s'inspirent-ils de la mer ou du ciel pour peindre leurs volets ?}
J'ai donc troqué une maison aux volets verts contre celle-ci aux volets bleus,
située à Binic, un peu à l'écart de l'agitation du port, dans une rue s'achevant
en bord de falaise. La baignade a lieu le matin, "à l'heure des chiens" celle où
leurs maîtres profitent d'une plage déserte pour les laisser s'ébrouer. Nous avons
ainsi fait la connaissance de Balou, Edgar, et les autres.
Le ciel tourmenté des premiers jours offrant aux peintres impressionnistes la plus
belle des inspirations (Claude Monet, Eugène Boudin, si vous lisez ce billet...),
nous avons quitté le littoral pour découvrir le musée que la ville de Lamballe
consacre à l'enfant du pays, Mathurin Méheut. Doué d'un exceptionnel sens de
l'observation et d'une curiosité sans limites, le travail de cet artiste reflète
ses nombreux voyages en France et l'étranger, mais personnellement, c'est dans ses
œuvres bretonnes que je le préfère.
{dans la pénombre de la première pièce du musée, une scénographie animée nous introduit de très agréable
manière dans l'univers de Mathrurin Méheut; sublimes collections d'assiettes; son épouse, Marguerite,
en costume japonais}
{en guest star actuellement au musée, un artiste que j'aime beaucoup, Henri Rivière, parisien mais
breton de coeur, à la fois peintre, graveur et illustrateur très inspiré dans son approche du dessin
par les estampes japonaises; il fut aussi le créateur de Théâtre d'Ombres que l'on peut voir au
Musée de Montmartre}
Pour calmer tous ces bleus, étions-nous en recherche de quelque chose de plus austère,
plus "breton" ? Lu sur un ou deux guides des reportages dithyrambiques sur la ville de
Moncontour, labellisée "petite cité de caractère", encore eut-il fallu qu'il soit bon.
Si vous aimez les rues désertes, une absence quasi totale de commerces si ce n'est une
librairie brouillonne et un bistrot agonisant, les maisons de granit pur, très belles
j'en conviens dans leur sobriété, mais dénuées de la merveilleuse parure des hortensias
qui poussent pourtant partout en Bretagne comme du chiendent, sauf ici, alors vous
pourrez gravir le chemin qui mène à ce village médiéval perché "dans son jus", lequel
ne date pas d'hier.
{Moncontour, ville fantôme}
Mais une assez longue route nous attendait en début de soirée pour rejoindre une lectrice
et blogueuse devenue amie, et nous laisser une fois de plus prendre au charme infini de sa
maison et de son jardin que Trenet aurait pu facilement qualifier d'extraordinaire.
{chez Laurence, il y a des chats, des poules et des coqs, des fleurs par milliers, de ravissants objets
qu'elle fabrique elle-même, de la chaleur et de la générosité}
{ici, on est bien}
Souhaitant réserver un billet particulier pour un endroit que j'affectionne
particulièrement,(déjà vu mais comment se lasser lorsque quelque chose est beau,
émouvant, apaisant, et que c'est précisément ce dont on a besoin en ce moment,
surtout lorsqu'on vit à l'année dans un cube perché encerclé par le béton), le
prochain rendez-vous se fera donc à l'Abbaye de Beauport.
En attendant, je vous propose un revigorant bol d'air vespéral au Cap Fréhel *,
grand site classé, formidable réserve ornithologique, et d'en repartir par la route
qui traverse la très pimpante station de Sables d'Or-Les pins, célèbre pour ses
dunes et son architecture Belle Epoque.
{ les landes battues par les vents marins colorent le paysage du mauve intense des bruyères et
de l'or des ajoncs }
Sauvages, libres ou domestiquées, les fleurs ici sont à leur aise. Côté couleurs,
peu de rouges, mais des bleus, intenses, vibrants, tirant sur le parme et le prune
quetsche parfois, soulignant les blancs éclatants et les gris lustrés des maisons.
Les rues, les villages, les routes elles-mêmes sont des jardins.
L'idée d'une maison ici, en bord de mer, reviendrait-elle me tarauder ?
* Depuis ma visite, un incendie -un de plus- a considérablement endommagé le site,
détruisant partiellement mais irrémédiablement faune et flore...